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Le signe de la devise euro devant l'ancien bâtiment de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort-sur-le-Main, dans l'ouest de l'Allemagne, le 3 février 2022.
Le signe de la devise euro devant l'ancien bâtiment de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort-sur-le-Main, dans l'ouest de l'Allemagne, le 3 février 2022.
©ANDRE PAIN / AFP

Avenir économique

Pire que la stagflation, la slumpflation nous menace

Si vous avez aimé l’inflation, vous allez adorer la slumpflation cette conjonction d’inflation élevée et de récession.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves ARCHER est économiste, membre de la SEP (Société d’Économie Politique), profession libérale depuis 34 ans et ancien de l’ENA

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Trêves de faux-semblant et de jargon, les Français subissent l'inflation au quotidien et les propos du ministre Véran indiquant que la hausse des prix aurait d'ores et déjà atteint son pic ne sont pas acceptables. Rien, absolument rien ne permet d'avancer une telle affirmation. Au contraire.

L'inflation française bidouillée par le bouclier

En effet, l'Exécutif nous explique que l'inflation française est proportionnellement plus faible que chez nos partenaires européens. Sur un plan statistique, cela parait exact mais il serait dangereux et fallacieux de gommer que cette prouesse est obtenue au moyen du bouclier énergie qui " cape " la hausse des prix du gaz et de l'énergie pour les seuls particuliers et qui n'est rien d'autre qu'un futur impôt différé ou une charge exceptionnelle au bilan des professionnels du secteur, EDF en tête.

La gestion à la mode Macron consiste à résoudre scolairement une question urgente pour en faire un futur boulet pour les Finances publiques.

Vers 10% d'inflation en hiver ?

L'Insee a annoncé un taux de 6,1% d'inflation pour le mois de Juillet ce qui donne, hélas, un vrai crédit à mes analyses précédentes quant à un risque d'une inflation à deux chiffres pour 2022.

Ne pas comprendre que l'inflation, en France, a une forte dynamique n'est pas une erreur légère, c'est un mensonge prononcé pour des raisons politiques. Les campagnes électorales, tant présidentielle que législative, se sont déroulées à partir de mots que la réalité de l'Été ne vient pas confirmer. 

Qui ne se souvient de Bruno Le Maire proclamant avant le scrutin de l'élection suprême que " l'économie française a des fondamentaux solides " ?  Le même, ministre aux compétences élargies, vient désormais nous dire que " chaque euro compte " et que " la cote d'alerte " est atteinte en matière de dette publique. 

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Le Maire ? de gendre idéal à Antoine Pinay ?

Bruno Le Maire, c'est le ministre à qui va parfaitement une phrase de l'éminent Édouard Herriot  ( maire de Lyon de 1905 à 1940 puis de 1945 à sa mort et Président de l'Assemblée Nationale de 1947 à 1954 ) : " il est malin cet Antoine Pinay, il s'est même fait une tête d'électeur ".

Effectivement, d'une voix feutrée notre ministre des Finances débite des approximations avec l'aplomb d'un notaire qui a mal lu son dossier. Pour ma part, je suis choqué de ses déclarations concernant EDF qui traverse un parcours périlleux où l'État va être appelé à honorer près de 100 Milliards d'investissements : 60 pour les nouvelles centrales et 50 pour les grands carénages soit la maintenance du parc existant.

Au fait, de quelle inflation parlons-nous ?

L'inflation qui est avant tout un processus dynamique est classifiée, en économie politique, selon le critère de son montant nominal. Elle est dite latente ou rampante quand elle est inférieure à moins de 3% par an. Rappelons ici que l'objectif de la BCE est de maintenir l'inflation en-deçà de 2%. Ce seuil a été pulvérisé puisque le taux moyen présent de la zone euro est supérieure à 8%.

L'inflation est dite déclarée ou ouverte lorsqu'elle se situe entre 3 et 6% : nous venons, en juillet – bouclier inclus – de dépasser ce seuil.

Puis, selon la taxonomie usuelle la hausse des prix est qualifiée de galopante ou d'hyper-inflation lorsqu'elle excède le taux de 6% annuel. C'est hélas notre cas avec deux observations additionnelles :  le bouclier énergie shunte le total d'au moins 2 à 3%. Deuxièmement, l'indice Insee comporte des biens en déflation ( électronique courante, importations à prix cassés ) et se trouve en revanche fort discret quant à l'exhaustivité des loyers et de l'évolution de leurs prix. Lors du vote, par les députés, de la Loi sur le pouvoir d'achat, certains membres du Parlement ont tenté de rappeler que les loyers étaient insuffisamment inscrits dans le marbre de l'indice des prix.

Je respecte les travaux de l'Insee mais la vérité m'oblige à rapporter ce qui est plus qu'une anecdote. A la fin des années 50, un ministre de l'Économie était mécontent d'un indice à paraître. Il convoque Francis-Louis Closon ( ancien Directeur des Finances de La France Libre, Compagnon de la Libération et patron de l'Insee de 1946 à 1961 ) et lui demande de " faire quelque chose " !

Choqué sur le principe mais hiérarchiquement fidèle, Closon fît substituer le prix du beurre ( qui avait bien augmenté ) par le prix plus sage de la margarine. Je tiens cette information du regretté Closon dont je fus un visiteur régulier pendant près de 20 ans en tant que voisin d'immeuble !

J'affirme ici que l'Insee est une noble institution mais je relève que le HCFP ( Haut conseil des Finances publiques ) ne partage pas sa vision quant à l'évolution de la hausse des prix en 2022. Entre les deux, le lectorat choisira mais il sait que la valse des étiquettes est une chose aussi dense que sérieuse.

Au demeurant, l'OCDE et d'autres instituts de conjoncture ne cherchent pas à masquer leurs inquiétudes.

Non, nous n'avons pas atteint le pic de l'inflation qui attaque les prix de l'énergie, de l'immobilier, de l'alimentaire et enfin de la construction.

Avant-hier, l'Insee publiait le taux de hausse des prix de production industrielle : + 25%.  Nous allons vers la crise.

La récession est déjà aux États-Unis et nage vers nous :

Deux trimestres consécutifs de repli de la croissance signent l'entrée en récession. C'est fait pour les États-Unis qui subissent une inflation à 9,1% qui affecte évidemment la consommation.

Nous traversons, en phase synchrone, une période de forte inflation et de tassement de la croissance. Inflation et croissance atone forment très exactement la définition de la stagflation. Or, les moyens envisagés par les Banques centrales ( notamment la FED et la BCE ) consistant à hausser les taux d'intérêts auront un effet aléatoire sur l'inflation mais certain quant à l'altération de la demande.

Le dirigeant de JP Morgan a reconnu que l'hypothèse d'une récession consistante devait être envisagée.

De la stagflation à la slumpflation : 

L'Europe est confrontée à une politique de rétorsions de la Russie qui touche au cœur de son appareil productif et qui transforme l'énergie en arme de guerre hybride. Après l'inflation monétaire du laxisme de la BCE et les illusions de l'argent magique, notre continent va subir les queues de comète d'un choc d'offre ( pénuries en tous genres ) et la diffusion d'un choc de demande.

Les Françaises et les Français ont mal à leur porte-monnaie et, à juste titre, ils sont soucieux des conditions pécuniaires de la Rentrée. Plus 26% pour le prix des cahiers scolaires d'une célèbre marque intemporelle…

La croissance déjà en berne en attendant la suite :

En France, la croissance n'aura atteint que 0,5% au deuxième trimestre 2022 ce qui ne génère pas d'enthousiasme. Notre principal partenaire économique, l'Allemagne, est dans une crise sérieuse. Son modèle industriel notamment fondé sur la machine-outil et l'automobile rencontrent des revers. Sans parler de l'équation énergétique d'Outre-Rhin.

A regret, je me dois de considérer que nous filons vers la récession en France dès l'année 2022 et début 2023 qui s'annonce comme une année poisseuse. 

John Short en 1984 et des analystes britanniques ont défini le terme de slumpflation comme la coexistence d'une inflation forte et d'une récession.

Cela me semble décrire notre avenir collectif à la condition que soit actée une dégradation de l'emploi et que la bonne tenue présente du chômage s'évanouisse sur l'autel de la crise.

C'est en effet la grande différence entre stagflation et slumpflation : la première suppose que l'emploi demeure maintenu, la deuxième suppose que le chômage soit relancé.

Compte-tenu des inversions de carnets de commandes que certaines branches d'activité enregistrent, les chocs d'offre et de demande vont très vraisemblablement coexister ce qui milite pour l'émergence de la slumpflation qui est un phénomène d'autant plus préjudiciable que l'état de nos Finances publiques se trouve fort dégradé et que les moyens de la contrecarrer sont évanescents ou intenables socialement.

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