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Mais pourquoi tombe-t-on aussi vite dans l'hystérie quand on parle d'immigration en France ?
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Eclats de voix

Mais pourquoi tombe-t-on aussi vite dans l'hystérie quand on parle d'immigration en France ?

Halal, civilisations, burka, prestations sociales... Les sujets de polémique sur l'immigration se succèdent et les accusations de stigmatisation ou de racisme volent dru. Mais pourquoi cette tension française ? Le point de vue de deux journalistes anglais et néerlandais.

Ariejan  Korteweg et Hugh Schofield

Ariejan Korteweg et Hugh Schofield

Ariejan Korteweg est un journaliste néerlandais, correspondant du Volkskrant en France.

Hugh Schofield est correspondant France pour la BBC.

Voir la bio »

Atlantico : Nicolas Sarkozy était ce lundi l’invité principal de l’émission politique de France 2. Le thème de l’immigration a été largement abordé par le candidat qui a proposé de diviser l'immigration par 2. Malgré cela, il reste difficile de parler d’un tel sujet en France comme le soulignent les polémiques sur le halal, les prestations sociales ouvertes aux étrangers ou leur droit de vote. Existe-t-il en France, selon vous, un tabou autour de l’immigration ?

Ariajan Korteweg : Je crois que ce n’est pas si tabou que cela. Claude Guéant, par exemple, lors de ces différentes apparitions, n’hésite pas à aborder le sujet…

Cependant, je pense que c’est tout de même un sujet difficile. Pour exemple, les statistiques ethniques ne sont pas autorisées en France. Je crois que pour débattre sainement, il ne faut pas mettre de côté des connaissances qui peuvent nous aider à mieux comprendre la problématique de l’immigration. Au Pays-Bas, concernant différents types de statistiques, nous trouvons normal de savoir d’où les personnes viennent. Le symbole du « tous français, tous égaux » peut compliquer les débats de temps en temps.

Le poids de la colonisation joue également un grand rôle dans tout cela. Je crois que les Français ont toujours ce sentiment de culpabilité dont ils n’aiment pas parler.

Dans un sens plus large, il semble aussi que la situation dans les banlieues, pendant cette campagne présidentielle, soit un sujet tabou. Du moment où l’on parle d’immigration, on doit aussi traiter du sujet de banlieues. C’est aussi pour cela que le thème n’est pas tant abordé que cela.


Hugh Schofield : Je ne crois pas qu’il soit impossible de parler d’immigration en France. Je pense que c’est un sujet plus tabou qu’il ne l’est vraiment. On en parle tout de même un peu, la preuve hier soir avec Nicolas Sarkozy.

Il existe en France une sorte de syndrome quoi consiste à croire qu’ailleurs tout se passe pour le mieux. En Angleterre, nous avons les mêmes soucis. Ce n’est pas comme si nous avions une recette magique…

Il existe aussi une crainte constante qui consiste à croire qu’en posant la question de l’immigration on serait tout de suite caractérisé comme un raciste. Par exemple, en France, dès que l’on mentionne le mont « camp », « race », il y a des allusions, des connections sont faites avec des moments tragiques comme la Seconde Guerre mondiale. (François Hollande avait utilisé le mot « camp » en évoquant les solutions au problème de logement des Roms, suscitant une petite polémique)

Cette crainte est liée à la guerre et à l’existence d’une extrême droite puissante qui n’a jamais ménagé ses mots dans le passé. Tout cela est un frein à une conversation saine et ouverte sur le sujet.

 

Où réside la différence, concernant le débat sur l'immigration, en France et au Royaume-Uni/Pays-Bas ?

Ariajan Korteweg : Aux Pays-Bas, ce n’est pas un sujet tabou mais je ne trouve pas que le débat soit plus sain qu’en France. Nous faisons des âneries énormes. Geert Wilders, chef du Parti pour la liberté (parti politique néerlandais nationaliste et xénophobe) a ouvert un site où l’on peut dénoncer anonymement les « nuisances » causées par les populations immigrées, et plus particulièrement les Polonais.

Il y a quelque chose de pourri dans le débat sur l’immigration aux Pays-Bas. La situation se dégrade, les arguments utilisés sont de moins en moins honorables. 

 

Hugh Schofield : La différence entre la France et le Royaume-Uni  réside dans le fait qu’en Angleterre nous avons moins le sentiment, qu’en abordant le sujet, on risque tout de suite de se retrouver enfermé dans un discours lié à la guerre, la colonisation, etc.

En Angleterre, je crois que nous arrivons à dépasser ce stade. Il y a vingt ans c’était très difficile de parler d’immigration. Etre contre l’immigration massive positionnait automatiquement la personne dans un camp extrémiste qui allait à l’encontre de tout ce qui est accepté et normal.

Aujourd’hui, nous abordons plus le sujet. Nous nous sommes rendu compte que la question de l’immigration était un enjeu majeur pour toute la société. Il existe des associations qui militent ouvertement contre l’immigration massive, et si elles étaient mises autrefois à l’écart du débat national, elles ne le sont plus maintenant. Beaucoup de voix s’élèvent pour un contrôle plus strict de l’immigration sans pour autant choquer l’opinion publique britannique.

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