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En 2005, deux adolescents avaient trouvé la mort dans un transformateur EDF, où ils s'étaient réfugiés après une course-poursuite avec des policiers provoquant des émeutes dans les banlieues.
©Reuters

Justice

Pétition anti-flics : l'affaire Zyed et Bouna, symbole de la flicophobie française ?

Alors que la Cour de cassation rendra sa décision ce mercredi, plus de 5 000 personnes ont signé une pétition pour demander à la justice de ne pas confirmer le non-lieu concernant les policiers mis en cause dans la mort d'adolescents qui avait embrasé les banlieues en 2005.

Bruno Beschizza

Bruno Beschizza

Bruno Beschizza est conseiller régional d'Île-de-France, élu en mars 2010 en Seine-Saint-Denis et Secrétaire National de l'UMP à l'emploi des forces de sécurité.

Avant 2010, il était commandant fonctionnel de Police, secrétaire général du syndicat Synergie-Officiers.

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Atlantico : En 2005, deux adolescents avaient trouvé la mort dans un transformateur EDF, où ils s'étaient réfugiés après une course-poursuite avec des policiers. Deux policiers, inculpés pour "non assistance à personne en danger", ont bénéficié d'un non-lieu en cour d'appel en avril 2011. Alors que l’affaire sera portée en cassation ce mercredi, deux associations (AC Le Feu et Contre le contrôle au faciès) ont lancé une pétition  contre ce non lieu qui reviendrait selon eux à dire aux parents "que la police n'est pas là pour [...] protéger [leurs] enfants". Quelle est votre réaction ?

Bruno Beschizza : Ce qui est scandaleux depuis 2005 dans l'affaire Zyed et Bouna, c'est l'instrumentalisation qu'en font certains. A la base, c'est un évènement policier qui se termine par un drame parce qu'il y a mort d'hommes. Tout de suite, on le voit avec les émeutes qui démarrent à Clichy-sous-Bois et qui se répandent dans plusieurs villes de France, il y a une présomption de culpabilité contre les policiers. Les policiers ne sont pas présumés innoncents, ils sont présumés coupables.

Beaucoup estime que la police est protégée, mais c'est faux. Très rapidement une enquête avait été mise en place et l'Inspection générale de la police s'était emparée du dossier. Aujourd'hui, en 2012 nous sommes encore dans des procédures judiciaires. Cela ressemble vraiment à de l'acharnement judiciaire contre les policiers. J'estime que les responsables sont les gens qui conseillent ces jeunes, je pense notamment à Maître Jean-Pierre Mignard, avocat des familles depuis 2005 et qui est connu pour son engagement auprès du Parti socialiste. 

Ces associations qui ont lancé cette pétition, je les côtoie depuis 2005. Ce qui est intéressant c'est que l'association AC Le Feu qui pourrait se contenter de gérer l'émotion suscitée par le cas Zyed et Bouna, choisit aujourd'hui de travailler aux côtés d'un collectif contre le contrôle au faciès. Toutes ces associations pratiquent systématiquement de la flicophobie. Il y a un racisme anti-flic et ces associations y contribuent.

Il y a une différence entre les parents et les associations. Dans cette affaire, les parents, ceux qui ont une vraie peine, on ne les entend jamais. Je pense que systématiquement la douleur de certains a été utilisée politiquement par d'autres. Notamment par ces associations qui font pression sur la garde des Sceaux pour qu'elle intervienne auprès de la Cour de Cassation.

Ces associations dénoncent également des contrôles abusifs et parlent de contrôles au  faciès. Qu'en est-il en réalité  ?

C'est la tarte à la crème qu'utilisent systématiquement ces associations, et ce, à des fins politiques.  AC Le Feu, c'est un outil politique à la disposition entre autres de Claude Dilain, ancien maire de Clichy-sous-Bois, qui grâce à ces évènements, est aujourd'hui sénateur.

Bien sûr, il y a comme dans toutes les professions des policiers qui peuvent pécher, mais il y a des conseils de disciplines qui fonctionnent très bien, on l'a bien vu avec l'affaire Neyret. Il y a en moyenne chaque année 130 policiers qui sont révoqués. Il y a une hiérarchie, une police des polices, des magistrats et des policiers sont révoqués. Il y a également des conseils de disciplines qui fonctionnent. La grande majorité des contrôles d'identité qui se font dans ces quartiers, se font car il existe des faits de délinquance dans ces quartiers. Nous n'avons pas une police raciste. En France, les policiers qui exercent dans ces quartiers ne sont pas racistes et ne font pas contrôles au faciès. Par contre, il est normal qu'ils montrent que ceux qui tiennent le terrain, c'est eux. 

Si la ministre de la Justice intervenait contre ce non-lieu, comme le souhaitent les signataires de cette pétition, quel message cela enverrait-il ?

Madame Taubira est habituée aux messages symboliques. Elle détricote toutes les mesures qui ont été prises par le précédent gouvernement. Et si elle cède à cette pression qui provient des associations flicophobes, elle affichera clairement la cacophonie gouvernementale qui règne sur ces sujets en ce moment. Nous avons d'un côté Manuel Valls qui tient un discours de fermeté républicaine, et de l'autre côté systématiquement une garde des Sceaux qui contredit les actes du ministre de l'Intérieur. Mais ce double discours est très bien pratiqué par le chef de l'Etat lui même, c'est d'ailleurs comme ça qu'il a gagné l'élection.

Comment expliquer cette attitude envers la police, cette flicophobie comme vous dites ? 

C'est dans les années 1980 avec Harlem Désir et les mouvements anti-racismes que la flicophobie a fait son apparition. Ils sont partis d'un postulat de base : un policier est raciste.  Mais concrètement dans la police nationale il y a bien souvent des policiers issus eux-mêmes des quartiers difficiles, eux-mêmes ne sont pas toujours issus de la métropole. Mais dès lors qu'ils revêtent un uniforme, ils deviennent l'ennemi.

Cette flicophobie est d'ailleurs encouragée par les dealers qui n'ont aucun intérêt à ce que les policiers viennent dans les quartiers. Il y a conjonction d'intérêts. Attention, je ne dis pas qu'il y a confusion d'intérêts, ni même que ces associations sont complices des dealers, mais de fait ils se retrouvent alliés. L'ennemi ce n'est pas le dealer, c'est le flic parce qu'il ose venir dans le quartier. Là, les associations vous diront aussi que ce qu'ils veulent c'est de la police de proximité, sauf que dans certains quartiers, on ne peut faire de la proximité qui si on a arrêté le dealer.

Est-il encore possible pour un policier d’exercer ses fonctions sans s’exposer à la colère en banlieue et à l’opinion publique ?

Aujourd'hui les policiers ont d'abord peur des mouvements durs parce qu'ils ont peur d'être blessés. Et s'ils se passent le moindre pépin lorsqu'ils font leur travail, ils ont peur de se retrouver dans cet engrenage judiciaire. Parce que leur travail consiste à sortir leur arme sous la menace, à poursuivre un véhicule lorsqu'il roule mal, ou encore à interpeller un dealer. Il suffit d'un rien pour que le policier soit pris dans cet engrenage judiciaire où il sera d'office présumé coupableC'est pour ça que le message politique doit être clair. Il est clair à droite : Nicolas Sarkozy repris par Jean-François Copé avait défendu une présomption de légitime défense pour les policiers. Ce qu'a refusé Manuel Valls. A gauche, on a un double discours : Manuel Valls affiche la fermeté mais est systématiquement contredit par les associations de copains comme AC Le Feu ou la garde des Sceaux. 

Les policiers disposent d'une très mauvaise image alors même qu’ils sont là pour protéger les citoyens...

Quelle mauvaise image ? Et vis-à-vis de qui ? Moi, qu'un voyou n'ait pas une bonne image de moi, je m'en fiche. Quand on regarde les études sur l'image des policiers dans la population en général, c'est très bon, les niveaux de satisfaction sont très bons. Je pense qu'on a la chance d'avoir une police républicaine qui fait bien son travail. 

La majorité des habitants des quartiers préfère après 23 heures, croiser une voiture de police quitte à perdre cinq minutes pour être contrôlé que de tomber sur quatre types qui vont au minimum vous dépouiller.

La mort de Zyned et Bouna avait entraîné trois semaines d’émeutes en banlieue, la situation a-t-elle changé pour autant ? 

Le précédent gouvernement a dépensé 4 milliards d'euros pour la rénovation urbaine et 15 milliards d'euros pour la politique de la ville. La Seine-saint-Denis a bénéficié du tiers du budget de la rénovation urbaine. Mais les élus de gauche dans les quartiers n'ont jamais eu l'honnêteté intellectuelle de dire que ces fonds provenaient de l'Etat car ils ne voulaient pas reconnaître que Nicolas Sarkozy faisait des choses pour les banlieues. Malheureusement, pour les policiers ce n'est pas plus facile, les policiers de terrain sont aujourd'hui confrontés à des cas comme Marseille. C'est pour ça qu'il faut défendre la présomption de légitime défense pour les policiers.

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