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Petites leçons pour les Républicains de la défaite du Parti populaire en Espagne
©GABRIEL BOUYS / AFP

Histoires de droite

Petites leçons pour les Républicains de la défaite du Parti populaire en Espagne

La défaite du PP devrait pousser les Républicains à s'affirmer encore plus pleinement et poursuivre son renouvellement.

Raul Magni-Berton

Raul Magni-Berton

Raul Magni-Berton est actuellement professeur de science politique à Sciences Po Grenoble. Il est également auteur de notes et rapports pour le think-tank GénérationLibre.

 

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Atlantico : Le Parti populaire espagnol, qui avait obtenu plus de 30% des voix en 2016 s'est retrouvé avec seulement 16,7% des suffrages et 66 sièges, soit moins de la moitié de la mandature précédente. Pourquoi est-ce que la ligne conservatrice espagnole connait un tel revers ? Le PP subit-il la même refonte du paysage politique, avec la division d'une droite en 3, une centriste-libérale, une conservatrice et une populiste ?

Raul Magni-Berton : La défaite du PP s'explique déjà par une série d'affaires de corruption dans ses rangs et par une gestion de la crise catalane qui a été trop autoritaire pour les uns, trop laxiste pour les autres. Après, bien sur, les partis traditionnels ont du mal un peu partout en Europe, et en ce qui concerne la droite, il y a une tension de plus en plus forte entre une tendance plutôt libérale et européiste, et une autre conservatrice et souverainiste. Ces deux tendances ont cohabité longtemps dans la droite traditionnelle, et maintenant elle tendent à exploser notamment à cause de l'éloignement de ses électorats - riches et diplômés pour l'une, en difficulté financière et sociale pour l'autre. Certains partis de droite ont fait un choix clair dans une direction, comme en France. D'autre ont voulu résoudre cette tension avec des stratégies étranges, comme le Brexit aux Royaume Uni. En Espagne, le Parti Populaire n'a pas fait de choix, et cela a rendu son électorat fondamentalement insatisfait. Cela est d'autant plus curieux que cette absence de choix a un sens avec un scrutin majoritaire, mais la proportionnelle espagnole l'a condamné. 

La transformation du PP ne semble pas avoir fonctionner, malgré l'arrivée du jeune Pablo Casado comme nouvelle figure phare du parti. Pourquoi n'a-t-il pas bien marché ? Quelle leçon en tirer pour la droite française ?

Je ne sais pas s'il y a des leçons à tirer en France. Le PP espagnol a une tradition issue du franquisme qui est particulièrement anachronique par rapport aux préoccupations actuelles de l'électorat de droite. Le renouvellement arrive tard, et il est plus générationnel que substantiel. En France l'héritage gaulliste ne souffre pas de cet odeur de moisi, si bien que les républicains s'en sortent plutôt bien, avec un choix plutôt pro-européen et vaguement libéral. De plus, la France a un système électoral très différent de l'Espagne. Si le système à deux tours avaient été utilisé en Espagne,  le PP aurait probablement survécu au choc beaucoup mieux. 

La montée de Vox et de Ciudadanos, respectivement à l'extrême droite (16%) et au centre-droit (10%) a limité la place d'une droite conservatrice "classique". Le leader de Ciudadanos, Albert Rivera, a affirmé vouloir prendre la place du PP en tant que parti d'opposition. N'est-ce pas un signal de rupture claire pour le PP ? Dès lors, la droite française doit-elle oublier, comme en Espagne, toute construction vers le centre ? L'arrivée au pouvoir de LREM est-elle une tendance lourde si elle semble même se confirmer dans un pays traditionnellement très conservateur comme l'Espagne ?

Le conservatisme n'est pas une idéologie à part. Les partis de la droite sont tous plus ou moins conservateurs, Ciudadanos inclus. D'ailleurs, le programme de Ciudadanos n'est pas tellement différent que celui du PP. La différence est qu'ils sont plus jeunes, plus beaux et pas corrompus. Et ils ont fait le choix de l'Europe et de la mondialisation. Mais ils se disputent clairement les mêmes électeurs. Cela n'est pas du tout le cas en France, où LREM a surtout pris des voix à la gauche traditionnelle. En fait, là où il y a une tendance lourde c'est le déclin des grands partis traditionnels. Mais à qui profite ce déclin, c'est assez variable selon les pays et les moments. Après l'ère Zapatero, le PSOE avait l'air moribond face aux nouveaux partis de gauche. Quelques années plus tard, il retrouve des couleurs, et c'est le PP qui s’effondre. Mais dans l'ensemble, la somme des voix allant à ces deux partis est, comme partout en Europe, inéluctablement déclinante.

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