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Ne rêvons pas, les fêtes de fin d’année ne sauveront ni les commerçants, ni le rebond de l’économie en 2021
©SEBASTIEN BOZON / AFP

Atlantico Business

Ne rêvons pas, les fêtes de fin d’année ne sauveront ni les commerçants, ni le rebond de l’économie en 2021

Le couvre-feu à partir de ce soir, 20 heures, va empêcher les commerçants d’allonger leurs horaires d’ouverture. L’espoir de rattraper les pertes va se jouer maintenant mais personne ne se fait d’illusion.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Alors que les Français ont déjà du mal à imaginer puis préparer des fêtes de fin d’année qui soient compatibles avec les contraintes sanitaires, les commerçants ne se font guère d’illusion sur la possibilité de rattraper les pertes accumulées depuis le début de la crise. Si au moins, ils pouvaient s’alléger d’une partie des stocks qu’ils avaient constitués avant ce deuxième confinement... Cela va être très compliqué, parce que globalement, la situation de crise a freiné les achats de beaucoup de Français. Le transfert vers le E-commerce a été moins important que ce que les commerces traditionnels craignaient. Ceux qui avaient fait l’effort de rentrer sur une plateforme comme Amazon ou Le Bon coin, tout comme ceux qui ont créé un site propre ne sont pas euphoriques. Au moins ont-ils appris les codes, ce qui leur permettra, quelques soient les évènements, de générer un complément de chiffre d’affaires. La première conséquence qu‘ils tirent de cette période est que le E-commerce ne remplacera jamais la distribution physique. 

Les deux semaines qui viennent vont donc être déterminantes puisqu’elles sont en général les plus chargées de l’année. La plupart des commerces font entre 30 et 50% de leur chiffre d’affaires en décembre. C’est la raison pour laquelle ils attendaient la réouverture avec impatience. Alors, tout va se jouer cette semaine et le week-end prochain, sauf que la mise en place du couvre-feu va limiter les heures d’ouverture. Beaucoup avaient prévu de rester ouvert jusque vers 22 heures. Certains avaient même annoncé des nocturnes. Tout a donc été annulé. 

D’après les premiers chiffres, l‘activité est un peu plus importante que l’année dernière à la même époque. 20% de mieux, ce qui signifie que le secteur bénéficie d’un petit rattrapage. Mais tous les commerces ne sont pas logés à la même enseigne. 

Les commerces alimentaires, les traiteurs marchent bien, ils profitent, en plus de la fermeture des restaurants qui ne sont pas remis au click and collect. Pour beaucoup d’établissements, cette expérience est peu concluante lors du premier confinement. Le chiffre d’affaires additionnel ne permet pas de couvrir les charges. Pour ce deuxième confinement, beaucoup ont choisi de fermer leur établissement et de mettre tout le monde au chômage. 

Les commerces non alimentaires sont bien repartis depuis la levée du confinement. La confection, la bagagerie, la bijouterie, l’équipement en produits ménagers, le digital, l’informatique, sauf que le couvre-feu va les pénaliser.  Beaucoup d’activités sont restées complètement à l'arrêt. Les stations de ski sont ouvertes mais pas les remontées mécaniques. Les hôtels, les restaurants, les boites de nuit, les théâtres, les cinémas. Côté distractions, rien en dehors des plateformes de streaming. Tout pour Netflix ou Disney. 

Le secteur du commerce de détail va limiter les dégâts mais rien d’euphorique comme en juillet et août, après le premier confinement. Plus du tiers des petits commerces vont être obligés de fermer définitivement, parce qu’en dépit des aides de l’Etat sur les charges et les salaires, ils se retrouvent avec des loyers, des stocks et des charges fixes qu’ils ne peuvent pas payer. Les autres commerçants, les 2/3, se raccrochent à l’espoir d’un rebond au cours de l’année prochaine. 

Techniquement et financièrement, l’activité pourrait rebondir dans le courant 2021. La majorité des entreprises n’ont pas été abimées, les actifs de production n’ont pas été détruits et beaucoup en ont profité pour se réformer et s’adapter. Les contrats de travail ont été protégés (allocation chômage partiel) et il y a de l’argent pour redémarrer. Il y a beaucoup d’épargne liquide et disponible puisque les ménages n’ont pas consommé. A noter d’ailleurs que c’est grâce à cette épargne que l’Etat peut s’endetter à taux négatif. 

Cela dit, on aura beaucoup de mal à retrouver en 2021 les niveaux d’activité d’avant la crise du covid pour trois raisons très simples. 

D’abord, parce que si la majorité des entreprises peut redémarrer, beaucoup d’autres auront du mal à se redresser parce qu‘elles étaient malades avant. La crise peut leur être fatale. Dans le commerce justement, transport aérien, l'hôtellerie ou l’automobile. 

Deuxième raison, on va avoir besoin d’investissements lourds. L‘Etat avait promis un plan de relance de 100 milliards avant la deuxième vague de l’épidémie.  

L’Etat va devoir remettre au pot et aider les malades de l’industrie, sauf que du côté de Bercy, on sait qu‘il va falloir arbitrer entre la nécessité de booster les investissements de progrès (digital, réindustrialisation) et le sauvetage d’entreprises en difficulté. Sans parler de la contrainte des écologistes qui voient dans la crise l’opportunité d’accélérer la mutation énergétique, mais qui coute extrêmement cher dans ce climat d’urgence sociale où on aura surtout besoin de richesses, de croissance et d’emplois. 

Enfin, troisième raison, il faut que ça redémarre partout dans le monde, parce que les économies sont interdépendantes. Donc il faut que le commerce international reparte sinon on sera en panne de fournitures et de clients. 

Tout va dépendre du vaccin, seul moyen de rétablir la confiance dans l’avenir.  

Si d’ici l’été, les populations sont vaccinées, ça redémarrera assez vite. Parce que le facteur confiance sera restauré. 

Mais on a quand même perdu 12% de richesses cette année, on est à 10 % de chômage et 120 % de dettes. Par conséquent, si le vaccin ne marche pas ou si les populations s’en méfient, il faudra encore attendre. Et plus on attendra, plus les trous de l’économies se creuseront et plus les factures à payer seront lourdes. Ne rêvons pas, les fêtes de fin d’année ne sauveront pas les commerçants en perdition, ni le rebond de l’année 2021. C’est le vaccin ou un traitement, seuls qui sont capables de ramener la confiance. 

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