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Mobilisation contre la loi Travail : à qui profitera le crime en 2017 ?
©Reuters

Camarade cherche candidat

Mobilisation contre la loi Travail : à qui profitera le crime en 2017 ?

Les organisations syndicales ont décrété la grève générale nationale ce jeudi 28 avril. Sont (notamment) touchés les secteurs de l'éducation, des transports, les services publics... A l'aube d'un nouveau mouvement de contestation, la question de sa récupération politique se pose. Et si personne à droite n'a su incarner la Manif Pour Tous, rien ne dit que la gauche gouvernementale s'en sorte mieux cette fois-ci.

Erik Neveu

Erik Neveu

Erik Neveu est un sociologue et politiste français, professeur des universités agrégé en science politique et enseigne à Sciences Po Rennes.

Il est l'auteur de l'ouvrage "Sociologie politique des problèmes publiques".

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Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou bien encore de La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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Atlantico : Ce jeudi 28 avril sera marqué par une grève générale dans tout le pays, notamment décidée par les organisations syndicales. Peut-on imaginer que ce mouvement trouve une traduction politique ? Une partie de la gauche pourrait-elle s'en emparer, et réussir là où la droite a échoué à transformer en capital électoral La Manif Pour Tous, par exemple ?

Erik Neveu : Une des difficultés des formations politiques – à gauche comme à droite – quand il s'agit de récupérer ou de traduire des mouvements sociaux tient au discrédit inégalé depuis la fin de la IVe République qui frappe les professionnels de la politique. Un sondage récent publié sur Atlantico donnait 74% de défiance envers les partis. Grands élus et leaders de partis sont perçus comme un monde clos, vivant "hors sol", dans la méconnaissance des problèmes vécus par les citoyens ordinaires, se cooptant entre eux puisque les carrières politiques se font de plus en commençant par être collaborateur d'élu ou membre d'un entourage ministériel ou présidentiel. C'est aussi la capacité de ce personnel politique à résoudre les problèmes, à en saisir la hiérarchie et le sens qui est mise en doute. Pour compliquer les choses, le mouvement actuel n'est pas fait d'une pièce. S'y côtoient ou vivent en parallèle une composante de mobilisation qu'on peut appeler "syndicale", celle de gens qui sont des salariés, souvent modestes, mais aussi un mouvement d'une partie des jeunes inquiets d'un avenir de précarité. S'y rajoutent les "Nuits debout". Les publics qu'elles rassemblent ne sont pas énormes, souvent dominés par des diplômés de l’université ou des professions intellectuelles... mais elles ne s'y réduisent pas et expriment un désir puissant de parole, de propositions, de contourner des représentants politiques démonetisés.

Qui peut alors traduire cela ? Assurément pas le PS – qualifié par Frédéric Lordon, une des figures des "Nuits Debout" de "droite honteuse". La mobilisation se fait contre lui et les frondeurs dans ses rangs se font discrets. Si elles contribuent à la mobilisation, les formations d'extrême-gauche n'en sont pas l'âme et sont plutôt dans le creux de leur influence. Les deux organisations qui sont l'armature du Front de gauche (PCF et PG) ne sont pas dans une forme éblouissante. Quant à imaginer que tel Zorro, surgisse un porte-parole issu de la société civile, on ne voit pas qui. Le plus populaire à ce jour, Nicolas Hulot, est assez étranger à la dimension sociale, à la revendication d'un coup d’arrêt au creusement des écarts sociaux que porte le mouvement. Le vide alors ?

Sylvain Boulouque : Commençons par deux remarques. D'abord, rien n'indique avant son terme que la grève générale sera un succès. Ensuite, rappelons que dans le cadre de la Manif Pour Tous, la droite était partie prenante. De nombreux responsables de l'UMP, mais aussi de l'UDI, ont participé aux manifestations. En outre, la droite a récupéré un certain nombre de responsables en provenance de la Manif Pour Tous sur ses listes électorales, comme en témoignent les listes des dernières régionales. Il y avait, entre la Manif Pour Tous et la droite, un lien indéniablement plus fort. Certes, il n'y avait pas de candidat pour incarner la Manif Pour Tous. Ça n'est pas pour autant un déficit d'incarnation de ce mouvement. En fait, c'est dû à la récupération par la droite des militants de la Manif Pour Tous. La liste de Valérie Pécresse présentait plusieurs responsables de ce mouvement. En outre, la Manif Pour Tous n'appartient pas uniquement à la droite républicaine, mais également pour partie au Front National. Cette hétérogénéité (puisqu'on y croise aussi des orthodoxes musulmans) ne permet pas véritablement l'avènement d'une personnalité seule pour incarner le courant. La lecture de la Manif Pour Tous en est évidemment compliquée.

C'est par ailleurs un phénomène que l'on rencontre de plus en plus souvent dans les mouvements sociaux contemporains et récents : un très grand nombre de militants sont en effet partis prenants des actions et des mobilisations qui ont eu lieu ces derniers temps. Prenons l'exemple des mobilisations de Nuit Debout, sur la place de la République de Paris… Parmi les gens qui s'y rassemblent, la proportion de militants aguerris est considérable. Ils participent à des actions, à la gauche de la gauche, depuis plusieurs années voire plusieurs décennies. On y trouve aussi des responsables de la gauche de la gauche, eux-mêmes militants depuis de nombreuses années. Il y a clairement une relation entre mouvement social et responsabilité politique.

D'office, ce phénomène devient donc à la fois plus simple et plus compliqué. Une partie de la gauche – la gauche radicale – pourrait donc, en bonne logique, en profiter. Du moins… sous réserve qu'il y ait une expansion du mouvement social. Sans cela, la grève servira davantage de méthode de décompte entre militants, à établir des rapports de force et à constater son évolution ou non. La réponse à cette question, au vu et au su de ce que l'on peut constater place de la République ces derniers jours, ressemble plus à un étiolement, à un essoufflement qu'à une mobilisation de plus en plus conséquente. Les résultats de la grève générale nationale de ce jeudi 28 avril devraient d'ailleurs nous éclairer.

Je ne crois pas, bien que cela dépendra nécessairement de la mobilisation de cette grève, qu'une gauche puisse récupérer les mobilisations de ce jour. Et pour cause : ces forces sont d'ores et déjà mobilisées. La récupération n'est donc pas possible. On attend, a priori, des militants de la CGT, de Sud… En bref, des gens qui appartiennent déjà au corps de la gauche radicale. Ils sont d'ailleurs parmi les plus actifs. En outre, un bon nombre de cadres radicaux sont encore en vacances, ce qui, inévitablement, viendra compliquer une quelconque volonté de récupération. Tout reste évidemment suspendu aux événements qui auront lieu durant la grève nationale, mais en l'état actuel des choses, rien ne laisse à penser qu'on assistera à une expansion du mouvement en-dehors de son cadre habituel, qu'on assistera à une traduction politique particulière. A en croire ce que l'on aperçoit jusqu'à présent, ce sont les militants qui se mobiliseront. Les cadres de la fonction publique, les professions à statut, etc. Il n'est pas inenvisageable, bien sûr, que des mouvements de la sorte pousse d'autres citoyens à s'interroger, mais dans l'immédiat, rien ne semble l'indiquer, à la lecture de la presse ou à l'écoute des gens. L'individualisme de notre société semble tuer dans l'œuf la possibilité d'une mobilisation collective.

Selon un sondage Odoxa pour iTélé et Le Parisien, Jean-Luc Mélenchon jouit d'une popularité considérable auprès de l'électorat et des sympathisants de gauche (57% d'entre eux déclarent avoir une bonne ou une "très bonne" image de lui). En outre, il est considéré comme un adversaire important de Hollande, puisqu'il est crédité comme tel par 32% des sympathisants de gauche, derrière Martine Aubry (36%). Faut-il voir dans ces chiffres l'ouverture d'une fenêtre de tir pour lui ? Dans quelle mesure peut-il espérer en tirer parti ?

Erik Neveu : En effet, Jean-Luc Mélenchon – la personne bien plus que le Front de Gauche à l'égard duquel il joue assez cavalier seul, son site web s'émancipant du Parti – prend un coup de jeune avec cette mobilisation et doit jubiler d'être à hauteur de Hollande. On peut y voir une reconnaissance de sa pugnacité, de la constance de sa critique du "capitaine de pédalo" qui pilote l'éxécutif. L'accent qu'il met sur les valeurs "rebelles" et la lutte contre les inégalités ont aussi un écho dans le mouvement. Est-ce que jusqu'à ses formules à l'emporte-pièce, ses coups de gueule contre des journalistes ne le rendent pas sympathique, ne lui donnent pas une image d'authenticité ? Rien de cela ne permet cependant d'en faire le gagnant du mouvement.

Rappelons d'abord que les sondages à un an d'une présidentielle se sont trompés avec une remarquable constance. Et c'est bien logique : nul ne sait ce que sera la liste effective des candidats, ni les événements heureux (réduction du chômage ?) ou tragiques (attentats ?) qui nous attendent. Dans ces conditions, les sondages sont plus des arguments qu’utilisent les joueurs en compétition ("Je suis devant !, Tu coules !"), ou un support pour les commentaires de ceux que la politique passionne qu'une anticipation fiable de résultats. La question peut aussi être posée de la capacité de Jean-Luc Mélenchon à entendre la composante du mouvement en cours qui ne croit pas que 1789, 1917 et 1936 ou même 1968 donnent toutes les clés pour comprendre le présent. Il y a aussi une demande de déprofessionnalisation de la politique, de propositions pratiques et efficaces pour que la mondialsiation soit une chance et non un drame – que veut dire concrètement "l'économie de la mer" que soutient le leader du PG ? Mettre fin à un système où une partie des puissants peuvent se jouer des lois et de leurs obligations (voir les Panama papers), répondre à un désir d'invention démocratique, d'efficacité et de justice demandera beaucoup d'imagination politique, de capacité d'écoute, de remise en cause de routines d'analyse.

Sylvain Boulouque : Il faut faire attention car ce sondage est un peu trompeur dans la mesure où Jean-Luc Mélenchon a toujours eu une bonne opinion dans une partie de la gauche, plus large que sa base électorale. Une partie de l'électorat socialiste qui ne votera pas pour lui peut très bien déclarer avoir une bonne opinion de lui, parce que ces gens-là sont encore sur un schéma d'union de la gauche.

Deuxièmement, c'est aussi un moyen pour l'électeur de gauche de faire passer un message au Gouvernement s'il n'est pas satisfait par la politique menée actuellement. Jean-Luc Mélenchon critiquant très ouvertement le Gouvernement, on voit ici qu'il peut s'agir effectivement d'un moyen de montrer son désaccord avec la politique gouvernementale.

Jean-Luc Mélenchon a peut-être une opportunité, mais je ne suis pas sûr qu'elle puisse se traduire dans les urnes, dans la mesure où on constate un tassement, voire un effondrement général de la gauche. Or, ce sondage se concentre essentiellement sur l'électorat de gauche, pas sur l'ensemble de la population. Il faut donc faire attention à cet effet trompe-l'œil. Ce n'est pas parce qu'il a un certain capital de sympathie au sein de la gauche que cela se concrétisera en termes de vote.

Dans les schémas traditionnels, quand la gauche n'est pas contente, l'électeur de gauche se tourne plutôt vers l'abstention. Il ne va pas voter. Quand la gauche était mécontente en 1995 ou en 2002, cela s'est traduit soit par un éparpillement, soit par un refus d'aller voter, ce qui a abouti à une cinquantaine de députés seulement en 1993. Dans ces cas-là, l'électeur de gauche ne vote pas pour un candidat encore plus à gauche car il sait très bien qu'au deuxième tour il ne passera pas… La protestation à gauche n'est pas là même qu'à droite, notamment quand on regarde ce qu'il a pu se passer au sud de la France avec le Front national.

Jean-Luc Mélenchon peut capitaliser sur une partie de l'électorat socialiste favorable à l'union des gauches. Il y a eu plusieurs anciens cadres socialistes qui ont appelé à voter Mélenchon au premier tour de 2017. Une pétition lancée il y a quelques semaines disait que le Gouvernement ne correspondait plus à leurs attentes et qu'ils passaient donc chez Mélenchon. Il peut donc y avoir une partie de l'électorat de gauche qui choisisse cette optique-là. Mais ce grignotage restera relativement marginal. Il va de soi que cela peut changer. Néanmoins, les leçons que l'on tire du passé sont claires : quand l'électorat de gauche est déçu, il a davantage tendance à ne pas aller voter qu'à se tourner vers un vote plus à gauche. Soit ces gens iront voter à reculons pour une gauche gouvernementale, soit ils s'abstiendront. Bien sûr, cela dépend également de la composition électorale que nous rencontrerons l'année prochaine.

Concernant des mouvements comme celui engagé dans les mobilisations aujourd'hui ou celui qui se réunit place de la République pour la Nuit Debout, Jean-Luc Mélenchon dispose d'un potentiel relativement limité. Il peut, en effet, séduire un peu chez les jeunes dont on sait qu'ils ont parfois une certaine empathie pour lui. Et c'est là le souci, en un sens. Quand on prête attention aux participants de ces mobilisations, on constate que cela reste une reproduction des structures traditionnelles de la gauche radicale : lycéens, étudiants en sciences-sociales, etc. Des franges conventionnelles, donc, de l'électorat de gauche ou d'extrême-gauche. Plus qu'un grignotage, c'est le maintien d'un matelas électoral, d'un noyau dur de la gauche radicale traditionnelle.

Plus qu'un Jean-Luc Mélenchon qui incarnerait une menace pour François Hollande, c'est le tassement de ce dernier qui représente une menace pour lui. En un sens, le vrai danger pour François Hollande, c'est François Hollande. Face aux intentions de votes et aux votes effectifs qu'il avait recueillis en 2012, le candidat du Front de Gauche n'a pas tant augmenté. En revanche, le président de la République a essuyé une chute plus que considérable. Le problème s'inverse : ce n'est pas Jean-Luc Mélenchon qui menace François Hollande, c'est François Hollande qui, en tombant, vient tutoyer Jean-Luc Mélenchon. A force de chuter, il pourrait effectivement être dépassé par sa gauche radicale, si la postérité se poursuit en ce sens. Cependant, à un an des élections, il est impossible de dire de quoi l'avenir sera fait et faire des projections n'a pas énormément de sens. Tout ce que l'on peut dire, c'est que le Président se tasse. Or, dans une course à pied, si un candidat arrête de courir, il est rattrapé.

En Espagne, en Grèce, aux Etats-Unis et ailleurs, la mondialisation semble radicaliser l'électorat et pousser un pan de celui-ci vers l'extrême-gauche. Comment expliquer qu'en France, le réveil de la gauche de la gauche tarde encore, alors que les mouvements de contestation se multiplient pourtant comme ailleurs ?

Erik Neveu : La gauche de la gauche en France n'a jamais réussi à surmonter le mélange de divisions idéologiques, de querelles d'égos, de narcissisme des petites différences qu'avait réussi un moment à contenir Syriza en Grèce. Au sein du Front de Gauche, une partie des cadres du PCF ont encore trop de choses à perdre (postes d'adjoints, avantages divers des fonctions d'élus) pour pousser à terme la rupture avec le PS à laquelle une partie croissante des nouveaux arrivants sont disposés. Et n'oublions pas tout simplement que s'illustre là un des multiples effets discutables de la Ve République. La présidentielle demande un chef, un personnage en haut de l'affiche plus encore qu'un programme d'action, des mesures claires à mettre en œuvre. Exister politiquement, c'est avoir son candidat, son temps de télé... quitte à additionner les scores ridicules de 2%.

Sylvain Boulouque : La gauche de la gauche française souffre d'un vrai déficit d'inventivité. Jetez un œil aux militants de cette gauche radicale : la majeure partie d'entre eux est présente et active depuis plusieurs années. Nous parlions de Jean-Luc Mélenchon, or cela fait plus de trente ans qu'il participe à la vie politique. Olivier Besancenot, pour sa part, cumule au moins une vingtaine d'années… Nathalie Arthaud qui reprend le discours d'Arlette Laguiller est présente depuis deux élections présidentielles et ne présente pas de réelle innovation, etc. Il n'y a rien de radicalement nouveau dans les modalités d'intervention de la gauche de la gauche non plus ; contrairement à ce qu'on peut voir chez Syriza ou chez Podemos. Il y a clairement, d'une part, un manque de capacité d'invention.

D'autre part, les foyers qui votent pour la gauche radicale en Espagne ou en Grèce votent à l'extrême-droite en France. Le vote protestataire ouvrier en France vote Front National. Depuis très longtemps déjà, puisque cela a commencé en 2005, la gauche de la gauche nous propose une illusion d'optique. Depuis le "non" au référendum de 2005, l'extrême-gauche est persuadée qu'elle va l'emporter. Or, l'analyse du vote "non" ouvrier permet de mettre en exergue qu'il ne s'agissait pas d'un "non" de "gauche" : l'électorat a fini par se porter vers le Front National. Cette erreur de lecture, qui est faite depuis un moment déjà, contribue à cette illusion d'optique. En 2007, personne ne l'avait vu venir dans la mesure où la glissade à droite débutait seulement et menait le vote ouvrier vers Nicolas Sarkozy. Ce dérapage a irrémédiablement continué jusqu'à la situation actuelle.

Si un tel glissement n'a pas eu lieu en Espagne ou en Grèce, c'est aussi parce que ces deux pays sont encore hantés par des spectres liés à leurs histoires respectives. Bien plus que la France. L'héritage du franquisme marque encore l'Espagne et demeure très présent. La gauche est aussi beaucoup plus active, traditionnellement, et continue de l'être depuis une trentaine d'années. Dans le cadre de la Grèce, la situation est plus complexe : une partie de l'électorat s'est effectivement réfugié dans le vote d'extrême-droite, avec Aube Dorée. C'est en recul, et malgré l'existence d'un parti néo-nazi, le souvenir de la Grèce des Colonels fait encore office de garde-fous. Peut-être pas pour très longtemps, dans la mesure où il s'agit essentiellement d'un problème générationnel, mais pour l'heure c'est encore le cas.

Jean-Luc Mélenchon se plaît à s'inspirer de Bernie Sanders. Peut-on effectivement établir un parallèle entre les deux hommes, par-delà les différences de modèles politiques différents entre la France et les Etats-Unis ? Quelles chances Mélenchon a-t-il de finir par réussir une percée électorale similaire ?

Erik Neveu : Les systèmes politiques sont si différents que la comparaison est largement artificielle. Système à deux partis aux USA, à bien plus en France. Guère de chances de contourner les primaires aux USA, stratégie jouable en France. Les communicants de Mélenchon peuvent certainement trouver aux USA – pareil pèlerinage avait déjà eu lieu après les campagnes Obama – de très utiles leçons et savoir-faire sur l'usage des réseaux sociaux et du Net pour mobiliser et lever des fonds. Constater qu'un candidat qui se dit "socialiste" peut talonner la favorite du parti et des médias, dans une Amérique où l'adjectif socialiste sent le soufre et où peu de citoyens pensent la politique en termes de classes sociales, peut certainement être un signal motivant pour Mélenchon. Même dans un pays réputé unanime autour des vertus du marché, on voit faire son chemin l'idée que la coupe des inégalités est pleine, que des mesures énergiques sont légitimes pour mettre fin à la descente aux enfers des plus pauvres, au déclin des classes moyennes. Pareille sensibilité doit être encore plus visible et mobilisable dans un pays qui a l'histoire et la culture politique de la France.

Sylvain Boulouque : Certes, Bernie Sanders a eu un impact sur la primaire démocrate et a contraint Hillary Clinton à tenir un discours plus social que son discours originel. Il a, toutefois, perdu. Par conséquent, il n'aura pas d'autre choix que celui de se retirer à la suite des primaires. J'avoue avoir du mal à imaginer un Jean-Luc Mélenchon qui après avoir participé à des primaires à gauche se retirerait en cas de victoire de François Hollande. Il a d'ores et déjà annoncé ne pas participer à la primaire de la gauche pour cette raison. Il se plaît donc à imaginer que le modèle de Bernie Sanders est le bon, tout en révoquant le système américain. C'est assez paradoxal : il s'agit avant tout de se présenter comme "le petit qui monte". J'ai le sentiment que la comparaison s'arrête là, ne serait-ce qu'en raison des différences de modèle politique que vous évoquez. Bien sûr, Bernie Sanders partage peut-être des avis communs avec Jean-Luc Mélenchon, mais c'est loin d'être suffisant pour en faire une analogie. Compte tenu du divorce entre la gauche radicale et la gauche gouvernementale en France, je ne crois pas à des primaires capables de rassembler cette gauche, à l'inverse de ce que l'on constate au sein du Parti Démocrate. Le rejet de la gauche gouvernementale est si fort qu'elle est perçue par la gauche radicale comme un satellite de la droite. En outre, les soutiens de Bernie Sanders (notamment les jeunes) diffèrent de ceux de Jean-Luc Mélenchon, essentiellement composés de professeurs d'université quinqua ou octogénaire et de retraités.

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