Metaverse, pour échapper à nos Etats déficients ? La version électronique de la Grève de Ayn Rand ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
xxxx
xxxx
©Chris DELMAS / AFP

Les entrepreneurs parlent aux Français

Metaverse, pour échapper à nos Etats déficients ? La version électronique de la Grève de Ayn Rand ?

Le Metaverse peut-il devenir un outil de reconstruction politique ?

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

Voir la bio »

Puisque les politiques de nombre de pays du monde nous « emmerdent », pour paraphraser celui qui, nombre d’entrepreneurs l’espèrent, ne sera plus président en France en Avril prochain, pourquoi ne pas créer un monde, ou plutôt nous enfuir dans un monde où ils ne feraient plus la Loi ? Un pays où nous pourrions bâtir, tous ensemble, une nouvelle forme de vie démocratique, dont la définition même devrait être revue ou adaptable selon les périodes et les nécessités.

Une fuite moins mystérieuse que la disparition pure et simple des entrepreneurs, prônée par Ayn Rand dans la Grève (« Atlas Shrugged » en anglais) ce livre magnifique, libertaire, qui décrit un monde abandonné par les forces productives, qui, « gavées » de la bêtise politique, et de l’arrogance de ses gouvernants qui finissent par oublier qu’ils sont au service de l’État alors qu’ils se prennent pour l’alpha et l’oméga, sans en avoir ni le talent, et surtout sans jamais n’avoir rien produit, et abrutissent les nations à leur seul bénéfice, décident de disparaître dans un endroit mystérieux, le temps que les Etats sombrent et que les politiciens sombrent avec eux, pour revenir et remettre l’église au centre du village et une nouvelle « race » de politique à la place des anciens.

Est-ce que le Metaverse serait une occasion d’échapper aux nations et de vivre, virtuellement, mais pas tant que cela, une vie qui échapperait à ces rapaces dépassés et fats, et prouver ainsi qu’une autre forme de démocratie est possible, sans eux ?

On parle du Metaverse pour s’extasier sur le fait que certains y ont déjà acheté la Tour Eiffel, ou des œuvres dont certaines ont atteint les $65M, ok. Mais pourquoi ne pas en faire un outil de reconstruction politique. Plus excitant qu’un match Pécresse-Macron non ? Plus sexy qu’Angela ? Moins fun que Trump et Johnson, mais plutôt riche en perspectives. Non ?

À Lire Aussi

Le grand paradoxe du multivers

Le Metaverse, pour les seniors de l’internet comme votre serviteur, qui ont connu les modems au bruits distordus, c’est la version aboutie (potentiellement) du « Second Life » de l’enfance du web, au milieu des années 2000. La préhistoire à l’échelle du numérique. Un univers virtuel où chacun peut s’imaginer quelqu’un d’autre, le cerveau d’Einstein dans le corps de Denis Jacquet, pardon de Brad Pitt, ou l’inverse, et réussir dans le virtuel ce qu’il a échoué à faire dans le réel. Peut-être une occasion pour ceux que le nom, la couleur, le sexe ou la classe sociale, a desservi, de trouver là une opportunité que le réel leur refuse. J’ai plutôt l’impression à ce jour, que ce seront toujours les mêmes qui en tireront les bénéfices, mais laissons un peu de temps passer, avant de trop vite juger.

Certes on y retrouvera tous les fatigués de la vie, les « mythos » qui s’inventeront une vie exceptionnelle, pilotée depuis la crasse et la tristesse de leur vie quotidienne, comme tous ces prédateurs et désespérés de la vie qui hantent et salissent chaque jour les réseaux sociaux, abandonnés du neurones, radicaux, ignorant des règles basiques de l’orthographe, faute d’avoir autre chose à faire. « Au bout de leur vie », diraient nos enfants. Mais on pourrait y inventer une forme de vie personnelle et professionnelle, qui nous permettrait, puisqu’économiquement viable, d’échapper à une bêtise politique, devenue institutionnelle et presque obligatoire, pour reconstruire notre île, tous ensemble.

Imaginez. Les règles du fonctionnement économique, et donc, relationnelles, devront être décidées dans le Metaverse aussi. Il faut donc une « loi » et la réglementation d’une forme de vie collective. Donc un pouvoir politique, mais non centralisé. Distribué, selon des critères à définir. On pourrait laisser aux Etats « réels » le pouvoir de taxer nos bénéfices finaux, réalisés dans le virtuel, mais pour le reste, pourquoi ne pas saisir l’occasion pour leur échapper. Un État est garant d’un fonctionnement collectif, assure la sécurité des plus faibles, forme et soigne, dans des proportions différentes selon les choix politiques de chacun. Il doit également financer des infrastructures que le privé ne pourrait ou ne voudrait réaliser. Il veille, de façon différenciée, à corriger les inégalités de richesse et les rapports de pouvoir entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Il assure la justice, en théorie. Il frappe sa monnaie. Il veille sur l’accès à l’éducation, sa qualité étant manifestement un autre problème. C’est le régalien.

À Lire Aussi

Si les excès et les dangers du monde réel ne vous suffisent pas, bienvenue dans ceux du Metaverse

Le Metaverse pourrait s’ouvrir à tous ceux qui voudraient y travailler et s’y prêter, sans règles liées à ce rapport riche-pauvre, possédant et possédé, puisque le terrain étant vierge, nombre de « nouveaux entrants », sans capital ou peu, riche ou pauvre, auront une chance unique d’y prospérer. De la même façon que dans la vraie vie, le paysan qui possédait à l’origine les terres où fut bâtie la Défense, ou l’entrée de Casablanca, et encore South Beach à Miami est devenu immensément riche, dans toutes les villes du monde, le plus modeste pourra acheter à vil prix, dans le Metaverse, des terres encore vierges et attendre la montée de leur valeur pour devenir riche à son tour.

La formation, souple et adaptable, se fera à la demande, par des acteurs ayant intérêt à ce que le système fonctionne, sans être gangréné par un syndicalisme d’extrême gauche qui en freine partout l’évolution ou la gangrène (Woke culture aux US, qui débarque partout ailleurs).

Le travail serait libre dans le virtuel, et ne sera plus freiné par un droit du travail incompréhensible au point de donner le pouvoir au Juge. Un Juge qui devient plus fort que la Loi et en interprète le sens à sa guise, et surtout, en fonction de sa ligne politique. Un pays dont la Justice est politique, n’est plus une démocratie. Il en est pourtant ainsi en France, dans nombre de compartiments (droit du travail, cour d’appel surtout. Justice financière. Progressivement civile et familiale. Même dans le domaine pénal désormais). Ainsi dans le Metaverse, chacun pourra travailler, souvent en indépendant, autant qu’il le souhaite, sans que l’État réel ne viennent l’empêcher de décider comment, quand et avec qui il/elle doit travailler.

La monnaie, autre privilège régalien, nous appartiendrait à tous dans le Metaverse, et ne serait gangréné, ni par la dette, qui serait interdite comme c’est le cas pour les crypto-monnaies aujourd’hui, et donc à l’abri de la folie dépensière des gouvernants en mal de s’acheter les électeurs. Les échanges se feraient avec cette ou ces monnaies, sans forcément revenir dans le monde réel, ce qui permettrait à chacun de conserver ses revenus virtuels, de gagner sans être taxé, ou mieux, de prévoir une taxe universelle pour financer les infrastructures internet nécessaire à cet espace de liberté, et de passer un accord de double imposition avec les Etats « réels » pour éviter d’être taxé 2 fois.

Ayn Rand a mis 1180 pages et de nombreuses années à bâtir sa théorie, je n’aurais pas la prétention de fourbir une théorie en 5000 signes, mais cela mérite réflexion. Nous pourrions alors inventer un monde sans frontière, couleur, distance ou provenance, sans souci de langues, qui seront réglés par la technologie, doté de règles universelles et non plus locales ou nationales (ou régionales), sans politique en état d’affrontement. Un pouvoir d’autant plus facilement décentralisé et distribué, qu’il n’y a pas d’hommes à asservir ou soumettre, pas de concurrence entre des Etats mais seulement entre des hommes et des femmes, qui seront plus distingués par une origine, tout en pouvant revendiquer une spécificité de leur choix. Un peu le « Imagine » de John Lennon, mais basé sur une solidité économique et une incapacité à discriminer par d’autres critères que la compétence, l’astuce, la persévérance, l’ambition.

Cela pourrait être l’aboutissement d’un rêve utopique, qui certes restera virtuel et ne permettra pas de s’extraire totalement (et c’est tant mieux) de la réalité, mais qui permettrait finalement de moins sentir le poids de la bêtise politique, en y vivant en partie hors des règles parcellisées des Etats en place dans le monde. A force de penser que rien d’autre n’est possible que la répétition y compris de l’incompétence, faute de mieux, on a fini par croire qu’à part le dégagisme ou le repli, rien n’était possible. Mais je pense que justement, plutôt que réformer le système, il faut le quitter et essayer ailleurs (sans paraphraser Houellebecq sur la possibilité d’une Ile).

Pour moi qui aime la réalité plus que le virtuel, je vois dans ce Metaverse, et je suis assez persuadé que FB y pense aussi fortement, tant Zuckerberg se rêverait Président, nous pourrions éviter de remplacer des politiques devenus « petits dictateurs » depuis le Covid, par des « surpuissances du digital » et former notre propre Ile, dessiner notre propre mouton, nous remettre à rêver, et de prendre la liberté comme seul boussole de nos décisions dans ce monde virtuel. En tous cas, en ce début d’année, je trouvais que le sujet méritait réflexion. Vous, qu’en pensez-vous ? Écrivez-moi vos pensées. Réponse garantie !

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !