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Doit-on faire marche arrière
sur l'euro pour éviter
l'explosion de l'Europe ?
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Où va l'Europe

Doit-on faire marche arrière sur l'euro pour éviter l'explosion de l'Europe ?

Entre armistice et capitulation, l'Europe a le choix. Toutefois, les peuples doivent regarder la réalité en face pour trouver des solutions et agir au plus vite avant qu'il ne soit trop tard.

Charles Gave

Charles Gave

Charles Gave est président de l'Institut des Libertés, un think tank libéral. Il est économiste et financier. Son ouvrage L’Etat est mort, vive l’état  (éditions François Bourin, 2009) prévoyait la chute de la Grèce et de l’Espagne. Il est le fondateur et président de Gavekal Research et de Gavekal Securities, et membre du conseil d’administration de Scor.

 

 

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Sur ce sujet, lire aussi l'article "Clashs à répétition Hollande/Merkel/Cameron... L’Europe est-elle en train de se suicider ou d'accoucher elle-même ?"

Atlantico : Vous estimez que la zone euro est en train de perdre une bataille, et qu'elle a désormais le choix entre "l'armistice, dans laquelle il y a encore une petite marge de négociation, et la capitulation qui se traduit par une perte totale de souveraineté". Pourriez-vous nous en dire davantage ?

Charles Gave : L'euro ne peut pas marcher. Vous ne pouvez pas maintenir dans un taux de change fixe des pays qui ont une productivité différente, sauf à faire des transferts fiscaux massifs. Cela suppose l'augmentation des impôts sur ceux qui sont productifs, de façon à transférer de l'argent à ceux qui le sont moins. Et concrètement, il n'y a pas d'autre solution, sachant que le dette n'est rien d'autre que de l'impôt différé.

Et dans un cadre où l’État dispose du monopole de la violence, si vous ne payez pas les impôts votés par la majorité, on vous met en prison. La conscience nationale fait aussi que les gens qui supportent cette augmentation ont conscience que la finalité est l'aide apportée aux voisins (c'était le cas en Allemagne de l'Ouest pour orchestrer la réunification à l'Est, ce qui est logique puisqu'il s'agit de conscience nationale, tout le monde se sent Allemand). Ce qui prime dans ces cas particuliers, c'est la volonté de vivre ensemble. Et malheureusement, rien de tout cela n'existe en Europe. Tout simplement parce qu'elle n'est pas une nation, mais une civilisation.

Dans ce cas, faut-il procéder à davantage d'intégration européenne ou tout simplement accepter la fin de la zone euro ? 

Dans mes derniers livres, je soulignais très précisément et longuement que l'euro ne pourrait fonctionner en aucun cas, et qu'il amènerait à trop de "logements" en Espagne, trop de fonctionnaires en France, et trop d'usines en Allemagne. L'euro est donc une machine qui alloue mal le capital et tue la croissance. 

Il faut donc engager "l'armistice" et se retourner vers les peuples européens pour leur avouer qu'il s'agissait tout simplement d'une mauvaise idée, et qu'il faut retourner aux monnaies nationales. Ce qui impliquera sans doute toute une nationalisation totale ou partielle de tous nos systèmes financiers. Cela, c'est l'armistice, c'est admettre l'erreur ensemble et se concerter pour trouver des solutions.

Le problème, c'est l'autre solution qui a été engagée... La capitulation ! Autrement dit, continuer dans cette dérive, tout en prétendant que tout va pour le mieux, alors que les pays perdent les uns après les autres leur souveraineté (déjà en Grèce, en Espagne, en Italie et bientôt en France). Face à pareil phénomène, la réaction des peuples pourrait être particulièrement violente. 

Ne croyez-vous toutefois pas que le coût à supporter d'une sortie de l'euro est trop grand pour les pays membres ?

Je ne connais pas d'exemple dans l'Histoire, où la fin d'un monstre technocratique déclenche un ralentissement économique. Bien au contraire, c'est une bonne nouvelle (cf. le bloc sociétique). Le marché fonctionne avec les libertés, et lorsque vous rétablissez ces dernières, le marché se porte mieux. Si vous régulez avec la technocratie, le système se porte moins bien. Si la technocratie avait fonctionné, l'Union soviétique serait le pays le plus développé du monde... Par principe, il est toujours de bon ton d'en finir avec les monstres technocratiques !

Aujourd'hui, l'Europe est frappée en moyenne par un taux de chômage avoisinant les 25% (exception faite de l'Allemagne), environ 50% de chômage chez les jeunes (sauf en Allemagne). Ensuite, cinq pays européens n'ont plus accès aux marchés européens et sont en faillite pour la première fois, les "actions" du système bancaire ont perdu en moyenne 90% de leur valeur et le système est en faillite, 8% de nazis élus en Grèce... A quel moment faut-il considérer qu'on est allé trop loin, que les pertes consenties sont trop grandes (50% de chômage chez les jeunes) ?

Reste que sans l'euro, certains de ces pays n'auraient pas connu d'émergence économique aussi rapide... Est-il besoin de rappeler le miracle économique espagnol ou la poussée irlandaise ?     

L'Espagne, par exemple, avait un déficit de leur compte courant de 10%, soit le seul pays avec les États-Unis qui avait un déficit de courant supérieur à 100 milliards de dollars par an. Si l'euro n'avait pas été là, les marchés financiers auraient continué à prêter de l'argent à l'Espagne à un taux de 3,5%, dont l'immobilier ? Tout simplement parce que dès qu'il y aurait une plongée du déficit courant, les taux seraient remontés à 9% et le "boom" immobilier n'aurait jamais eu lieu en Espagne. Le "boom" immobilier n'est donc qu'une conséquence stupide de l'euro !

L'autre exemple, l'indice de la production industrielle allemande et italienne, si vous le mettez à 100% en 2000, il est aujourd'hui de 78% en Italie et 115% en Allemagne. Pourquoi ? Parce-que le coût du travail est plus faible en Allemagne, et à coût égal du capital, les entreprises ont préféré s'installer en Allemagne. 

Vous pourrez toujours me dire que l'Italie n'avait qu'à se réformer, mais cela reste son droit constitutionnel de ne pas se réformer... Et c'est la lire avait baissé de 30% par rapport au deutschemark, les entreprises seraient passées en Italie. En bloquant les deux prix les plus importants en Europe, les taux d'intérêt et de change, et cela a conduit à des allocations du capital absolument désastreuses. Et dire que cela ce serait produit sans l'euro, c'est méconnaître la réalité des marchés.

N'existe-t-il aucune solution avec l'euro ?

Il n'y en a pas... Vous ne pouvez pas faire baisser le coût du travail de 30% en Italie par exemple. Dans les années 1930, la tentative de dévaluation à terme à conduit à l'arrivée des nazis en Allemagne, et a laissé la France désarmée avec le Front populaire...

La dévaluation ne fonctionne jamais ! C'est le droit constitutionnel des Italiens de se gérer comme des "cochons" (allusion à l'expression économique PIGS), et il le paie très cher sur leur monnaie. Chaque pays doit être géré selon son propre "génie". 

La réalité en Italie est relativement simple, et ce depuis une centaine d'années... Les gains du Nord sont réalisés en Deutschemark, et la lire est transférée vers le Sud (région dévastée pour le travail), avec une dévaluation tous les trois ans. Reste que si on forçait l'Italie du Nord à transférer des Deutschemarks dans le Sud, la population locale "crèverait". C'est ainsi que fonctionne l'Italie, le Nord travaille, le Sud non... En conclusion, vous ne pouvez pas avoir une monnaie forte si vous n'avez la politique d'une monnaie forte.

Si dévaluations il y avait eu en Italie, ils ne pouvaient pas acheter de biens à l'extérieur. Leur compte courant devient alors positif, puisque leur balance commerciale s'améliore. Une hausse du compte courant c'est une hausse du taux d'épargne, puisque le déficit budgétaire est financé de l'intérieur... C'est ainsi que les marchés fonctionnent. 

L'Union soviétique et l'euro, c'est la même chose... L'économique l'emportera toujours sur le politique ! Il serait temps de le comprendre... 

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