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"Burn after writing" de Sharon Jones a été publié aux éditions Contre-dires.
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Mais pourquoi le livre «Burn after writing» remporte-t-il un tel succès ?

Burn after writing (Contre-dires) est un phénomène dans le monde de l'édition. Pourquoi ce livre apparemment banal est-il devenu la star des réseaux sociaux et des ventes en ligne ? Comment son auteure, Sharon Jones, a-t-elle réussi ce coup de maître ? Explications.

Olivia Phélip

Olivia Phélip

Olivia Phélip est éditrice indépendante et rédactrice en chef de Viabooks.fr. Elle a été auparavant directrice éditoriale dans une grande maison d'édition.

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Si vous n'avez pas encore entendu parler de Burn after writing c'est que vous n'allez pas beaucoup sur les réseaux sociaux. Car c'est aujourd'hui le livre qui fait depuis plusieurs jours un buzz incroyable en ligne. Résultat : il est déjà numéro un des ventes sur Amazon en France après l'avoir été aux Etats Unis et en Angleterre. Comment un livre qui ressemble à un Ovni, qui plus est, écrit par une inconnue, a-t-il pu réussir une telle prouesse commerciale ? Et surtout pourquoi ?

1. Parce que c'est le premier livre projeté sous les feux de la rampe grâce à TikTok

Si vous pensiez que TikTok était réservé aux ados dansant sur du hip hop, vous avez tout faux. Le réseau réserve quelques surprises. En l'occurrence celle d'avoir permis l'émergence de ce livre paru initialement au Royaume-Uni en 2014, mais projeté sous les feux de la rampe sur le célèbre réseau en 2019 grâce à une influenceuse américaine. Depuis, le livre poursuit son envolée et est devenu un véritable best-seller dans le monde.

2. Parce que son titre est un clin d’œil à un film célèbre

Règle numéro 1 du marketing : si vous pouvez parasiter une valeur sûre vous gagnerez déjà plusieurs points de visibilité. Alors, s'inspirer du titre du célèbre film des frères Coen Burn after reading ne manque pas d'audace. Il fallait oser. Et ça marche. La référence cinématographique baptise déjà le livre. On pourrait presque croire que le livre est écrit lui aussi au deuxième degré. Pas sûre que Sharon Jones soit allée aussi loin que les frères Coen dans la batmologie...

3. Parce que c'est un livre qui n'est pas un livre

Ni roman, ni bande-dessinée, ni cahier pratique... Burn after writing est un ovni interactif qui sous ses airs de clin d'œil fait souffler un grand vent d'air frais sur le monde de l'édition.

4. Parce que c'est un livre pour les lecteurs qui veulent écrire

La fièvre d'écrire serait-elle une nouvelle sorte d'épidémie ? Les éditions Gallimard ont même déclaré ne plus vouloir pour le moment recevoir de manuscrits, pour cause de trop grand nombre d'envois. L'idée de génie de Sharon Jones est d'avoir imaginé un livre qui vient accompagner un acte d'écriture, répondant en cela à cette aspiration grandissante. La trame du livre vous guide. Vous avez l'impression d'écrire avec une main qui vous guide. Plus d'angoisse de la page blanche. Votre journal intime devient structuré et ressemble tout de suite à quelque chose. Et comme vous écrivez votre texte directement dans un livre déjà existant, Gallimard peut respirer.

5. Parce que c'est un livre où le lecteur devient le héros de son histoire

Avec sa narration progressive, Burn After Writing aide son lecteur à devenir le héros de sa propre histoire. L'écriture-réalité dépasse souvent la fiction. De là à imaginer que sa vie est formidablement romanesque...

6. Parce que c'est un livre pour se connaître

Connais-toi toi-même. Le chemin philosophique de Socrate-Platon n'étant pas à la portée de tous, quelle voie alternative pour commencer cette auto-exploration ? Burn after writing  propose un long questionnaire qui ressemble à une méthode d'introspection, moins littéraire que celui de Proust, mais plus amusant que les tests psychologiques. C'est bien fichu, avec un mélange de questions superflues et d'autres plus profondes. Mais au bout du questionnaire, il y a peut-être une petite lumière...

7. Parce que c'est un livre qui joue avec la pensée magique

Burn after writing ressemble à un carnet secret qui a le pouvoir de pénétrer les esprits. Gris-gris et autres pensées synchronisées viennent en écriture automatique, laissant l'inconscient livrer.. ses secrets justement. Seul le lecteur détient la clé de son livre.

8. Parce que son message est simple et radical 

De la lumière à la flamme...Une fois que vous avez terminé de remplir votre livre-cahier, vous seul(e) pouvez décider de son avenir : le brûler une bonne fois pour toutes ou bien, le garder. Un message pour le moins radical qui plaît, car il crée tout de suite une sorte de tension dramatique qui met le lecteur face à sa liberté. Les ados adorent. Les adultes ne détestent pas être un peu bousculés : tu veux ou tu veux pas faire bouger ta vie ? Et ceux qui craquent devant leur propre inanité pourront se lancer dans un self-autodafé en détruisant l'objet. Parfois, ça défoule. 

9. Parce qu'on peut choisir la couleur de la couverture

Rose ou bleue, on choisit la version que l'on préfère. On ne dit pas la rose pour les filles, la bleue pour les garçons. On dit : faites comme il vous plaira ! A noter : la bleue n'est pas encore disponible en France mais le sera prochainement.

10. Parce qu'il a été conçu par une femme «comme tout le monde»

Sharon Jones vit dans le Nord-Est de l'Angleterre. Elle ne prétend ni être un génie, ni une experte. Elle est le miroir ordinaire de la vie de tout un chacun. Elle a commencé à écrire sans penser qu'elle en ferait un livre. Assise à sa table de cuisine, elle a commencé avec des listes de tout et de rien. Prévert avait déjà inventé les inventaires. Elle a imaginé les listes de sa vie quotidienne. Puis elle a commencé à se poser des questions pour comprendre qui elle était et où elle allait... Ainsi est née l'idée du livre. Aujourd'hui, chaque lecteur se pose les mêmes interrogations en y répondant différemment. Une trame universelle pour une réponse unipersonnelle. Il fallait y penser. Moi, toi et le monde entier. Et surtout moi et moi.

Sharon Jones, Burn After Writing, Contre-dires, 160 pages, 12,90€ 

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