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Marine Le Pen lors de son discours au Pavillon d'Armenonville, après l'annonce des premières projections par les instituts de sondage des résultats du second tour de l'élection présidentielle française. Paris, le 24 avril 2022
Marine Le Pen lors de son discours au Pavillon d'Armenonville, après l'annonce des premières projections par les instituts de sondage des résultats du second tour de l'élection présidentielle française. Paris, le 24 avril 2022
©Christophe ARCHAMBAULT / AFP

Tu veux t’unir ou tu veux pas ?

LR, RN, Reconquête ! : à droite, la glaciation

Dans un discours à l'issue du premier tour, Eric Zemmour, repris par ses porte-parole Stanislas Rigault ou Guillaume Peltier, a fait un appel à l’Union des droites en vue des législatives. Si le Rassemblement National a rapidement rejeté cette possibilité, le discours est plus ambigu chez Les Républicains

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019) et Le dictionnaire du progressisme (Seuil 2022). 

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Atlantico : Dans un discours à l’issu du premier tour, Eric Zemmour, repris par ses porte-parole dont Stanislas Rigault ou Guillaume Peltier, a fait un appel à l’Union des droites en vue des législatives. Comment a-t-elle été accueillie chez LR et au RN ? Pourquoi le RN a-t-il aussi rapidement fermé la porte, via la voix de Jordan Bardella, à une alliance de partis ?

Christophe Boutin : Le problème des alliances politiques est qu'elles ne peuvent se faire de manière efficace que lorsqu'elles sont proposées par le parti le plus puissant. Lorsqu'il s'agit de la proposition d'un parti qui n'est pas placé à la première place d’un courant qui en comporte plusieurs, elle à très peu de chances d'être suivi. À moins en effet qu'il ait réellement un moyen de pression pour sinon l’imposer, du moins la rendre nécessaire, c'est-à-dire qu'il apporte, soit, un nombre d'élus, soin un nombre de voix assurées, à moins donc qu'il puisse donc favoriser sinon garantir à ceux auxquels il propose son alliance leur élections dans certaines circonscriptions, il ne sera pas vraiment pris au sérieux. 

Lorsqu'un parti a pour lui la durée, et qu'il a en plus, comme le Rassemblement national, progressé au fil des diverses consultations, il est en sus nécessairement dubitatif sur des alliances avec d’autres qui n’ont jamais fait leurs preuves dans ce type de consultation. Il l’est d’autant plus lorsque, comme le RN toujours, il a pâti de divisions et dissensions internes, qu’il fonctionne de manière très centralisée, et qu’il devrait alors accepter une certaine forme de collégialité qui pourrait menacer la stabilité de l’équipe dirigeante. 

Quelle portée et quelle fécondité peut avoir cette proposition, venant de Reconquête à l’heure actuelle ?

On voit mal comment Reconquête pourrait réussir à faire aux législatives ce que n'a pas réussi à faire à la présidentielle un Éric Zemmour pourtant doué, ayant réussi sa mue en homme politique, c'est-à-dire cette fameuse « union des droites » qui rassemblerait du RN à l’aile conservatrice de LR. C’est douteux, parce qu’il s’agit de 577 élections simultanées, et  que l’on ne voit pas spécialement de personnalités qui pourraient  réaliser cela, circonscription par circonscription. Le mode de scrutin joue en fait contre l’apparition de ce nouveau parti… comme toujours en France.

Marine Le Pen, elle, est en position de force dans l’opposition après son score au premier tour, a déclaré : « Nous lançons ce soir la grande bataille des législatives. Je mènerai cette bataille au côté de Jordan Bardella (...) avec tous ceux qui ont la Nation chevillée au corps. » Pour le Rassemblement national, une forme d’unité pour les législatives ne peut-elle se faire qu’autour du RN ? Reconquête peut-il y souscrire ?

On comprend effectivement que le Rassemblement national se montre réservé sur les possibilités d’union. Avec sa progression actuelle, il ne lui est pas interdit d’espérer - une nouvelle fois - briser le blocage que lui oppose, à lui aussi, ce scrutin majoritaire uninominal à deux tours des élections législatives. 

Mais, effectivement, on a entendu sur les plateaux de télévision certains de ses représentants déclarer qu'il y aurait, d'une part, des candidatures de représentants du Rassemblement national, mais aussi, d’autre part, des candidatures qui seraient soutenues par ce mouvement. Cela laisse donc une porte ouverte à des alliances, mais aucunement à des alliances égalitaires : il faudra bel et bien passer sous les fourches caudines du parti de Marine Le Pen pour pouvoir bénéficier de ce soutien, et il ne s’agit pas ici de créer une nouvelle force politique à droite en assemblant des éléments divers, mais de satelliser des éléments proches autour d’une force centrale.

Du côté de LR, on a plutôt vu des rapprochements vers Emmanuel Macron et quelques discours plus ambigus, chez François Xavier Bellamy par exemple. Les Républicains pourraient-ils se laisser tenter par une union à droite malgré tout ?

Effectivement les Républicains sont très ambigus. Mais on se souvient de la célèbre formule de Paul de Gondi, le cardinal de Retz, selon laquelle « on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens ». Et ils le savent bien, ces élus chevronnés : pourquoi paniquer avant les législatives, par un changement de pied qui les surprendrait, des électeurs dont ils vont avoir désespérément besoin ? 

Alors, certes, on a bien conscience que des personnalités comme François-Xavier Bellamy ou d'autres ont une plus grande proximité avec les conservateurs réunis derrière Éric Zemmour qu'avec les progressistes de leur propre parti. On les sent effectivement dubitatifs devant la volonté de ceux de leurs collègues de rallier la grande coalition de la Raison derrière Emmanuel Macron. Mais il est douteux que cela aboutisse à une implosion avant les législatives.

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