Livres de recettes et autres conseils sur l'alimentation parfaite : comment repérer les fausses promesses des aliments "anti-diabètes" | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Style de vie
Les régimes miracles, quels qu’ils soient, sont des mirages. En ce sens, le business autour de la diététique du diabétique de type 2 est très proche de celui, classique, de la minceur.
Les régimes miracles, quels qu’ils soient, sont des mirages. En ce sens, le business autour de la diététique du diabétique de type 2 est très proche de celui, classique, de la minceur.
©Pixabay

Bonnes feuilles

Livres de recettes et autres conseils sur l'alimentation parfaite : comment repérer les fausses promesses des aliments "anti-diabètes"

En mai 2012, après une période éprouvante pendant laquelle il perd beaucoup de poids et boit des litres d'eau, Alban Orsini est hospitalisé d'urgence. Le diagnostic est sans appel : il est diabétique. Passé les épreuves de l'annonce et de l'éducation thérapeutique, il se confronte à la maladie, l'apprivoise et découvre au passage qu'elle est victime de nombreux préjugés. Il décide alors de livrer son témoignage au plus près de ce qu'est sa réalité, quitte à la bousculer... Extrait de "Merci pour ce diabète", d'Alban Orsini, aux éditions Hugo&Cie 2/2

Alban Orsini

Alban Orsini

Alban Orsini est docteur en sciences et consultant. Auteur et critique de théâtre, il a écrit chez Chifflet & Cie : Avec Maman, première fiction par SMS qui a été traduite dans de nombreux pays. Il a aussi publié Merci pour ce diabète chez Hugo&Cie (2016).

Voir la bio »

Les fausses promesses des aliments « antidiabète »

On a bien souvent tendance à confondre la maladie en elle-même et la glycémie, qui est la valeur physique permettant de contrôler la santé d’un diabétique. S’il peut arriver qu’un diabétique de type 2 traité de façon adéquate (par le respect d’une hygiène physico-sportive et alimentaire adaptée par exemple) puisse s’abstenir de toute médicamentation ou bien encore d’injections d’insuline du fait de l’obtention d’un taux normal de glycémie, cela ne veut absolument pas dire pour autant qu’il n’est plus diabétique. Il sera toujours diabétique, mais normoglycémique : sa maladie sera toujours là. Point. Si certains fruits, légumes, épices et autres condiments tels que le citron, le vinaigre ou bien encore la cannelle permettent en effet de réduire sensiblement l’impact des sucres consommés, il n’existe pas à proprement parler d’aliment antidiabète permettant de guérir de cette maladie. Si c’était si simple, ne croyez-vous pas que tout le monde s’y serait mis et que le diabète ferait encore autant de ravages ?

Il en va de même pour les livres de recettes pour diabétiques qui surfent sur la culpabilité que peuvent ressentir les malades vis-à-vis de leur pathologie : « Tu te sens responsable de ton état, vil et bedonnant diabétique de type 2 ? Moi, auteur de ce livre formidable, je vais t’indiquer comment bien manger, car moi seul possède ce savoir. » Et de rajouter en couverture le profil d’une nana sympa trop rigolote et évidemment très mince ou bien d’un médecin tout à la fois bonhomme et sérieux (ajoutez une blouse immaculée si possible) pour bien faire avaler la pilule d’un livre inutile et donneur de leçons comme jamais.

Mettez-vous bien ça dans le crâne : les régimes miracles, quels qu’ils soient, sont des mirages. En ce sens, le business autour de la diététique du diabétique de type 2 est très proche de celui, classique, de la minceur : à chaque année ses nouvelles modes, à chaque saison ses nouveaux experts ! Qu’est-ce qui distingue le régime diabétique des autres au final ? Rien de plus que l’enrobage soi-disant médical qui lui sert de caution morale. Ces régimes sont déjà des non-sens sur le papier, ils le sont encore plus pour des malades parfois bien vulnérables.

Déçu de mes trouvailles « littéraires », je me suis – comme bon nombre – dirigé vers le Net. Ce fut encore pire : tout le monde y est médecin et donne son avis sur tout. C’est une véritable foire aux bêtises… Les sites racoleurs dans le genre : « Diabète ! Les cinq aliments qui font trembler l’industrie pharmaceutique » y sont légion. Déceler l’arnaque est plutôt facile : elle réside dans les dizaines de bannières publicitaires qui y clignotent. Le diabète n’est pas un cas isolé : d’autres maladies telles que le cancer, l’hypertension, l’asthme, jugulent aussi leur lot d’inepties sur la toile. Restez vigilant et, surtout, posez-vous les bonnes questions.

De la même façon, je me suis très vite rué vers tout ce que pouvaient proposer les laboratoires pharmaceutiques en matière de nouveaux accessoires pour diabétiques. De la sacoche « tout-en-un » permettant de ranger l’ensemble des consommables, des stylos d’insuline intelligents et autres auto-piqueurs dernier cri en passant par la minipoubelle pour aiguilles usagées, ou bien encore les gels de glucose, je crois avoir tout acheté pour, soi-disant, mieux contrôler et vivre ma maladie.

À la façon d’un adepte de la technologie qui souhaiterait le tout dernier modèle de Smartphone, je me suis mis à devenir un consommateur de ma propre maladie. Pire, je « m’autoachetais ». Que m’importait alors que la petite sacoche de bien piètre qualité coûtât 59 euros ? Ne perdons jamais de vue que l’industrie pharmaceutique, tout comme l’industrie agroalimentaire, n’est là que pour une seule chose : vendre. Point barre. Malgré les avancées significatives que permettent ses recherches, elle est prête à tout pour cela, quitte à rogner sur cette part de philanthropie qu’elle est censée incarner (le scandale du Mediator, ça vous rappelle quelque chose ?).

Écœuré, je me suis mis à considérer d’un autre œil les offres provenant de l’industrie agroalimentaire. Des produits « allégés », « light », « sans sucre » en passant par les aliments « spécifiquement conçus pour les diabétiques », l’offre caractéristique et orientée « santé » s’étale un peu partout dans nos hypermarchés. Après nous avoir gavés de sucre et de graisses (et continuer de le faire en toute impunité), l’industrie agroalimentaire veut maintenant nous faire croire qu’elle a subitement recouvré la raison et qu’elle ne souhaite désormais que notre bien (cœur avec les doigts / chatons mignons / bébés phoques tout doux) ! Ne tombez pas dans le panneau : le lobby du sucre est comparable à celui du tabac d’il y a cinquante ans, ni plus, ni moins. Ainsi et à titre d’exemple, certaines sauces vinaigrettes light, si elles sont bien allégées en graisses, contiennent parfois plus de sucres que leur équivalent non-light. De même, les charcuteries, qui ne comprennent par définition pas de sucres, se voient pourtant « sucrées » dans le seul but d’optimiser leur fabrication industrielle… Même si les étiquettes des produits alimentaires peuvent nous aider à mieux comprendre ce que nous consommons, il y a de quoi être perdu ! États complaisants, industriels peu scrupuleux, scientifiques dévoyés, faux prophètes du « manger sain », la mayonnaise continue de prendre depuis des dizaines d’années au détriment de notre santé et de nos porte-monnaie. C’est un des plus grands scandales alimentaires de notre époque – rien que ça – et il serait grand temps que nos politiques s’en préoccupent pour de bon. Comment ça, je suis utopiste ?

Extrait de "Merci pour ce diabète", d'Alban Orsini, aux éditions Hugo&Cie, octobre 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !