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La police, comme d’autres institutions, compte en son sein de nombreux francs-maçons.
La police, comme d’autres institutions, compte en son sein de nombreux francs-maçons.
©Reuters

Vases communicants

Limogeage de Bernard Petit : de la nécessité de ne pas confondre le travail de policier avec l’appartenance à la franc-maçonnerie

La police, comme d’autres institutions, compte en son sein de nombreux francs-maçons. Ce qui permet à des policiers -en retraite ou pas- de discuter d’égal à égal avec la hiérarchie et de recevoir indûment des confidences sur des dossiers sensibles. Avec des conséquences dangereuses : témoin, les ennuis judiciaires que connait l’ancien directeur de la PJ parisienne, Bernard Petit, limogé il y a peu par le ministre de l’Intérieur.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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Y aurait-il une double hiérarchie au sein de la police parisienne ? Pour être clair, y aurait-il une police liée à la Franc-maçonnerie qui pèserait sur la hiérarchie, ici pour solliciter des services, là pour obtenir des informations sur telle ou telle affaire sensible ? Question récurrente que, depuis des lustres, se posent bien des observateurs et habitués de la préfecture de Police. Cette question, on se la  pose à nouveau depuis qu’a éclaté l’affaire qui a conduit à la mise en examen et au limogeage de Bernard Petit, patron de la PJ parisienne pour violation du secret de l’instruction. Au départ, en octobre 2014, alors que les juges parisiens Roger Le Loire et Charlotte Bilger enquêtent sur un trafic de permis de séjour où apparaissent "l’escroc des stars" Christophe de Rocancourt, l’avocat Marcel Ceccaldi, ancien conseil de la Lybie, et l’ex- chef de la cellule élyséenne sous Mitterrand, Christian Prouteau, on est à cent lieux de penser que vont apparaitre quelques réseaux maçons, notamment  celui du truculent et pittoresque Joaquin dit Jo Masanet, l’homme qui tutoie toute la hiérarchie policière et tous les ministres de l’Intérieur… L’homme qui va être, sans le vouloir, à l’origine de la chute de Bernard Petit, le directeur – depuis un an de la police judiciaire parisienne, le prestigieux 36 Quai des orfèvres.

Nous sommes début octobre 2014. La Brigade recherches et d’investigations financières (BRIF) enquête donc sur cette histoire de trafic de faux papiers. Apparaît lors d’écoutes téléphoniques le nom de Christian Prouteau. Ce que ce dernier apprend. Intrigué, il veut en savoir davantage. Aussi demande-t-il à une de ses relations de se renseigner. La relation en question ? Un certain Philippe Lemaître. Cet ancien policier n’est autre que le bras droit de Joaquin Masanet, président depuis 2009, de l’Association nationale d’action sociale des personnels de la police nationale et du ministère de l’Intérieur (ANAS), structure qui gère entre autres les colonies de vacances, un service logement, la maison de repos du Bourgat (Indre-et-Loire). Et subventionnée à hauteur de 2 millions d’euros par ans. Autant dire que Joaquin Masanet  est un homme puissant, qui connait du monde. A tu et à toi non seulement avec les hauts responsables de la police, mais également les ministres de l’Intérieur. Il est aussi membre de la maçonnerie, ce qui facilite les relations. C’est ainsi que Masanet demande à Lemaître d’aller voir Bernard Petit et son directeur de cabinet Richard Atlan afin qu’ils  lui détaillent les raisons pour lesquelles Prouteau risque de connaître quelques soucis avec la justice.

Lemaître s’exécute. Petit et Atlan informent donc Lemaître sur le cas Prouteau. Nous sommes le 6 octobre 2014. Le scandale couve. Mais dans le plus grand secret. L’Inspection générale de la police nationale (l’IGPN) a mis tout ce petit monde sur écoutes. Diablement intéressantes. On apprend que Masanet, âgé de 62 ans, ancien syndicaliste policier qui a commencé par travailler chez Maisons Phénix avant d’entrer dans la police, se trouve en contact avec le numéro 2 de l’IGPN, qui sera plus tard suspendu de ses fonctions "par mesure conservatoire". On apprend encore qu’il appelle le préfet de Police, Bernard Boucault –qu’il tutoie – afin qu’il lui rende je ne sais quel service. Ce que le haut fonctionnaire ne fera pas. Galopent les semaines. Plus le temps passe, plus l’IGPN découvre que non seulement le frère Jo userait de son influence auprès des policiers, mais qu’il vie confortablement.

Ainsi, passionné de tiercé, il dépenserait beaucoup d’argent. On découvre encore que son compte bancaire est alimenté par des sommes en espèces. Serviable, il tente d’intervenir auprès du fisc pour éviter des ennuis à quelques restaurateurs imprudents. Il est vrai qu’en échange, ces derniers offriraient de fausses notes de frais à Masanet. Ici, pour 100, là pour 300 euros. Parmi ses généreux donateurs, le patron d’un établissement situé juste en face de la gare Saint- Lazare.

Enfin, l’IGPN est intriguée par les deux voyages effectués par Masanet en Argentine. Tout comme elle s’interroge sur le compte bancaire en territoire helvète que détiendrait un des protagonistes de cette affaire qui ne peut que ternir l’image du 36 quai des Orfèvres. A l’ANAS, on dément vigoureusement tout train de vie exorbitant que mènerait Masanet, en faisant remarquer que derrière cette histoire se profilerait une volonté de porter des coups à la gauche policière. Ce qui reste à démontrer, même si certains policiers –situés plutôt à droite- ne sont pas mécontents de la chute de Bernard Petit. Début février 2015, alors que l’enquête a mis au jour les dessous de ces services rendus, les juges interrompent une réunion de directeurs de la Préfecture  de police pour y interroger Bernard Petit puis le commandant de police Richard Atlan et un peu plus tard, Joaquin Masanet… L’homme qui en voulait trop. L’homme qui n’a pas compris que tout pouvoir comportait des limites…

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