LFI / EELV-PS : qui a vraiment le vent en poupe pour 2022 ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Jean Luc Mélenchon Eric Piolle
Jean Luc Mélenchon Eric Piolle
©PHILIPPE DESMAZES / AFP

Socle électoral

LFI / EELV-PS : qui a vraiment le vent en poupe pour 2022 ?

Ce que les entrailles des sondages révèlent des dynamiques pour 2022.

Virginie Martin

Virginie Martin

Virginie Martin est une professeure-chercheure à Kedge Business School et politologue française. Elle est présidente du Think Tank Different, laboratoire politique créé en 2012, et est l'auteur de Ce monde qui nous échappe : pour un universalisme des différences paru en 2015 aux éditions de l'Aube.

Voir la bio »

Atlantico.fr :  Les récents sondages montrent que les questions sécuritaires préoccupent de plus en plus l'électorat de gauche. Or sur ces questions, la "gauche" française est écartelée. Mais on ne peut pas proposer à la fois une politique sécuritaire "chevènementiste" et se reconnaitre dans les discours d'Assa Traoré au risque de perdre une partie de l'électorat. Comment la gauche peut-elle se situer clairement sur ces questions?

Viriginie Martin : Plus globalement, la bataille culturelle portée par la gauche est fragilisée. 

D’ailleurs les « chevenementistes » dont vous parlez, sont plutôt aujourd’hui du côté de Florian Philippot par exemple. De même que le discours très classique républicain à la Manuel Valls serait aujourd’hui bien plus compatible avec le gouvernement actuel et son ministre de l’Intérieur. 

Il y a en effet, une certaine gauche qui se réclame d’une ferme laïcité, de l’identité française, et n’est pas très à l’aise, pas très compatible avec les questions de féminisme ou de racisme. C’est typiquement le Printemps Républicain. D’aucuns ont d’ailleurs pointé que le Printemps républicain - même si leurs membres s’en défendent -, sont souvent sur des lignes proches d’une droite identitaire. Leur républicanisme dur peut-être vu parfois comme une forme de communautarisme national ! C’est le paradoxe. 

Ces tiraillements au sein de la gauche ont émergé aussi avec le Front national, qui dès les années 70/80 faisait le lien entre chômage et immigration. A cette époque, beaucoup d’ouvriers victimes de la crise et des délocalisations ont été sensibles à ces sirènes et ont rejoint le FN en masse, aux dépens du PC. 

Toutes ces questions « sociétales » sont depuis longtemps des diviseurs au sein de la gauche. Même aujourd’hui, par exemple, nombreux sont les mélenchonistes qui n’apprécient pas le discours féministe / anti-raciste au prétexte que ces enjeux font passer la question de la classe sociale au second plan.

Le décryptage de la gauche ou des gauches est complexe et ces familles fourmillent de tendance et de sous-tendances qui rendent délicate la stratégie des leaders. 

Cette rupture ne semble pas transcendable. Jean-Luc Mélenchon, par exemple, a fait le choix du communautarisme au détriment de la partie traditionnellement communiste de son électorat. Or cette frange là est celle qui, à gauche, réclame un accroissement de la politique sécuritaire. La France Insoumise est elle dépassée?

La FI est plus complexe à saisir que cela. Tout d’abord, la personnalité de Mélenchon est un fédérateur c’est certain. D’ailleurs le leader de la France Insoumise fait le pari, toujours, de ne pas céder aux peurs, de ne pas trop jouer avec l’émotion – malgré le charisme certain du personnage -  mais de faire passer des messages, de former les militants. Un discours de Mélenchon est presque toujours un cours, un apprentissage. 

Donc, il ne fait pas souvent la part belle en effet à ce qui pourrait fonctionner de façon instinctive : la sécurité, l’immigration… 

Au contraire, il travaille sur les institutions et sur le passage à une éventuelle 6ème République. Il évoque très fortement les questions de démocratie et de participation des citoyens. Il a été un des premiers – non écologistes – à avoir un programme très ambitieux sur l’eau, la mer, l’environnement… 

Pour répondre à votre question, non la FI n’est pas dépassée, c’est juste qu’elle reste à gauche et fidèle aux valeurs de gauche qui sont les siennes. 

Est ce une bonne stratégie pour la gauche, les gauches de toujours courir après des logiciels dits de droite ?  C’est comme cela que Manuel Valls a fonctionné… ça lui réussira peut-être un jour mais pas dans des partis dits de gauche. En revanche, il a contribué à banaliser des discours plutôt droitiers ; c’est comme cela que la gauche est en train de perdre – ou peut être pas tant que ça – la bataille culturelle. 

Comment expliquer que la réalité militante telle que l'on peut l'observer, semble si éloignée des vraies attentes de l'électorat de gauche?

Ne nous y trompons pas, l’électorat de gauche n’est ni homogène ni immobile. Si certains dans cet électorat préfèrent rejoindre les rangs de partis plus droitiers, plus conservateurs, plus identitaires. Que faire ? La gauche, les gauches peuvent toujours se réformer et oublier leur socle de valeurs, mais cela se fait toujours, pour le meilleur et pour le pire. 

Je m’explique : François Hollande entouré de Macron-Valls perd peu à peu tous ses électeurs. Ces derniers tranchent dans le vif : ceux qui ont envie d’une start-up nation structurée autour de l’individu partent chez Emmanuel Macron. Ceux qui restent attachés à un logiciel de gauche se réfugient chez Jean-Luc Mélenchon qui réussit très bien sa campagne présidentielle. 

Donc, faut-il toujours suivre un électorat, faire de la stratégie pour le séduire, le contenter ? Ou faut-il avoir quelques valeurs et ne pas y déroger. Je crois que la réponse est dans la question. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !