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Des centaines de personnes ont manifesté à Londres, dimanche 31 mai, contre la mort de George Floyd à Minneapolis
Des centaines de personnes ont manifesté à Londres, dimanche 31 mai, contre la mort de George Floyd à Minneapolis
©DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

Théorie folle

Les radical studies : une absurdité intellectuelle

L’antiracisme radical est devenu une théorie folle. Partie d’une volonté d’analyser les mécanismes culturels profonds du racisme dans les sociétés occidentales, ce mouvement de pensée a sombré jusqu’à devenir totalement absurde, prise au piège de ses origines idéologiques.

Olivier Barrat

Olivier Barrat

Olivier Barrat est avocat spécialiste des questions de droit du travail et de protection sociale.

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En s’appuyant sur des outils conceptuels dogmatiques issus de prétendues écoles critiques, cette tentative d’expliquer les fondements du racisme européen reproduit en réalité, jusqu’au pire, les dérives et les obscurantismes qui avaient transformé, au milieu du XXème siècle, le marxisme en un « opium pour intellectuels ».

La propagande communiste était passée maitre, dans les années 1950, en l’art de manier les techniques de « l’agitprop » afin de mobiliser le monde culturel autour de fausses antinomies. Ainsi, l’opposition entre communisme et anticommunisme se voyait alors reformulée sous l’image d’une lutte opposant pacifistes et bellicistes. Le raisonnement consistait à affirmer que ceux qui se voulaient anticommunistes étaient des antisoviétiques, donc en réalité des partisans de l’affrontement avec l’union soviétique, la patrie du communisme. En conséquence, ils représentaient des « va en guerre » voulant provoquer un troisième conflit mondial. Ainsi les adversaires du stalinisme se retrouvaient définis, non pas comme des partisans de la liberté combattant un totalitarisme, mais en tant qu’ennemis de l’humanité prêts à déclencher l’apocalypse nucléaire. De même, pour les antiracistes radicaux d’aujourd’hui, quiconque s’oppose à leur théorie constitue un raciste. L’occident représenterait un continent structurellement ségrégationniste, une culture raciste par nature jusque dans ses racines les plus profondes. Dès lors, prétendre lutter contre le racisme sans vouloir renverser les sociétés occidentales serait une hérésie. Ainsi, quiconque aspire à défendre le modèle européen libéral humaniste se retrouve dénoncé comme suprématiste blanc. L’opposition « racisme-antiracisme » se voit transfigurée en un combat où tous ceux qui remettent en cause la doctrine du racisme systémique sont déclarés fascistes.

Cependant, pour procurer de la légitimité à une telle affirmation, il faut lui donner une apparence de démonstration scientifique. Dès lors, pareils aux marxistes, les antiracistes radicaux soutiennent qu’ils fondent leurs analyses sur une sociologie démonstrative, aux conclusions qu’ils proclament irréfutables. Le communisme prétendait constituer une science de l’Histoire, accusant ceux qui s’y opposaient d’être des réactionnaires niant les « vérités » autoproclamées du matérialisme dialectique. De la même manière les auteurs des « radical studies » revendiquent la production d’un savoir « scientifique », aux résultats établis sans discussion possible. Ils oublient simplement de rappeler que les sciences sociales qu’ils manient demeurent de sciences molles, élaborant des théories dont la portée est par nature relative et toujours critiquable. Le philosophe Karl Popper a posé un critère strict de distinction entre le domaine de la science et celui des simples opinions. Il s’agit de la notion de réfutabilité. Une affirmation se trouve scientifiquement démontrée si elle est vérifiée dans des conditions d’expériences pouvant aboutir à un résultat contraire, mais ne le produisant pas. Par exemple, concernant la loi de la pesanteur selon laquelle tout corps tombe vers le sol en raison de la gravité terrestre, si nous lançons un objet vers le haut, nous constatons qu’il chute alors qu’en théorie il pourrait rester en l’air. S’il apparaissait le contraire, le principe de la pesanteur serait réfuté. Or, les affirmations issues des « radical studies » ne respectent pas ce critère de réfutabilité. Lorsqu’il est déclaré que les sociétés occidentales d’aujourd’hui sont systémiquement racistes, il pourrait être opposé à cela que les nations européennes ont tout au contraire développé une importante législation antiraciste et sanctionnent durement, notamment sur le plan pénal, les comportements discriminatoires. Mais, loin de voir dans ces phénomènes une contradiction à leur thèse, les antiracistes radicaux soutiennent qu’il ne s’agit là que d’illusions destinées à masquer une réalité ségrégationniste plus profonde. Dès lors les manifestations de l’antiracisme des sociétés européennes ne sont pas interprétées comme démentant le constat des antiracistes radicaux. En Europe l’antiracisme, quoi qu’il fasse, ne serait selon eux que la manifestation inconsciente d’un racisme qui s’ignore et ceux qui défendent notre modèle constitueraient des « oncles Tom », tous atteints du syndrome « Banania ». En interprétant systématiquement les faits qui les contrarient à l’inverse de ce qu’ils signifient, en englobant les constats de réfutations pour les tourner en preuves falsifiées de leur contraire, les « radical studies » dénaturent leurs propres raisonnements et renoncent à l’objectivité. Elles deviennent des machines idéologiques absurdes, totalement sectaires, tournant à vide.

Ce phénomène se trouve encore renforcé par un autre emprunt aux propagandistes de l’orthodoxie marxiste. Il s’agit de celui visant à diaboliser le capitalisme. Les communistes dénonçaient en effet le capitalisme en affirmant que le fascisme en composerait la forme paroxystique. Le fascisme constituerait la réalité crue du libéralisme bourgeois, son visage réel débarrassé des faux semblants démocratiques. Dans cette optique les communistes passaient alors sous silence le fait que les nations capitalistes menèrent, durant toute la seconde guerre mondiale, un combat farouche contre le nazisme et furent l’un des fers de lance de son anéantissement. De même, les antiracistes radicaux soutiennent que le capitalisme se fonde sur l’esclavage, que les sociétés libérales occidentales sont par nature et par essence des sociétés esclavagistes. L’esclavage, dont le racisme ne formerait qu’un prolongement psychologique et social, qu’une manifestation actuelle, serait la source et l’horizon indépassable du capitalisme. La mentalité esclavagiste dominerait l’Europe dans ses fondements culturels, y compris au XXIème siècle. Ils oublient que l’esclavagisme existe depuis bien avant le capitalisme, qu’il s’est massivement répandu dans des pays non capitalistes, qu’il a été lourdement développé en terre africaine ou arabo-musulmane, et que si l’occident l’a pratiqué, l’occident européen représente surtout le fer de lance de son abolition à travers le monde.

Chacun admet, dans l’Histoire des idées, que les « cultural studies » américaines ont largement puisé leurs sources dans la « french theory », courant déconstructeur français des années 1960. Mais ce mouvement déconstructeur est lui-même né sous la tutelle intellectuelle du marxisme, dans ses versions existentialistes avec les sartriens, structuralistes avec les althussériens, ou encore de critique culturelle avec l’école de Francfort. Les « radical studies » reproduisent par conséquent, avec l’esprit servile des parfaits épigones, les méthodes et les errements de leurs ancêtres idéologiques. Ils répètent les mêmes erreurs avec la même fascination pour le théoricisme stérile et le même aveuglement face au totalitarisme. En cela, il serait grand temps pour tous ces partisans de la déconstruction culturelle systématique de pratiquer enfin, avec lucidité, l’archéologie de leur propre doctrine pour en dénoncer les sinistres présupposés.

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