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Le classement Forbes aux États-Unis a été fortement modifié par l'apparition depuis 30 ans des milliardaires des nouvelles technologies qui ne sont pas héritiers de fortunes familiales.
Le classement Forbes aux États-Unis a été fortement modifié par l'apparition depuis 30 ans des milliardaires des nouvelles technologies qui ne sont pas héritiers de fortunes familiales.
©Reuters

Eldorado

Les nouvelles technologies sont-elles en France, comme elles le sont aux États-Unis, la nouvelle fabrique à super-riches ?

Le nombre de super-riches américains issus de grandes familles héritières a chuté de moitié en trente ans. L'explication ? L'entrée dans ce classement de nombreux entrepreneurs du monde des nouvelles technologies qui ont rapidement amassé des fortunes sans appuis familiaux. La France peut-elle suivre cette voie ?

Jonathan Lascar

Jonathan Lascar

Jonathan Lascar est cofondateur de l'Accélérateur qui investit et accompagne un pool de jeunes entreprises du web dans leur stratégie de développement.

Il a intégré en qualité de consultant le cabinet américain Accenture. Motivé et passionné par l’entrepreneuriat, il lance sa première entreprise, QuelSeminaire.com en Juin 2009, qu’il revendra fin 2010 à un groupe de communication.

Il est co-auteur de Entrepreneurs du Web : Les grandes réussites françaises, paru aux Editions du Palio.

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Atlantico : Le classement Forbes aux États-Unis a été fortement modifié par l'apparition depuis 30 ans des milliardaires des nouvelles technologies qui ne sont pas héritiers de fortunes familiales. A-t-on assisté à un mouvement similaire en France ? Quelles sont les plus belles réussites financières françaises issues de la "nouvelle économie" ? 

Jonathan Lascar : Clairement, la donne a également changé en France. Nous avons des entrepreneurs qui sont devenus largement millionnaires dans un laps de temps assez court. Parmi eux, on peut citer Marc Simoncini, fondateur du site de rencontres Meetic, Jacques-Antoine Granjo, créateur de vente-privee.com, Xavier Niel bien sûr avec Free, même si il avait déjà connu quelques succès commerciaux auparavant, voire même Pierre Kosciuszko-Morizet qui a fait une belle affaire en revendant PriceMinister.

Ces entrepreneurs ont dégagé des fortunes grâce aux nouvelles technologies, et ce sont en plus tous investis à réinjecter leur argent pour financer de nouveaux projets. Cependant, bien qu'ils aient fait fortune, on est loin des montants que l'on voit apparaître aux États-Unis, où, par exemple, Instagram a été racheté par Facebook pour un milliard de dollars. Cela s'explique par le fait qu'en France, il y ait peu d'entreprises assez riches et puissantes pour investir de tels montants pour racheter une entreprise prometteuse dans le secteur des nouvelles technologies (à part peut-être Orange qui avait racheté Dailymotion.)

Quel est le profil sociologique des entrepreneurs français des nouvelles technologies qui ont fait fortune ? En quoi sont-ils différents des autres super riches ? Y a-t-il des différences avec leurs homologues américains ?

La principale différence par rapport aux super riches "classiques" est qu'ils ont un parcours scolaire qui ne s'est pas déroulé dans les plus grandes filières d'études supérieures. Pierre Kosciusco-Morizet, qui est diplômé d'HEC, fait même plutôt figure d'exception (sachant qu'il n'est d'ailleurs pas le plus riche de ces nouveaux millionnaires issus des nouvelles technologies.) Il y a aussi chez ces entrepreneurs un goût plus affirmé pour le risque, que dans les élites financières traditionnelles, et une volonté générale d'ancrer leur business à une échelle internationale, au moins européenne, dès leur création, ce qui ne veut pas forcément dire qu'ils y arrivent tout de suite.

Ces nouveaux super riches français diffèrent de leurs homologues sur un point important : l'âge. Ils sont souvent plus âgés en France qu'aux États-Unis, où l'on voit des cas exceptionnels comme Mark Zuckerberg (il était à 23 ans le plus jeune milliardaire de la planète, ndlr). L'explication est simple : on continue en France à accorder plus de crédibilité aux gens d'expérience, notamment lorsqu'il s'agit de lever des fonds pour développer des entreprises.

On reproche souvent aux super riches, une fois leur fortune faite, d'être dans une logique de transmission patrimoniale, et donc de retomber dans les travers des grandes familles héritières. Pourquoi les élites financières issues des nouvelles technologies, notamment en France, se comporteraient différemment ?

C'est difficile de répondre précisément à cette question. On constate cependant que ces entrepreneurs donnent beaucoup à leurs collaborateurs, notamment via des stock-options, et ouvrent leur capital à des investisseurs venant d'horizons très différents, sans forcément se refermer sur une base familiale. C'est assez spécifique aux nouvelles technologies, mais s'explique aussi en partie par la faiblesse des moyens et des rémunérations que l'on peut proposer en lançant un business, ce qui pousse à la distribution justement des stock-options.

Dans une période de crise et de déclin industriel, les nouvelles technologies ne sont-elles pas le dernier bastion où il est possible de faire fortune, sans héritage familial ?

Non. Il y a de nouvelles opportunités à prendre avec un retour à des business plus traditionnels, plutôt dans le B to B, ce qui est donc moins visible que les entreprises de nouvelles technologies. D'ailleurs clairement, l’émergence des grandes fortunes dans les nouvelles technologies s'est un peu calmée en France. Les exemples dont nous avons parlé date plutôt de la première décennie des années 2000. On n'a plus eu de gros succès en France ces dernières années. Les deux grosses réussites récentes sont Dailymotion et Deezer, mais leurs actionnariats étant très dilués, elles n'ont pas créer de nouvelles grandes fortunes.

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