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Les mots clés de l'économie en 2014 (2/5) : Schumpeter, le docteur miracle de la crise
©Reuters

L'édito de Jean-Marc Sylvestre

Les mots clés de l'économie en 2014 (2/5) : Schumpeter, le docteur miracle de la crise

Quelques mots et expressions vont baliser l’année 2014. Ils correspondent à une situation en voie de réforme et répondent à une nouvelle économie qui émerge de la crise. Aujourd'hui, le mot Schumpeter, du nom de l'économiste Joseph Schumpeter.

Joseph Schumpeter est un économiste peu connu du grand public et assez mal aimé de la majorité des dirigeants politiques dans les grandes démocraties occidentales. Résultat, personne n’a fait sa publicité. Et ce, contrairement à son contemporain John Maynard Keynes. Ce dernier était la star de l’après-guerre et pour cause, ce dandy qui passait autant de temps dans les coulisses de l’opéra que dans les salons du pouvoir à Londres, a donné aux démocrates sociaux les outils pour sortir les pays européens du traumatisme de la deuxième guerre mondiale.

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En constatant qu'il y avait une demande à satisfaire, en solvabilisant cette demande, il a créé des marchés dans lesquels les entreprises ont pu s’engouffrer. Les trente glorieuses ont été signées de la griffe Keynésienne. Les économies, étant pour la plupart fermées, on a même pu faire un peu (et beaucoup) d’inflation, ce qui a permis de ruiner les rentiers dans la joie et la prospérité des plus jeunes. Les dirigeants politiques ont acheté les modèles keynésiens qui leur permettaient de faire toutes les promesses que les électeurs attendaient sans avoir à les payer cash. On empruntait.

On sait bien que depuis les années 1975, cette logique de la demande ne fonctionne pas. Les frontières sont ouvertes, les marchés de grande consommation sont saturés ou presque, quant aux États, ils sont désormais surendettés.

Joseph Schumpeter a été occulté par Keynes pendant toute sa carrière. Il prônait un modèle fondé sur l’effort de l’entreprise, sa capacité à innover et à prendre des risques. Pour Schumpeter, le progrès et la croissance ne pouvait dépendre que du talent de l’entrepreneur. Il a donc beaucoup travaillé sur des économies en équilibre, peu endettées, capable de s’adapter et surtout d’innover.

Il a pressenti avant tout le monde la révolution que provoquerait la mondialisation. Pour lui, aucune raison que les pays en voie de développement restent les esclaves de la vieille Europe, il avait évidemment raison. Il a conceptualisé, avant tout le monde, le rôle moteur de l’innovation et de la concurrence comme facteurs de progrès . Enfin, il a développé le concept de destruction créatrice. Pour que l’appareil de production se renouvelle, il faut accepter que les secteurs le plus vieillots meurent et disparaissent. Un peu comme dans une forêt, où il faut parfois abattre les vieux arbres pour que les jeunes puissent pousser.

Les travaux de Joseph Schumpeter sont évidemment devenu incontournables aujourd'hui car ils apportent une réponse à la crise que traversent les vieilles démocraties occidentales. Le succès colossale de l’économie numérique s’inscrit évidement dans les logiques d’offre prônées par Schumpeter et lui donnent totalement raison. Les hommes les plus puissants du monde aujourd'hui ne sont pas les politiques mais les savants, les ingénieurs et les chefs d’entreprises.

Les hommes politiques ont du mal à assumer et porter les logiques de Schumpeter parce qu'elles donnent à l’entrepreneur le rôle clef pour assurer l’emploi et le progrès. Ces logiques interdisent aussi aux démocrates de faire des promesses qu’ils ne peuvent pas financer. Tout le débat sur la politique économique française est dominé aujourd'hui par la confrontation entre les partisans d’une logique de la demande à la Keynes et les défenseurs d’une logique de l’offre.Dans la première catégorie, vous trouvez toute la gauche classique, un peu archaïque. La gauche extrême, les écologistes, partisans aussi de la non croissance qui pensent que l’État peut tout. Mais vous trouvez aussi une partie de la droite conservatrice.

Dans la seconde catégorie, vous avez la gauche moderne, la deuxième gauche héritière de Michel Rocard et de Jacques Delors, qui croit dans les vertus de la concurrence et du progrès techniques. Vous trouvez des mouvements écologistes très progressistes, des socio-démocrates, européens et une partie de la droite libérale.

Dans un système institutionnel qui coupe tout en deux : la droite d’un côté et la gauche de l'autre, difficile de former une majorité pour défendre une politique économiques cohérente.

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