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Les lois sur le suicide assisté augmentent le taux de suicides, notamment chez les femmes.
Les lois sur le suicide assisté augmentent le taux de suicides, notamment chez les femmes.
©AFP / Tolga Akmen

Législation contre-productive ?

Les lois sur le suicide assisté augmentent le taux global de suicides… et notamment chez les femmes

C’est ce qu’établit une étude universitaire britannique à partir de données en provenance des Etats-Unis.

David Paton

David Paton

David Paton est professeur d'économie industrielle à la Nottingham University Business School. Ses recherches portent sur l'économie du sport, les jeux d'argent et la santé.

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Atlantico : En examinant les données de 10 États américains qui ont mis en œuvre des lois sur le suicide assisté jusqu'à la fin de 2019, vous constatez dans votre étude "Les lois sur le suicide assisté augmentent les taux de suicide, en particulier chez les femmes", publiée sur VoxEU, que le taux de suicide toutes causes confondues a également augmenté. Comment expliquez-vous ce phénomène contre-intuitif et comment êtes-vous parvenu à de telles conclusions ?

David Paton : Richard Posner a fait valoir qu'en proposant le suicide comme une option future, certaines personnes souffrant de maladies dégénératives pourraient alors retarder leur suicide en sachant qu'il sera disponible plus tard si elles le souhaitent. En conséquence, il a fait valoir que les taux de suicide non assisté devraient diminuer lorsque le suicide assisté est légalisé. D'autre part, nous nous attendons normalement à ce que la légalisation d'une activité réduise ses coûts et, par conséquent, conduise à une augmentation du nombre de cette activité.  Dans le cas présent, la légalisation du suicide assisté devrait non seulement réduire les obstacles pratiques au suicide, mais aussi diminuer les tabous sociétaux contre le suicide. Nous avons constaté que ce dernier effet l'emportait sur le premier. Non seulement les taux de suicide ont globalement augmenté après l'adoption de lois sur le suicide assisté, mais les taux de suicide non assisté ont probablement aussi augmenté quelque peu. Nous sommes un peu plus prudents quant à l'augmentation des suicides non assistés car elle n'est pas aussi statistiquement robuste que celle du nombre total de suicides. Cependant, il semble bien, d'après notre article et d'autres recherches sur des données européennes, qu'il n'y ait aucune preuve à ce jour que les lois sur le suicide assisté diminuent même les suicides non assistés.  Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un résultat "contre-intuitif".

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Vous soulignez dans votre étude que les femmes sont plus susceptibles de se suicider sans assistance dans ces États. Comment expliquez-vous cette prédominance des femmes ? Ce résultat est-il cohérent avec l'ensemble des travaux sur la sociologie du suicide ?

Pour être clair, les femmes sont moins susceptibles de se suicider sans assistance que les hommes, même dans les États où le suicide est assisté. La conclusion de notre article est que l'augmentation du nombre de suicides (total et non assisté) dans les États ayant des lois sur le suicide assisté est plus importante pour les femmes que pour les hommes.  Ce résultat est cohérent avec des recherches antérieures comme celles de la psychologue Silvia Canetto.  L'une des interprétations de notre constatation est que le recours plus fréquent au suicide assisté reflète le fait que les femmes ont le pouvoir de contrôler les décisions de fin de vie.  Les travaux de Canetto proposent un autre point de vue, à savoir que l'augmentation du nombre de suicides assistés peut refléter la déresponsabilisation de ceux qui sont plus vulnérables à la pression sociale en faveur du suicide, par exemple parce qu'ils se sentent une charge pour leurs proches ou pour la société, et que les femmes sont surreprésentées dans ces groupes.  Quoi qu'il en soit, le résultat selon lequel les lois sur le suicide assisté affectent particulièrement les femmes est préoccupant et devrait certainement faire l'objet de recherches futures.

À la suite de votre étude, pensez-vous qu'il serait possible de diminuer le nombre total de suicides par des mesures appropriées ? Les gouvernements des autres États sont-ils sur la bonne voie ?

Je pense personnellement que l'un des problèmes des lois sur le suicide assisté est l'ambiguïté qu'elles introduisent au sujet du suicide. La plupart des sociétés consacrent beaucoup d'efforts à des messages de santé publique visant à réduire le taux de suicide (tout en traitant toujours avec compassion ceux qui cherchent à se suicider). Ces efforts reposent sur l'hypothèse que le suicide n'est jamais dans l'intérêt d'une personne et que, plutôt que d'accéder aux demandes de suicide, nous devrions chercher à résoudre les problèmes sous-jacents qui conduisent les personnes vulnérables à faire une telle demande. Les lois sur le suicide assisté reposent sur l'hypothèse que le suicide est dans l'intérêt de certaines personnes et cette contradiction sape les efforts de santé publique visant à réduire le suicide.

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Si les lois sur le suicide assisté augmentent le taux de suicide global, votre étude peut-elle remettre en question les débats sur l'autodétermination et l'autonomie corporelle ?

Il est juste que les débats sur l'euthanasie et le suicide assisté se concentrent principalement sur les questions éthiques sous-jacentes. Les partisans des lois sur le suicide assisté soutiennent qu'elles favorisent le droit à l'autodétermination et à l'autonomie corporelle.  En revanche, ceux qui s'opposent au suicide assisté affirment que les lois sur le suicide assisté portent atteinte aux droits des groupes vulnérables tels que les personnes âgées, les personnes handicapées et les malades en phase terminale, et pour lesquels les lois sur le suicide assisté peuvent entraîner une pression indue pour choisir de mettre fin à leur vie prématurément.  Notre document ne résout pas ces débats dans un sens ou dans l'autre. Il fournit cependant des preuves contre l'idée que la légalisation du suicide assisté pourrait effectivement conduire à une réduction du nombre de suicides.

Pour retrouver l'étude publiée sur VoxEU : cliquez ICI

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