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Les bâtiments zéro carbone ne suffisent pas à la Norvège, le pays en construit désormais qui produisent de l'énergie
©IAN LANGSDON / POOL / AFP

Avancée

Les bâtiments zéro carbone ne suffisent pas à la Norvège, le pays en construit désormais qui produisent de l'énergie

Alors que l'UE vise la neutralité énergétique pour tous les bâtiments en 2020, la Norvège va plus loin avec des constructions qui produisent plus d'énergie qu'elles n'en consomment.

Françoise Tellier

Françoise Tellier

Françoise Thellier est énergéticienne, spécialisés dans l'évaluation de la qualité des ambiances, ou comment maximiser le confort des enceintes habitées en réduisant les consommations d'énergie. Ses travaux de recherche portent sur la modélisation des interactions entre l'homme et son environnement thermique essentiellement, même si les autres aspects éclairage et qualité de l'air sont étudiés. 

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Atlantico : Pouvez-vous rappeler ce qu'est un bâtiment à énergie positive ? Leur construction présente-t-elle des difficultés particulières ?


Françoise Tellier : Il s'agit d'un bâtiment qui, à l'échelle d'une année, produit plus d'énergie qu'il n'en consomme. Il faut donc qu'il consomme très peu pour pouvoir ensuite produire le complément d'énergie. Cela passe par du solaire photovoltaïque ou thermique, ou bien de la cogénération, c'est-à-dire un système qui produit à la fois de la chaleur et électricité ; par exemple en brûlant du gaz ou des granulés de bois pour le chauffage, on actionne une turbine qui va produire de l'électricité. Transporter l'électricité est plus facile que de transporter la chaleur. Ainsi, les centrales électriques thermiques génèrent de la chaleur qui n'est quasiment pas récupérée, notamment car elle est difficile à transporter.
Il peut y avoir un coût plus élevé à la construction, car certains systèmes sont complexes, mais à long terme ça s'amortit puisque l'énergie excédentaire est revendue et le bâtiment en consomme peu. Par ailleurs, les bâtiments à énergies positives sont plus difficiles à mettre en place dans certaines zones géographiques, dans le nord de la France par exemple. Dans le sud, moins froid et plus ensoleillé, c'est plus facile, la consommation en chauffage est moins élevée.


Une construction existante peut-elle être convertie en bâtiment à énergie positive ? 

On y arrive plus facilement avec du petit tertiaire (deux ou trois étages) ou des maisons individuelles. C'est plus difficile avec une tour de quinze étages, avec beaucoup d'occupants donc une consommation d'énergie plus élevée. Plus largement, les bâtiments relativement récents qui consomment peu peuvent être convertis, mais c'est difficile avec les bâtiments anciens qui sont des "passoires énergétiques" ; or il faut plutôt une construction économe en énergie. 
Par ailleurs, le chauffage électrique, majoritaire en France est plutôt incompatible avec le bâtiment à énergie positive, mais il existe des bâtiments tellement bien isolés que l'on peut les chauffer avec très peu d'énergie. On peut aussi remplacer les matériaux existants par des matériaux plus écologiques et obtenir une isolation meilleure ou équivalente : par exemple en remplaçant la laine de verre ou le polystyrène par de la laine de bois ou de mouton.

L'exemple norvégien peut-il inspirer la France ?

Il faut se méfier du fait que les pays du nord sont plus en avance d'un point de vue thermique et énergétique. A vouloir importer les idées du nord, on provoque parfois des catastrophes. Ainsi on a construit dans le sud de la France des "maisons passives" allemandes, très isolées mais avec une ventilation naturelle très faible. Ces bâtiments chauffent très fort en été et les gens recourent à la climatisation qui est consommatrice d'énergie.
Pour le sud de la France, il faut des bâtiments avec une ventilation naturelle traversante, la possibilité d'occulter les baies vitrées, des matériaux à lourde inertie comme la brique [qui vont rafraîchir ou réchauffer lentement le bâtiment ndlr]. Dès la conception architecturale, il faut prévoir des fenêtres dont l'agencement permet la circulation de l'air. En Allemagne, les pics de chaleurs sont moins importants que dans le sud de la France, et on chauffe davantage l'hiver.


Quel rôle les bâtiments à énergie positive peuvent-ils jouer dans la transition énergétique et la lutte contre le dérèglement climatique ? L'urgence ne consiste-t-elle pas à isoler le bâti existant ?

Il faut avoir en tête que le bâtiment neuf c'est 1% du parc immobilier, donc si ce 1% est à énergie positive, ça va dans la bonne direction, c'est important d'expérimenter de nouvelles technologies, mais ce n'est pas comme ça que l'on parviendra à réduire substantiellement la consommation et à lutter contre le dérèglement climatique. En France, nous avons des logements très gourmands en énergie, qui consomment 10 à 20 fois plus que les bâtiments éco-construits. Le bâtiment est responsable de 50% de notre consommation d'énergie et de 30% de nos émissions de gaz à effet de serre.
Donc la rénovation de la totalité des bâtiments serait un levier considérable.  Nous en avons les moyens technologiques, on sait isoler les bâtiments en béton, et il y a un potentiel de création d'emplois important. Il est important de faire les rénovations d'un bloc, car souvent les propriétaires font des rénovations "par morceaux" qui terminent en catastrophe (en installant des fenêtres isolantes à la place de fenêtre anciennes qui laissaient passer l'air et sans prévoir de ventilation, on peut se retrouver avec de la moisissure, par exemple).
Si l'on fait un parallèle avec les véhicules, actuellement aide les particuliers avec une prime à la casse et l'on n'a pas le droit de vendre une voiture qui est une "épave". En revanche dans le bâtiment, on a le  droit de vendre une "épave" énergétique, et c'est un problème. Concernant les bâtiments construits après-guerre et dans les années 60-70, c'est souvent de l'habitat social où gens sont locataires, donc c'est au public de s'en charger. Pour les particuliers, il faut développer les incitations fiscales et les aides à la rénovation qui existent déjà.

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