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Les adjoints à la culture des maires servent-ils à quelque chose ?
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Le tout politique

Les adjoints à la culture des maires servent-ils à quelque chose ?

Si les pouvoirs publics sont parfois des atouts pour la culture, il demeure qu'ils sont très souvent à l'initiative de dérives particulièrement préjudiciables. Trop de petits barons s'appuient sur les milliards d'euros investis à des fins électoralistes et à mauvais escient, qui ternissent ce qu'est vraiment la culture.

Olivier Amiel

Olivier Amiel

Olivier Amiel est docteur en droit de la faculté d’Aix-en-Provence, a enseigné à l’université internationale francophone Senghor d’Alexandrie et a exercé en tant qu’avocat au barreau des Pyrénées-Orientales. Il a été maire adjoint de Perpignan chargé du logement, du renouvellement urbain et de la politique de la ville de 2014 à 2019.

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Atlantico : En 2012, on compte au total 21 milliards d'euros investis par les pouvoirs publics dans le domaine de la culture. Comment sont dépensés ces milliards ? Globalement, quelle est la part que touchent les municipalités ? Une pareille somme est-elle véritablement justifiée ? Est-il indispensable d'avoir une politique culturelle dans chaque ville ? Finalement, est-ce que les aides des pouvoirs publiques sont-elles bien nécessaires ?

Olivier Amiel : La puissance publique reste la plus à même de corriger les inégalités d’accès à la culture nées des mécanismes de reproduction sociale. Même si elle n’est pas la seule à pouvoir aider financièrement le secteur (d’autres voies sont et doivent être mieux explorées dans notre pays en matière de mécénat et de philanthropie), elle reste en France, la seule à pouvoir intervenir efficacement en matière de "médiation" entre les acteurs culturels et les différents publics, notamment dans le cadre des politiques d’éducation. Cette médiation par la puissance publique peut permettre enfin une véritable "démocratisation culturelle" qui reste un enjeu social essentiel et non abouti en France (contrairement à ce qu’on affirme trop souvent). Les publics restent cloisonnés, et c’est un "entre-soi" qui a finalement bénéficié de certaines largesses de politiques de financement public de la culture sans vision à long terme et portée par un dangereux "relativisme culturel" assimilant le loisir à l’Art. Le véritable accès à la culture pour tous est surtout psychologique par le biais de la médiation et de l’initiation. La puissance publique nationale ou locale a un rôle important à jouer à ce niveau.

D’un point de vue économique, si elle est maîtrisée et bien ciblée, l’intervention financière publique dans la culture peut être bénéfique avec de nombreuses retombées financières comme notamment pour les collectivités territoriales en matière d’économie des festivals ou de la valeur ajoutée liée à l’accueil de tournages. La culture peut devenir au niveau d’une commune un levier fantastique en matière de politique touristique et donc d’emplois et de création de richesse pour le territoire.

Au niveau national, l’Inspection générale des finances a rappelé dernièrement que les activités culturelles représentent une valeur ajoutée de 57,8 milliards d’euros pour le pays, soit sept fois plus que l’industrie automobile…

Outre ce premier aspect, que dire des risques ? Si, bien faites, ces aides de l'Etat peuvent aider, n'y a-t-il pas non plus la possibilité qu'elles soient utilisées à des fins électoralistes par d'éventuels élus locaux ?

Les déviances et les effets pervers d’une intervention publique dans la culture sont certains. Il y a finalement peu de différence entre le "bon vouloir" du souverain mécène s’attachant les services d’artistes comme du temps du Roi Soleil, avec le "bon vouloir" d’élus locaux favorisant au mieux un courant artistique, au pire certaines coteries.

Si la nécessité de l’intervention publique est à reconnaître d’un point de vue social et économique, il faut toujours qu’elle s’accompagne d’un respect de la liberté d’exercice des acteurs culturels. Nous assistons trop souvent en France à un nouveau Jdanovisme, l’aide publique étant devenue inévitable pour la survie du milieu.

Dès lors, comment pourrions-nous réformer ce système ? Quelles pourraient être les pistes à emprunter ?

L’élu local doit avoir le sens de la responsabilité en matière d’utilisation de l’argent public dans les aides à la culture, mais ne doit pas faire financer ses goûts artistiques par le contribuable. Il faut donc garantir la liberté d’exercice des acteurs culturels en évitant de mélanger le choix politique et artistique. La crise économique que nous traversons ne doit pas nous conduire à considérer la culture comme superflue. Au contraire : c’est dans ces périodes que la culture et sa défense sont le plus nécessaires en matière de cohésion sociale.

Par contre, la situation économique amène la population à vouloir réduire les gabegies d’élus en matière d’aide culturelle. Il faut donc trouver de nouveaux modes de financement tout aussi efficaces, mais moins coûteux pour la collectivité. Une des pistes à envisager est celle du mécénat sur le modèle de la philanthropie nord-américaine qui arrive à mobiliser d’importantes sommes d’argent privé en direction de projets culturels et éducatifs pour l’ensemble de la population et notamment des plus démunis. Bien entendu, ce modèle n’est accepté qu’accompagné d’une incitation fiscale pour les mécènes.

Finalement, ce problème  local trouve-t-il racine dans un mal plus profond, national ? L'Etat a-t-il cru à tort pouvoir gérer quelque chose qu'il échappait naturellement à ses attributions ?

La politique culturelle n’échappe pas "naturellement" à ses attributions. Au contraire, notre pays a une telle histoire et une telle tradition dans l’interventionnisme artistique qu’il serait "contre-nature" d’y mettre fin. Ce n’est pas le principe d’une politique publique de la culture qu’il faut remettre en cause, mais les abus de certains acteurs publics qui se servent de celle-ci pour satisfaire leur égo et leur électorat sur le dos du contribuable.

 

Grâce à la nouvelle publication Atlantico éditions, le débat sur l'intervention de l'Etat français dans le domaine de la culture est réouvert : 

Culturellement incorrect : de l'illégitimité de l'intervention publique en matière culturelle

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