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En déterrant la hache de guerre, François Fillon a-t-il enterré les chances de l’UMP aux législatives ?
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Leadership à tribord

En déterrant la hache de guerre, François Fillon a-t-il enterré les chances de l’UMP aux législatives ?

L'ancien Premier ministre s'est positionné pour la présidence de l'UMP, engageant un combat avec Jean-François Copé, qui s'estime "chef de famille" du parti. Cette guerre des chefs, à 15 jours des élections législatives, ne risque pas d'influencer le scrutin. Elle révèle néanmoins les fractures nées au sein de l’opposition.

Alain  Auffray, Michaël Darmon,Guillaume Roquette

Alain Auffray, Michaël Darmon,Guillaume Roquette

Alain Auffray est journaliste politique à Libération, spécialiste de l'UMP. Michaël Darmon est journaliste. Il officie sur la chaîne d'information en continu i>Télé comme éditorialiste politique et intervieweur. Guillaume Roquette est journaliste. Il est Directeur de la rédaction de l'hebdomadaire Valeurs actuelles.

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Atlantico : La réunion des cadres de l'UMP a eu lieu samedi à Paris. Les divergences entre François Fillon et Jean-François Copé semblent avoir occulté la volonté d'afficher une véritable cohésion en vue d'une victoire potentielle aux élections législatives. En déclarant qu'il n'y avait "plus de leader naturel" à l'UMP et qu'il y aurait donc "une compétition", l'ancien Premier ministre a-t-il acté de l'inéluctable défaite de son parti aux législatives ?


Alain Auffray :
C'est l'hypothèse que je formule. L'engagement dans la bataille ne prend de sens que dans l'hypothèse d'une droite qui se retrouverait dans l'opposition le 18 juin, suite aux résultats des législatives. Si cela n'était pas le cas, évidemment, la bataille pour le leadership à droite se poserait dans des termes radicalement différents, puisqu'il y aura un Premier ministre de droite.

Objectivement, le fait même que cette bataille s'engage avant même les législatives, c'est quand même - consciemment ou non - l'anticipation de la défaite.

Mickaël Darmon : Je ne pense pas. Déjà, il n’y a pas d’inéluctable défaite : ils ne vont pas avoir la majorité, mais si le score n’est pas ridicule, cela pourra montrer qu’il y a une mobilisation de la droite. La droite n’est pas partie pour avoir la majorité, car il y va y avoir un réflexe de logique républicaine des électeurs pour donner une majorité au président élu, comme ça a été le cas il y a cinq ans.

 

Ce que fait François Fillon, c’est poser un acte politique en se déclarant candidat à la présidence de l’UMP. Ça n’aura aucun impact sur les législatives : il n’y a que dans les états-majors parisiens que l’on peut penser cela, car on y est obnubilé par la concurrence et la compétition qui se prépare pour l’après. Car les états-majors, en réalité, ont déjà intégré le fait qu’il n’y aura pas de victoire de la droite. Quand ils regardent froidement les cartes, ils savent qu’ils ne sont pas majoritaires. C’est donc une manière pour eux de rejeter la faute sur l’un ou l’autre, sur la guerre des chefs. Mais même sans elle, la droite n’était pas partie pour gagner.

 

Guillaume Roquette : François Fillon anticipe la défaite de la droite aux législatives, mais comme Jean-François Copé, parce qu'à la lumière des résultats de l'élection présidentielle, c'est effectivement l'hypothèse la plus plausible. Reste que je ne pense pas que l'ancien Premier ministre l'anticipe davantage cette semaine qu'auparavant. Il semblerait qu'il prenne date, considérant qu'il était préférable de passer pour un diviseur aux yeux de l'électorat de droite et des militants UMP pendant quelques jours, plutôt que de ne pas se positionner pour l'après législatives.

Concernant les résultats des législatives, l'hypothèse inverse aurait pu se défendre. Il n'y a apriori aucun raz-de-marée socialiste qui s'annonce, et il n'est d'ailleurs même pas certain que les socialistes aient la majorité absolue dans la prochaine Assemblée. Si l'UMP ne perd que de peu, cela pourrait renforcer Jean-François Copé, un peu comme la stratégie de Nicolas Sarkozy est sortie gagnante d'une défaite à la présidentielle, puisque inférieure à ce que tous les sondages avaient prévu. Là se trouve le danger pour François Fillon, d'où son intervention avant les législatives.

Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, a tenu à rassurer en soutenant qu'il y a un "chef de famille", lui-même. La sortie de François Fillon à presque 15 jours des législatives était-elle une erreur stratégique, voire un suicide politique, ou simplement un refus de l'hypocrisie ?


Alain Auffray :
C'est compliqué... Je pense que sur cette question très tactique et politicienne, il semblerait que François Fillon est beaucoup moins armé que Jean-François Copé. L'idée de François Fillon d'accorder une interview était compréhensible, d'autant plus que Copé est omniprésent, ratisse le Parti, démultiplie les soutiens, bref monte en puissance.

Or, François Fillon avait besoin de marquer son existence, mais sans doute les propos tenus étaient mal calibrés. Car, je le rappelle le problème ne portait pas sur le fait qu'il n'y ait plus de "leader naturel à l'UMP", Jean-François Copé l'a reconnu, mais simplement sur le fait que la compétition était désormais ouverte, et que l'ancien Premier ministre y prendrait part. Bref, c'est cette déclaration implicite de candidature qui pose problème.

Mais en même temps, s'il n'avait rien fait du tout, cela lui aurait été reproché malgré tout, puisque comme le disait ce matin un proche de Fillon, "s'il se tait trop, il décourage les gens qui ont envie de le soutenir". Il était donc condamné à parler, reste peut-être une phrase de trop.

Mickaël Darmon : Les deux sont dans un jeu de rôle, pas hypocrite, mais de faux semblants. Ils savent parfaitement que l’unité de leur famille politique n’existe pas, et ils savent parfaitement qu’ils sont préparés au combat. Si François Fillon a fait cette sortie, c’est pour couper l’herbe sous le pied de Jean-François Copé, qui ne pensait pas qu’il allait s’y préparer. Il fallait qu’il pose cet acte politique aussi pour que ses soutiens se mettent en ordre de marche. Les deux savent parfaitement que la famille « de droite » n’est pas unie.

 

Guillaume Roquette : Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une erreur stratégique. La légitimité militante semble être du côté de Copé, et celle d'opinion pour Fillon.

De fait, l'on pourrait penser que c'est une erreur stratégique de la part de l'ancien Premier ministre d'avoir introduit de la division au sein du Parti, alors que ce sont les militants - et non les sympathisants - qui vont voter pour la présidence. Le pari de Fillon n'est pas si suicidaire... Il repose sur un futur vote utile des militants UMP, c'est à dire pour celui qu'il pense le plus à même de rassembler la droite en vue de la présidentielle de 2017. En cela, le côté rassembleur de François Fillon face au côté très clivant de Jean-François Copé peut apparaître comme un atout. En d'autres termes, François Fillon sort du bois pour appeler à une sorte de vote utile des militants dans l'avenir.

Reste la question d'Alain Juppé, auquel François Fillon ne souhaitait pas laissé de fenêtre de tir, celle du sage centriste par rapport à un Copé plus droitier. 

Qu'est-ce que cela révèle des rapports de force au sein de l'UMP ?


Alain Auffray :
François Fillon est assez isolé, et ceux qui sont susceptibles de le soutenir, comme Alain Juppé par exemple (même s'il a donné très peu de signes jusqu'à présent), sont avant tout des opposants à Jean-François Copé. Mais pour qu'ils se fassent entendre, il faudra attendre les résultats du 18 juin. Je pense par exemple à des personnalités comme Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez ou Nathalie Kosciusko-Morizet. Mais encore une fois, c'est moins par adhésion que par rejet de Copé.

En revanche, les soutiens de M. Copé sont très nombreux, et ne manquent pas de se faire entendre, comme avec ses "mousquetaires", Valérie Pécresse, Christian Jacob, François Baroin, Luc Chatel et Bruno Le Maire... Mais je ne suis pas si sûr que cette adhésion perdure au-delà les résultats des législatives, car il n'y a pas de serment d'allégeance, loin de là. La confrontation est toujours possible. Même Brice Hortefeux, car si tout le monde pense qu'il est derrière Jean-François Copé, rien ne l'assure. C'est d'ailleurs facile à comprendre, notamment quant au rôle de porte-parole officieuse joué par Rachida Dati. Cela le contrarie énormément.

Mickaël Darmon : Il y a maintenant une bataille entre deux types de droite que l’UMP se proposait de fédérer : une droite plus autoritaire, qui met l’accent sur une politique sécuritaire ou sur l’immigration, et une droite issue du centre avec des convictions européennes plus affirmées, plus axées sur les sujets de société. Ces deux droites sont devoir être incarnées par des candidats qui ne seront pas seulement ces deux-là : quand la compétition sera ouverte, il est sûr que d’autres se déclareront. Il ne faut pas oublier que dans l’histoire de la droite, ce n’est pas toujours les candidats installés qui l’emportent, mais au contraire ceux qui se déclarent au dernier moment. Il faut donc être très prudent sur le fait que le duel que soit qu’entre Copé et Fillon.



Guillaume Roquette : Il faudra voir dans quelle mesure les militants UMP choisiront un candidat par rapport à l'autre. Pour l'instant, il est isolé dans le Parti, car ce dernier a été organisé par Jean-François Copé qui a placé ses fidèles aux postes clé, mais auprès des militants, rien n'est certain...

Ce qui est certain, c'est que François Fillon comme Jean-François Copé ont autour d'eux des personnalités politiques qui se sont soit rapprochées de longue date (les "mousquetaires de Copé") ou d'autres qui peuvent avoir des inimitiés personnelles (Jean-Pierre Raffarin proche de Copé ou Laurent Wauquiez proche de Fillon), mais il n'y a pas eu encore de lignes de fracture, il est trop tôt, et chacun attend de voir comment le vent tourne pour prendre position. Le congrès même sera l'occasion pour certains de se démarquer, un peu à la manière d'un Manuel Valls ou d'un Arnaud Montebourg lors des primaires socialistes.

A trop diviser, François Fillon et Jean-François Copé ne risquent-ils pas de démotiver les militants, au prix de leur engagement politique sur terrain ?


Alain Auffray :
Il y a peut-être eu une maladresse de la part de François Fillon, qui n'aurait pas du sous-entendre son entrée en compétition avec Jean-François Copé. Entre l'hypocrisie et la tactique pure, il fallait sans doute choisir la tactique qui commandait de ne pas confirmer qu'il s'intéresse de très près à l'UMP.

Sur l'engagement politique des militants et le résultat des législatives, je ne suis pas convaincu que cela puisse jouer un véritable rôle, et faire perdre l'UMP aux législatives. Mais ce dont on peut être sûr, c'est que certains soutiens de Jean-François Copé (Rachida Dati en tête), au lendemain de la défaite aux législatives, iront clamer sur tous les plateaux TV que le comportement clivant de François Fillon est seul responsable de cet échec.

Mickaël Darmon : Non, parce que quand on est militant, on sait bien qu’il faudra remplacer Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP et qu’il y ait un nouveau chef à droite. Ca va les motiver, non ? Quand on s’intéresse à la politique, on sait que la compétition pour la présidence d’un parti est normale après une élection. Le bon discours lénifiant qui consiste à dire « on ne s’occupe pas de cela, on s’occupe des élections, les querelles politiques n’intéressent personne » est faux : dans le monde politique les querelles de personnes sont fondamentales car c’est par les personnes que s’expriment les idées.


Guillaume Roquette : Je ne le crois pas pour une raison simple, car il s'agit pour l'instant plus d'une opposition de personne que d'un clivage de fond. Une guerre des chefs peut épuiser le militantisme à terme, mais en seulement deux semaines, cela semble peut probable.

Si cette opposition c'était cristallisée sur un sujet précis, type "pour qui vais-je voter en cas de second tour au législatives, PS / Front national ?", les militants auraient certainement réagi. Mais Fillon et Copé ont préféré la réserve. Pour l'instant la fracture entre la droite classique et la ligne Buisson n'est pas visible. Pire, sur le fond, je ne vois pas de différences entre Jean-François Copé et François Fillon. Les commentateurs politiques nous disent que Copé est plus à droite que Fillon, mais ce dernier était tout de même le Premier ministre de Nicolas Sarkozy, et n'a jamais refusé la mise en œuvre de sa politique.

Pour l'instant, on pressent cette fracture, mais rien n'est dit. Les choses changeront certainement après les législatives.
 
Propos recueillis par Franck Michel et Morgan Bourven

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