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Le père, élément indispensable à toute cellule familiale
©Reuters

Bonnes feuilles

Le père, élément indispensable à toute cellule familiale

Il est temps pour l'homme de préserver sa liberté d'une dissolution dans l'absolutisme technologique, la vacuité consumériste et le déni de ses repères culturels et naturels. Pour y parvenir, l'écologie humaine propose de revenir au réel – celui d'un homme fragile, sexué, enraciné corps et âme – et considère "tout l'homme et tous les hommes" comme critère de chaque décision. Extrait de "Le temps de l'homme", de Tugdual Derville, aux éditions Plon 1/2

Tugdual Derville

Tugdual Derville

Tugdual Derville est l’un des porte-parole nationaux de Soulager n’est pas tuer. Il est également l'auteur de La Bataille de l’euthanasie aux éditions Salvator, en 2012. 

 

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Un père, une mère : repères plébiscités

Il est temps de faire entrer le père dans le cercle familial. N’est-il qu’un géniteur, éventuellement anonyme ? Naturellement, c’est à la mère de répondre. Elle doit désigner l’homme qu’elle sait ou pense être le père de l’enfant. Encore une dissymétrie dans les identités paternelle et maternelle : si la maternité se constate à la naissance, sans nécessiter de preuve, la paternité est réputée floue, incertaine voire aléatoire. De là à expulser le père de la cellule familiale, il n’y a qu’un pas... que les Français ne font pas.

Selon les études rendues publiques par l’Insee en décembre 2015, 80  % des sondés pensent qu’« un enfant a besoin d’un père et d’une mère pour être heureux ». Ce modèle de famille « père, mère, enfant », que l’on s’escrime à nommer « traditionnel », reste d’ailleurs une expérience très majoritaire dans l’Hexagone : 70  % des petits Français vivent dans une cellule composée de deux adultes vivant sous le même toit avec un ou des enfants nés de leur union. Est-il indélicat de considérer que la situation où l’enfant vit avec son père et sa mère est naturelle ? N’est-ce pas la plus simple et la plus favorable à son épanouissement ? 

Là encore, il ne s’agit pas de stigmatiser ceux qui ne sont pas en mesure d’offrir aux enfants de vivre avec leurs deux parents ensemble, à cause d’un décès, d’une séparation ou de l’absence de couple parental. Pour qu’il n’y ait aucune honte à se retrouver enfant de parents séparés, nous devons à ces enfants de reconnaître qu’ils souffrent de cette séparation, parfois énormément, y compris, souvent, d’un sentiment de culpabilité. Pour l’écrasante majorité (88  %) des quelque 1 100 sondés de l’enquête2 publiée en 2011 par l’Union des familles en Europe, cette séparation a eu des effets à long terme sur leur personnalité. Et 63  % estiment avoir éprouvé une souffrance « forte à énorme » au moment de la séparation de leurs parents. À force de répéter que le divorce est banal, qu’il ne « faut pas le dramatiser », on en est venu à nier la peine des enfants dont les parents se séparent et l’ampleur de leur traumatisme : régression chez les plus petits, sentiment d’abandon (notamment par le père), perte d’estime de soi, à tout âge, sentiment d’être responsable de la séparation, avec, souvent, comme corollaire d’avoir la charge de réussir une réconciliation, impression de devoir « prendre parti » pour l’un ou l’autre des parents, etc. C’est un fardeau très lourd qui pèse sur des épaules innocentes, depuis l’annonce en forme de choc, souvent précédée d’une longue situation de dégradation conflictuelle endurée par les enfants avec un sentiment d’impuissance, jusqu’au bouleversement de vie qui accompagne souvent le divorce.

La fin de la relation d’amour auquel on doit la vie est une épreuve existentielle. En publiant en 2009 son livreenquête Le Jour où mes parents ont divorcé, la journaliste Agathe Fourgnaud s’est affranchie des analyses jusqu’alors lénifiantes. Tant d’adultes ayant imposé leur rupture à leur descendance s’étaient rassurés en assurant : « Les enfants s’adaptent. » En réalité, leur traumatisme est durable et rend souvent plus complexe la capacité de vivre en couple dans l’avenir... La séparation des couples ou leur divorce (les parents de plus de la moitié des enfants qui vivent avec leurs deux parents sont mariés) a de multiples conséquences à long terme sur les enfants, notamment une perte du niveau scolaire et un raccourcissement de la durée des études... Mais la plus notable est la perte de contact avec le parent avec lequel ils ne vivront plus : 40  % des sondés de l’enquête de l’Union des familles en Europe précisent ne pas avoir maintenu de lien régulier avec celui de leurs parents qui n’avait pas sa garde... Il s’agit le plus souvent du père. Et plus de la moitié des enfants déclarent « avoir beaucoup ou dramatiquement souffert de cette rupture ». Pour neuf enfants sur dix, la suite de leur existence sera marquée par des « retrouvailles » avec le parent égaré, preuve supplémentaire de la force du lien charnel qui les relie. 

Le père, comme la mère, est inoubliable. Il est vain d’empêcher un enfant de s’interroger sur l’homme et la femme dont il est issu. Supprimer la fête des Mères et celle des Pères pour ne pas stigmatiser certains enfants n’effacera pas cette réalité. Jeter le thermomètre n’ayant jamais fait baisser la fièvre, il ne suffit pas d’ajouter un « s » au mot « famille » pour consoler les nombreux enfants qui souffrent d’un manque de père, de mère, de repères ou de stabilité affective. 

Extrait de "Le temps de l'homme", de Tugdual Derville, publié aux éditions Plon, juin 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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