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La Une de Paris Normandie.
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La terre ne ment pas

Le jihad version régionale : "Exclusif ! Un Haut-Normand capturé en Syrie !"

Le titre fait la une de Paris Normandie. Ça s’est bien vendu.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Habiter en province comporte de multiples avantages dont la lecture de la presse locale n’est pas le moindre. Vu par elle le monde, rempli de bruit, de fureur et de sang, paraît très lointain. Un accident sur la N13 est plus important que le conflit israélo-palestinien. Un facteur amoureux qui a tiré au fusil de chasse sur son rival distance, et de loin, les flonflons du mariage de George Clooney. Et la réunion des anciens élèves du lycée Gustave Flaubert de Rouen occupe bien plus de place que l’Irak, la Syrie et le Nigéria réunis.

La PQR (Presse Quotidienne Régionale) a en effet pour vocation de se blottir au plus près de ses lecteurs. C’est donc une presse de proximité. Et parfois, elle fait des efforts louables pour qu’un évènement qui s’est déroulé hors du périmètre de son rayonnement soit converti en fait local. Ainsi, ces jours-ci, la une de Paris Normandie était barrée d’un énorme titre : "Exclusif ! Un Haut-Normand capturé en Syrie !". La photo du malheureux occupait toute la page et son nom était affiché.

Dans la Maison de la Presse où je venais d’acheter le journal, les gens étaient pliés en deux. "Viens voir la tête du Haut-Normand !"… Ce dernier, en effet, ne ressemblait guère à la majorité des habitants de cette douce et laitière région. Et son nom – Omar Belkacem – ne sonnait pas non plus très Haut-Normand. Les journalistes de Paris Normandie avaient réalisé une nécessaire enquête de voisinage en se rendant dans le quartier du Petit-Quevilly, d’où était originaire le jeune Haut-Normand arrêté par les forces kurdes alors qu’il s’apprêtait à rejoindre les islamistes syriens. Et ils s’étaient fait éconduire par de jeunes Hauts-Normands énervés par cette tentative de stigmatiser l’Islam et les cités.

La province a ses charmes que jamais un Parisien ne comprendra vraiment… Et il nous plaît d’imaginer les titres que feraient (ou a déjà faits) la PQR d’autres régions, s’agissant de cas similaires à celui d’Omar Belkacem. Supposons qu’un jeune de Deauville soit parti rejoindre les combattants du Califat Islamique. Paris Normandie titrerait : "Un Bas-Normand s’enrôle en Syrie". Et puis non, c’est pas possible : à Deauville, prolongement naturel du Sentier, il n’y a que des Juifs… Descendons plus bas, sur la carte de France, pour arriver à Clermont-Ferrand. Un jeune de la banlieue de cette ville serait tombé à Alep. La Montagne titrerait alors : "Un Auvergnat trouve la mort en Syrie". Eh bien, ça non plus, ça n’est pas possible, la célèbre blague d’Hortefeux a fait qu’Auvergnat est désormais identifié à autre chose…

Mais la France est grande, et il ne faut pas s’arrêter là. Une jeune fille de la banlieue bordelaise serait partie pour l’Irak, et on peut imaginer la une de Sud-Ouest : "Une Aquitaine se marie à Mossoul". On peut aussi aller du côté de Toulouse et s’intéresser aux déplacements des jeunes du quartier du Mirail. La Dépêche du Midi ne manquerait pas de titrer : "De plus en plus de voyageurs midi-pyrénéens visitent la Syrie". Douce France…

Seule la presse parisienne, brutale et vulgaire, joue de la grosse caisse là où la PQR fait entendre la douceur de la harpe et du clavecin. Des titres violents et brutaux stigmatisant les jihadistes, une globalisation jacobine niant la spécificité des régions françaises. Moi, j’aime bien celle où je réside. Et pour pouvoir continuer à y vivre paisiblement, je m’empresse de préciser que mon but n’était nullement de stigmatiser les Hauts-Normands qui m’ont adopté.      

PS : Le Midi-Libre vient de nous apprendre que quatre jeunes Languedociens ont été tués en Syrie ! Il s’agit, précise le journal, de Lunellois (habitants de Lunel). En occitan on les appelle Pescalunes, littéralement pêcheurs de Lune. C’est sans doute l’appellation la plus adaptée aux quatre jeunes : la Lune a en effet un rapport évident avec le croissant…

Et n'oubliez pas : le A-book de Benoît Rayski, Le gauchisme, cette maladie sénile du communisme, est toujours disponible à la vente sur Atlantico éditions : 

Le gauchisme, cette maladie sénile du communisme

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