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Le côté pile de "Lawrence d'Arabie"
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Le côté pile de "Lawrence d'Arabie"

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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CINEMA

THEEB 

Jordanie. Couleur. Désert movie initiatique de Naji Abu Nowar. Avec Jacir Eid, Hassan Mutiag, Hussein Salameh, Marji Audeh, Jack Fox.

LE REALISATEUR

Né en 1981 au Royaume-Uni, scénariste, réalisateur et producteur jordanien, Naji Abu Nowar entame sa carrière cinématographique en 2005 par l’atelier de scénaristes RAWI, en association avec le Sundance Institute. Il y développe son premier scénario, Shakoushé.

En 2009, il enchaîne avec l’écriture et la réalisation du court métrage Death of a Boxer, retraçant le destin du 1er boxeur olympique jordanien qui se forgea non sur un ring mais dans la rue, film qui fut présenté dans de nombreux festivals (Palm Springs International Shortfest, Festival International du film de Dubai, Miami Short Film Festival, Festival du Film franco-arabe). 

Premier film jordanien nominé à l’Oscar du meilleur film étranger, sélectionné à Cannes Junior  et retenu en sélection Officielle au Festival de Toronto en 2014, Theeb est son premier long métrage.

THEME

1916. Dans le désert d’un Proche-Orient sous domination ottomane et où les Anglais avancent leurs pions en installant le train, Theeb (9 ans), dont le père décédé dirigeait la tribu où il vit, et son grand frère, Hussein, reçoivent la visite d’un militaire Anglais et de son guide, Marji. Devoir d’hospitalité oblige, Hussein accepte de guider les deux hommes vers un puits sur la route des pèlerins pour la Mecque. Theeb s’impose à eux. Commence pour le quatuor un voyage dont Theeb ressortira grandi, dans un pays s’apprêtant, quant à lui, à changer de domination…

POINTS FORTS

- Avant toute chose, une envoûtante invitation au voyage dans les décors sublimissimes du désert proche oriental, en lequel les cinéphiles reconnaîtront celui du film culte “Lawrence d’Arabie”.

- Ce récit est aussi dépaysant et original par son rythme en apesanteur (sans être lent) et son univers (celui des bédouins) que familier par ses clins d’œil subtils aux westerns crépusculaires de Sergio Leone et d’un John Ford fin de carrière, notamment lors de la scène finale où le train annonce la fin d’un monde (ottoman) et l’arrivée du colonialisme (anglais), sans oublier son héros repartant seul vers l’horizon.

- Cette histoire de vengeance cache un conte initiatique authentique et profond, regorgeant de symboles ne servant pas d’alibis mais bel et bien liés à l’ambiance : triangle de la tribu, lent dépouillement affectif et matériel du jeune Theeb, réappropriation de ses cinq sens (de son corps, donc), meurtre de l’Etranger (représentation d’un Autre lui-même à éliminer pour s’émanciper), présence constante des 4 éléments…

- Le jeu tout en subtilité du jeune acteur incarnant Theeb, fait de silences et de regards, tranche avec un environnement où, inversement, tout est extrême : seuls le haut de la montagne et le fond du puits (lignes verticales) sont salvateurs alors que l’entre deux (l’horizontalité du déplacement) apporte la mort… L’éclairage aveugle soit par la lumière crue soit par l’obscurité… La parole et le silence recèlent en parfaite complémentarité menaces et apprentissage. Même la symbolique du loup (Theeb en arabe) y est double et sans nuance : sociable ou sans pitié, crainte ou admirée, glorieuse et tragique.

- Les cadrages participent de ce double voyage, à la fois aventurier et initiatique : Theeb, enfant, évolue dans un paysage enfermé dans des horizontalités découpées en 3 couleurs : ocre, bleu/gris et vert. Mais quand il renaît, adulte, seul et privé de son passé, en émergeant d’un puits (ventre maternel), les teintes deviennent chaudes et le ciel apparaît enfin avec ses étoiles pour guide, lui offrant l’univers.

POINTS FAIBLES

Ce film peut tout aussi bien ennuyer qu’envoûter par son rythme propre aux films proche et extrême orientaux. En effet, il exige, pour y pénétrer, un “lâcher prise” de la part du spectateur habitué aux surdoses d’adrénaline et un effort d’ouverture, un peu comme on visite un pays étranger soit en touriste pris en charge soit avec l’habitant.

Ce point faible pourrait donc tout aussi bien (c’est le cas pour l’auteur de ces lignes) entrer dans la rubrique “points forts”.

EN DEUX MOTS

“Nous avons adapté nos méthodes de travail à leur culture, plutôt que l’inverse. Tous les membres de l’équipe ont dû prendre connaissance des usages et des coutumes les plus importantes de la culture bédouine, et je dois préciser que personne n’y a jamais dérogé. Tout cela était très important à mes yeux car je voulais faire en sorte que tout le monde s’entende pour qu’au moment de notre départ, leur monde n’ait pas changé d’un iota. Je voulais que notre amitié perdure au-delà de la production et je suis ravi de pouvoir l’affirmer aujourd’hui. (Naji Abu Nowar)”.

Il nous a paru important de rappeler cette intention du réalisateur, à la fois parce qu’elle déborde en effet de l’écran et parce qu’elle résume notre propre insistance à “plonger” sans réticence ni retenue dans l’univers qu’il propose.

UNE PHRASE

 “On n’arrête pas une lance avec la main. Le loup engendre le loup” L’Etranger à Theeb.

RECOMMANDATION

BON

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