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Le bébé, ce grand comique
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Areu areu

Le bébé, ce grand comique

Les bébés ne parlant pas, on a longtemps ignoré qu’ils étaient capables de décoder, interpréter et répondre au monde qui les entoure. De récentes études ont prouvé le contraire. Nous savons maintenant que le bébé observe et reproduit. Les "blagues" qu'il peut faire lui permettent d'inter-agir avec le parent et ainsi de participer à la création et à la consolidation de liens qui vont être essentiels à son épanouissement.

Monique de Kermadec

Monique de Kermadec

Monique de Kermadec

Psychologue clinicienne et psychanaliste, spécialiste de la précocité et la réussite chez l'enfant et l'adulte. Elle est l'auteur de Le petit surdoué de six mois à six ans et de Pour que mon enfant réussisse parus chez Albin Michel.

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Atlantico : Les enfants, même en très bas âge, ne se contentent pas seulement de rire aux mimiques de leurs parents, ils font eux-mêmes des blagues, selon une étude publiée dans la revue Current Biology par des chercheurs de l’université de Portsmouth (RU) et du Johnston State College (US). Selon eux, cette faculté existerait dès l'âge de 4 mois. Par quelles attitudes se manifeste-t-elle concrètement ?

Monique de Kermadec : Prêts à écouter et à regarder, les bébés sont sensibles à la façon dont on leur parle, aux expressions du visage et des yeux, aux gestes des personnes qui les entourent. Ils apprennent ainsi et développent des comportements qui ont un effet positif sur la personne qui s’occupe d’eux. Les premiers sourires sont ainsi les bases de la construction de l’humour des enfants. Des trois mois, ils utilisent leurs visages, leurs corps, leurs voix pour communiquer. Cet usage devenu intentionnel dès quatre mois est là pour faire réagir le parent.

Dans la mesure où le fait de chercher à faire rire consiste à se mettre "à la place" de son auditoire, qu’est-ce que cela nous enseigne sur l’état de conscience des bébés vis-à-vis du monde qui les entoure ?

En grandissant et en contrôlant mieux leurs actions, ils élargissent leur répertoires et l’utilisent sciemment pour faire rire. Ils deviennent des clowns. A trois/quatre mois on tire ainsi les cheveux de maman et on rit de la voir vouloir se libérer, on fait des petits bruits rigolos avec sa bouche, on fait des grimaces. Plus tard on jette un objet pour le faire ramasser et plus tard encore on court dans la direction de papa pour bifurquer brusquement lorsqu’on arrive tout près de lui. Ces comportements attendent une réponse de l’adulte. Ils sont faits pour amuser, pour échanger, créer des liens de complicité avec l’autre, liens dont ils ont besoin pour leur survie et leur développement affectif.

Quels besoins le bébé satisfait-il en faisant des blagues, et donc en ne se contentant pas seulement d'être récepteur ?

Les bébés sont effectivement dépendants de l’adulte pour la satisfaction de leurs besoins tant matériels qu'affectifs. Ces petites blagues sont, chez eux, des signes importants de la conscience de l’autre et de l’intention de l’autre. Elles leur permettent, de plus, d’explorer ce qu’est l’autre. Ce sont les tout premiers échanges avec l’adulte et la réponse appropriée de celui-ci, en fait, qui leur ont permis de développer leur sens de l’humour. C’est ainsi qu’ils ont appris que certains comportements pouvaient être amusants. D’autres études ont, en effet, démontré que lorsque l’adulte reste sans réponse (visage impassible face à des tentatives d’attirer l’attention) le bébé persévérera un temps puis renoncera. Il donne alors des signes de désarroi.

Cette faculté se retrouve-t-elle encore plus chez les enfants identifiés comme précoces ou surdoués ?

Les réponses sont effectivement très marquées chez les petits surdoués dans la mesure où ils sont élevés dans des familles qui, elles aussi, ont su partager. On a ainsi constaté chez des enfants identifiés comme étant précoces plus tard qu'ils avaient très tôt, plus tôt que les autres, recherché des échanges ludiques avec leurs parents.

Surdoué ou pas, l’essentiel est que les parents n’oublient jamais que le bébé apprend à la fois par instinct et par imitation. C’est en pratiquant eux-mêmes l’humour qu’ils donneront l’exemple. Ce sont eux, les premiers qui favoriseront le développement des talents de communication de leurs enfants. Ne seraient-ils pas sûrs d’avoir bien fait, qu’ils ne s’inquiètent pas, il n’est jamais trop tard pour y être attentif.

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