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Laurent Hénart.
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Laurent Hénart : "Je préfère être le candidat qui sait gagner des élections que celui de la télé-réalité"

Laurent Hénart, président du Parti radical par intérim et maire de Nancy est candidat à la succession de Jean-Louis Borloo.

Laurent Hénart

Laurent Hénart

Laurent Hénart a été secrétaire d'État chargé de l'Insertion professionnelle des jeunes de 2004 à 2005. Ancien député de Meurthe-et-Moselle, il est maire de Nancy depuis mars 2014. Il est également président du Parti radical par intérim.

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Atlantico : Vous vous êtes déclaré candidat à la succession de Jean-Louis Borloo à la tête du Parti radical dès le 23 avril. Quels sont vos projets pour le parti ?

Laurent Hénart : Le parti radical correspond avant tout à une réelle philosophie politique. Aujourd'hui la France est en panne de croissance et nous avons toujours été le parti de la liberté d'entreprendre. Les Français ont le sentiment que le pays est injuste et nous sommes le parti de l'égalité des chances. Les Français ont également peur que notre communauté nationale se délite et je crois que notre attachement à la laïcité est le garant de l'ordre et de la liberté de conviction.

A l'heure où les extrémistes combattent l'idée de l'Europe, la France a besoin d'Européens convaincus comme nous. L'avenir de la France passe par un bouclier européen. Je veux que le parti radical propose sur la base de ces valeurs un projet d'alternance pour 2017. Il s'agit d'un travail de fonds et d'expression dans l'actualité de ce que nous sommes.

Je souhaite que le Parti radical (PR) puisse pousser le plus loin possible l'UDI et cela demande un rapport clair avec l'UDI. L'UDI doit respecter le PR comme  un parti politique à part entière. Je souhaite qu'une réforme des statuts de l'UDI permette un vrai contrat de législature entre l'UDI et le PR.

Je veux défendre ma maison en toute indépendance, ce qui passe par le fait que le président du PR soit le plus libre possible dans les échéances à venir. Et c'est pour cela que je ne briguerai aucune fonction ministérielle ou parlementaire. Nancy, la plus grande ville radicale de France dont je suis le nouveau maire, me donne cette liberté politique.

Rama Yade qui s'est elle aussi déclarée candidate à la tête du parti, vous a accusé de fausser les règles de la compétition interne et vous a demandé de démissionner. La campagne que vous menez est-elle compatible avec vos fonctions de président par intérim ?

Autant que ses fonctions de première vice-présidente qu'elle conserve et qu'elle met en avant d'ailleurs ! J’ai mis Rama Yade en garde : la priorité qui doit nous occuper, ce sont les élections européennes. Je souhaite que l'on évite des polémiques et des mises en cause inutiles. Il faut que la campagne européenne prime sur la campagne interne au PR. Les accusations de Rama Yade sont  inutiles et contre-productives. Les radicaux doivent faire campagne sur l'idéal européen. Je préfère passer mon temps à expliquer ce que sera l'Europe de demain, en quoi elle sera différente de celle que nous connaissons aujourd'hui. Qu'attend-on sur le plan fiscal et social de cette nouvelle Europe ? Qu'attend-on de l'Europe de demain en termes de protection face à la mondialisation. Le rôle des radicaux est là, et non pas dans l'invocation de problèmes de procédures alors que tout est fait selon les décisions du comité exécutif du PR. Décisions prises à l'unanimité et en présence de Rama Yade.

On vous présente souvent comme le candidat de l'appareil face à Rama Yade qui serait la candidate des militants. Comment rassembler votre base ?

J'ai présenté ma candidature car elle était soutenue par les 65 plus grosses fédérations du parti, l'ensemble des parlementaires, des maires et des présidents de départements. C'est une candidature de rassemblement et Rama Yade a sa place dans cette équipe si elle le souhaite. Hier député, aujourd’hui maire de Nancy, je préfère être le candidat des suffrages universels, qui sait gagner des élections, que celui de la télé-réalité.

Donc vous pensez que Rama Yade n'est pas davantage la candidate des militants que vous ?

Je le redis, ma candidature est portée par les 65 plus grosses fédérations fortes de leurs militants et de leur travail de terrain. J’y vois la reconnaissance de ma fidélité à notre maison à laquelle j’ai adhéré il y a 25 ans, en 1988, et dont j’ai créé le mouvement des jeunes radicaux. Je n’ai jamais changé de famille politique depuis. 

Les résultats électoraux du centre français sont déconnectés de la large audience que ses idées ont dans l'opinion. Comment expliquer cette difficulté du centre à transformer l'essai électoralement ? Peut-on considérer que l'UDI paie le fait d'être un parti de notables aux diagnostics justes mais déconnectés des attentes plus terre-à-terre des Français ?

Je pense que le travail doit être inscrit dans la durée. Entre le moment où Lecanuet et Servan-Schreiber se parlent et le moment où l'UDF devient le premier parti politique français, il se passe 15 ans. Pendant de trop nombreuses années les familles du centre se sont divisées au point de ne plus être audibles par les citoyens. C'est pour cela que même dans une société médiatique, le travail est à faire en profondeur. Installer une force politique nouvelle dans le paysage français prend du temps et demande de la constance dans les idées et dans la présence aux différents scrutins. Pour les élections européennes, ce sera la première fois depuis 2002 que l'on arrive à s'unir pour un scrutin électoral.

Il faudra plusieurs scrutins pour installer l’UDI dans le paysage politique français, il ne suffira pas d'une élection européenne. Le scrutin déterminant sera bien évidemment l'élection présidentielle et les législatives de 2017. C'est cela que nous devons préparer aussi. Un parti ne peut pas se contenter uniquement de préparer la présidentielle mais à l'inverse, il ne peut pas faire l'impasse de cette échéance majeure.

Renouer avec les militants n'est-ce pas justement une bonne stratégie à cet égard ?

Si, bien sûr. C'est la raison pour laquelle je m'intéresse aux fédérations qui ont réussi à attirer plusieurs centaines de radicaux. Il faut que cela serve de laboratoire à l'UDI qui n'a, je le rappelle, que 18 mois.

Profondément européen le centre n'est crédité que d'environ 10% des intentions de vote aux Européennes. Comment l'expliquez-vous ?

Je pense que les forces politiques en question sont jeunes et que les fédéralistes européens vont se réveiller dans les derniers jours de campagne.

Lors des dernières élections européennes Europe écologie les verts (EELV) était aussi une formation nouvelle...

Si EELV était quelque chose de nouveau, il y avait quand même ce sillage des Verts qui avaient habitué les Français à sa présence aux grandes échéances électorales. Si l'offre du centre n'est pas nouvelle, pour la première fois depuis 2002, elle est unie.

Dans notre société, nous sommes habitués à une forme de consommation politique, nous pensons que les choses grandissent et s'installent rapidement. Mais nos concitoyens sont exigeants et attendent plusieurs scrutins pour vérifier que nous soyons bien là, au rendez-vous des valeurs que l'on annonce. C'est d'autant plus difficile que l'on voit bien que le rejet pousse à une montée de l'abstention et des extrêmes.

Quel diagnostic faites-vous de l'importante dégradation de l'opinion que les Français se font de l'Union ? Quelle responsabilité le centre porte-t-il et que proposez-vous pour y remédier ?

Je pense que la responsabilité ne relève pas d'une formation politique particulière mais de la responsabilité des gouvernements français qui se sont succédés. Lorsque l'Europe apporte des avancées, ils l'attribuent à la politique nationale et quand un changement difficile est à mettre en œuvre, Bruxelles a bon dos. Cette posture a hélas été celle de tous les gouvernements, de droite, du centre ou de gauche.

Nous proposons d'abord clairement de défendre l'Europe politique. Nous sommes la seule liste qui croit réellement en l'Europe fédéraliste. Nous expliquons en quoi cette Europe politique peut apporter des réponses aux Français. Les Français ne se demandent pas s'il faut sortir de l'euro, ils veulent surtout que l'Europe ne se limite pas à l'union économique. Nous sommes les seuls à défendre cette position.

Ils attendent que l'Europe pose des règles et des limites sur le plan fiscal, des règles et des garanties sur le plan social. Pour nous l'avenir de l'euro, c'est l'harmonisation des règles fiscales et sociales. Nous pensons aussi que si l'Europe doit être un marché ouvert à l'intérieur, elle doit se défendre dans les négociations commerciales internationales. Son rôle doit aussi être de bâtir des géants européens dans tous les secteurs de l'économie.

Le Parti radical, plus ancien parti de France, est une composante de l'Union des démocrates et indépendants (UDI). Dans votre lettre de candidature, vous expliquez vouloir demander "une réforme de ses statuts afin de clarifier, à la suite du retrait de Jean-Louis Borloo, ses relations avec le Parti radical, dans les domaines des investitures, de la composition de ses instances et de la répartition du financement public". Quel avenir envisagez-vous pour le parti radical au sein de l'UDI ?

Le PR doit afficher ses valeurs et donc être l'aile laïque et sociale de l'UDI. L'Europe est un ciment commun avec l'UDI et le Modem. A l'UDI, la valeur ajoutée du PR est la justice sociale et la laïcité. Car sans justice sociale, nous n'aurons pas de performances économiques. Une crainte de nos concitoyens porte sur notre communauté nationale et la laïcité est le moyen de garantir l'ordre républicain et l'avenir de notre communauté nationale. Je crois que ce principe de laïcité attend des défenseurs et il ne faut pas laisser le FN se l'approprier.

Concernant l'alignement politique de l'UDI, Rama Yade estime que "l'UMP est le partenaire naturel du Parti radical" alors qu'Yves Jego s'est entretenu la semaine dernière avec Manuel Valls. L'UDI se trouve-t-elle à un tournant idéologique ?

Dès la création de l'UDI, nous avons été clairs sur le fait que nous sommes dans une logique d'alliance avec la Droite républicaine mais surtout nous avons voulu forger une force politique nouvelle avec ses propres valeurs. Mais le PR doit tout faire pour que l'UDI soit une force de premier plan et indépendante. Il ne faut pas abdiquer notre ambition présidentielle, il faut préparer un projet d'alternance pour 2017, se donner les moyens d'avoir un candidat ou une candidate à l'élection présidentielle et éviter de se ranger sous la bannière de tel ou tel candidat UMP, fut-il un ancien président de la République. Et c'est une vraie différence que je défends face à Rama Yade. Au lendemain des Européennes tout le travail de l'UDI doit être dans la préparation d'un projet et d'une candidature pour la présidentielle.

Aujourd'hui, comment éviter de cantonner le centre à un rôle supplétif ?

En préparant les élections législatives et l'élection présidentielle. Si on ne veut pas être un parti politique supplétif mais un parti politique de premier plan, cela nécessite notre présence à tous les scrutins. Mais nous nous inscrivons dans une logique d'alliance avec la droite républicaine et à partir du moment où le modem souscrit à cette même logique c'est dans l'ordre des choses de préparer le projet et l'élection présidentielle ensemble.

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