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L'université d'été du Parti socialiste, au pouvoir depuis plus de 100 jours, s'achève ce dimanche 26 août.
L'université d'été du Parti socialiste, au pouvoir depuis plus de 100 jours, s'achève ce dimanche 26 août.
©Reuters

Université d'été

A La Rochelle, les militants socialistes s'impatientent : le changement c'est pour quand ?

Plus de 100 jours après la conquête du pouvoir, le PS rend des comptes à ses militants alors que les prétendants à la succession de Martine Aubry font ouvertement campagne.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Redécouvrir l’exercice du pouvoir et les nécessaires compromis que cela implique, et mettre en œuvre "le changement  maintenant", - cette formule magique qui a boosté la candidature de François Hollande, et qui inclut aussi bien la réforme fiscale, l’amélioration du pouvoir d’achat, que l’augmentation des effectifs dans la police et dans l’éducation, ou encore la création d’une allocation d’autonomie pour les étudiants pour ne citer que ces exemples. Le tout, en respectant l’engagement européen de la France de ramener son déficit public à 3% en 2014. Telle est la terrible équation que cherchent à résoudre le gouvernement  et  les élus  socialistes un peu plus de 100 jours après la conquête de l’Elysée et de l’Assemblée Nationale. Ils voudraient se débarrasser de la dette mais redoutent de prendre des mesures de rigueur, génératrices de récession comme on le constate en Grèce ou en Espagne. Ce n’était pas l’objet de l’université d’été de La Rochelle mais le débat commence à faire rage en interne,  et va forcément éclater au grand jour au moment du débat budgétaire de l’automne, mais surtout lorsque le Parlement devra ratifier le nouveau traité européen.

En revanche la situation des Roms s’est invitée dans les débats rochelais à l’occasion d’une table ronde sur la "Reconquête des catégories populaires." Celle-ci passe aussi par la sécurité. Devenu "premier flic de France", Manuel Valls a déclaré que les décisions de Justice continueront d’être appliquées, autrement dit que les campements continueront d’être démantelés lorsqu’y règne l’insalubrité, car  "pour restaurer la confiance, il faut de la sécurité". Il a plaidé pour le "rétablissement d’une morale civique et responsable"  et affirmé que "la Gauche doit rétablir l’Ordre Républicain là où il y a une jungle qui veut chasser la République de ces quartiers." Un discours inhabituel au PS, et qui a déclenché les ovations de la salle.

"Je ne serai pas le Premier ministre de l’austérité", a martelé Jean-Marc Ayrault en réponse aux questions des Jeunes Socialistes désignés pour l’interpeler; des thèmes différents mais sur un mode unique, traduisant bien cette impatience dont les militants du PS ne font pas mystère : "Le changement, c’est pour quand ?" "On ne change pas en profondeur en 100 jours un pays qui a été gouverné par la droite pendant 10 ans", a plaidé le Premier ministre, en expliquant que son action s’inscrit dans la durée. Mais pour rassurer son auditoire ainsi que l’ensemble des Français dont le scepticisme fait chuter la cote de popularité de l’exécutif, et montrer que le changement est bel et bien en marche, il a confirmé une baisse du prix de l’essence dès les prochains jours et annoncé la mise en place d’un nouveau système tarifaire pour le gaz et l’électricité. Il a également rappelé que le parlement sera appelé dès la rentrée à voter la création de 150.000 emplois d’avenir, et la mise en place du contrat de génération afin de remédier au chômage. Le mariage entre personnes du même sexe et l’homoparentalité seront légalisés dans l’année. Et enfin, la loi interdisant le cumul d’un mandat parlementaire avec  celui d’un exécutif local sera également présentée cet automne. Cette réforme, promise par François Hollande, est très attendue par les militants mais elle fait grogner dans les rangs des élus "cumulards", surtout les sénateurs, censés représenter les collectivités locales.

Cette réforme promise, c’est  l’un des "marqueurs" de Martine Aubry, une des conditions émises par la première secrétaire qui s’apprête à se retirer, mais en pouvant clamer  : "Mission accomplie" pour la rénovation du parti. La question de sa succession à la tête du PS n’était pas à l’ordre du jour de l’université d’été, mais  les responsables du PS ne pensent qu’à ça. A la Rochelle  les deux prétendants au poste, le député de Paris, Jean-Christophe Cambadélis et Harlem Désir, actuel numéro deux du parti, font ouvertement campagne pour être désignés, oui, désignés ! C’est qu’au moment où s’ouvre la succession de Martine Aubry, aux commandes du Parti socialiste depuis 2008, on (re)découvre que la modification des statuts du parti,  dûment approuvés à l’occasion d’une convention, stipule que dorénavant le (ou la) premier (ère) secrétaire ne sera plus élu(e) par l’ensemble des militants.

L’heureux(se)  élu(e) sera le ou la tête de liste des signataires de la motion  ayant  réalisé le meilleur score à l’occasion des votes précédant le Congrès. Mais, petit ou grand hic, avant les vacances Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry avaient pris tout le monde de court en annonçant qu’ils co-rédigeaient  un texte derrière lequel tout le monde a été prié de se ranger. Logique lorsque l’on gouverne ensemble, n’est ce pas ? L’initiative ne plait pas à l’aile gauche du parti, qui rechigne également devant le futur traité européen. Mais dans l’immédiat on se demande lequel de Cambadélis ou de Désir aura l’insigne honneur d’être le premier signataire au moment du dépôt des motions à la mi-septembre, c'est-à-dire lequel deviendra premier secrétaire. Car même en cas de contestation de la motion unique, la motion majoritaire est assurée de l’emporter. Eh oui, après avoir organisé des primaires ouvertes à tous, le PS verrouille le mode de désignation de sa direction. L’heureux élu sera désigné par un petit cénacle. Amusant, au moment où l’UMP devenue parti d’opposition, découvre les joies de la recherche et du comptage des parrainages ! 

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