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La primaire populaire ou la gauche réinventant la démocratie sans le peuple
©THOMAS COEX / AFP

Élection fantôme

La primaire populaire ou la gauche réinventant la démocratie sans le peuple

Avec 390 000 votants en ligne, la primaire populaire s'est achevée en intronisant Christiane Taubira comme meilleure candidate pour le camp de la gauche sans qu'aucun parti ne la soutienne...

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico : Le résultat de la primaire populaire doit être annoncé ce dimanche soir. Quels que soient le résultat et les calculs ayant poussé les uns ou les autres à y participer ou non, s’agit-il vraiment d’un moment de re-oxygénisation de la démocratie permettant aux électeurs de gauche de se faire entendre de partis qui n’écouteraient plus leurs aspirations ?


Edouard Husson : Au fond, cette primaire n’est pas fondamentalement différente des primaires organisées par les partis politiques, même si elle s’auto-proclame comme populaire. Le collectif « Rencontre des justices » à l’origine de l’opération, est l’embryon d’un nouveau parti de gauche, qui pourrait émerger à côté de LREM et de la droite renouvelée qui sortira de la présidentielle. Je vais même prendre un malin plaisir à comparer ce mouvement à ce qui se passe avec « Reconquête ». Imaginons que les militants de Reconquête organisent une primaire populaire de la droite! Zemmour arriverait en tête. Marine Le Pen et Valérie Pécresse refuseraient de participer mais elles seraient tout de même classées. A gauche, Mélenchon est dans la posture d’une Marine Le Pen et Yannick Jadot d’une Valérie Pécresse. Christine Taubira joue un peu le rôle d’un Zemmour de gauche. Mais elle part en campagne un an trop tard….Partout, à droite, au centre, à gauche, alors que trois blocs assez distincts ont émergé, les électeurs ne se sentent pas représentés. Et les candidats à la présidentielle hésitent entre l’attitude « bonapartiste », appel au peuple par-dessus la tête des élites et le fait de rester bien sagement dans un couloir tracé à l’avance sur la piste électorale. 

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Comment expliquer que la gauche ait autant perdu le sens de la mobilisation collective au travers de partis ou de syndicats structurés et capables de produire des majorités politiques et sociologiques ?


Il n’y a qu’une réalité démocratique, c’est la nation. Le degré d’attachement à la démocratie se mesure dans la volonté de défendre ou non la nation. Peru importe que vous soyez conservateur, libéral ou socialiste. La question est de savoir si vous défendez vos idées dans un cadre national, c’est-à-dire si, ultimement, vous cherchez un compromis entre les classes sociales unies par une éducation commune et une langue apprise dès le berceau. Presque toute notre classe politique refuse de voir - ou d’avouer - que la mondialisation a signifié la mise à mal, sinon la mort de la démocratie. Il y a aujourd’hui un candidat qui assume le dépérissement de la nation, Emmanuel Macron et, à l’opposé, des candidats qui la défendent - Zemmour, Marine Le Pen, Philippot, Asselineau. On accuse ces derniers d’être « d’extrême droite » pour dire « fasciste », alors que c’est exactement le contraire: ils croient encore à la nation donc à la démocratie, même s’ils ne trouvent pas toujours les mots pour le dire. Le candidat dangereux pour la démocratie, c’est le président de la République. Entre les deux, la gauche hésite. D’abord par histoire, elle est en partie internationaliste; mais elle a oublié le mot de Jaurès: un peu d’internationalisme éloigne de la nation, beaucoup y ramène. Ensuite, la gauche alimentant le mythe du « fascisme » contemporain, elle se condamne à servir le mondialisme: c’est particulièrement visible chez les écologistes. Madame Taubira a gagné la consultation appelée « primaire populaire » parce qu’elle exprime - peut-être à son insu - l’aspiration à avoir une figure nationale pour représenter une gauche française. Mais elle n’en fera sans doute pas grand chose. 

De manière plus générale, les propositions visant à redynamiser la démocratie au moyen de nouveaux modes de représentation (RIC, tirages au sort, jury citoyens, etc…) sont-elles de nature à apaiser le malaise de la démocratie française qui était encore mis en évidence dans le rapport du Cevipof publie cette semaine ?


Les nations sont les seules réalités qui vaillent, aurait dit De Gaulle. L’homme ou la femme politique qui l’emportera durablement un jour devra réconcilier nation et démocratie; cela veut dire savoir s’adresser à toutes les classes sociales sur un programme « nationiste »; mais aussi, une fois le pouvoir conquis, il faudra « nationiser » un Etat dont les hauts fonctionnaires ont pris depuis longtemps l’habitude de suivre d’autres intérêts que ceux de la nation - y compris le simple intérêt d’une croissance de la bureaucratie pour elle-même. RIC, tirages au sort, jurys citoyens etc… sont des appels à traiter le symptôme, pas la racine de la maladie. Il faudra bien sûr rendre la parole aux Français, respecter les référendums, redonner vie au Parlement; mais aussi faire cesser le financement et la participation française à un certain nombre d’instances internationales, défendre les intérêts nationaux au sein de l’Union Européenne etc….Tout cela ce sont des sujets qu’on n’a pas beaucoup entendu durant la primaire populaire. 

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