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Un personnel de sécurité marche devant au Centre sportif de Wukesong, lieu de la compétition de hockey sur glace lors des JO d'hiver, à Pékin, le 18 janvier 2022.
Un personnel de sécurité marche devant  au Centre sportif de Wukesong, lieu de la compétition de hockey sur glace lors des JO d'hiver, à Pékin, le 18 janvier 2022.
©NOËL CELIS / AFP

Les chiens aboient, la caravane passe

La Chine fait pression sur les athlètes des JO de Pékin pour ne pas évoquer les droits de l’homme. Et l’Occident se tait…

Afin de préserver leur sécurité, les athlètes qui participeront aux JO de Pékin, prévus le 4 février 2022, ont été priés, au cours d’un séminaire mardi, de ne pas s’exprimer sur la question des droits de l’Homme, une fois arrivés en Chine, selon Reuters.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret enseigne à Sciences Po Paris.

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Atlantico : Alors que Pékin va accueillir les Jeux Olympiques à partir du vendredi 4 février, les intervenants d'un séminaire organisé par Human Rights Watch ont mis en garde mardi les participants contre le risque de s'exprimer sur les questions relatives aux droits de l'homme lorsqu'ils se trouvent en Chine. Un risque est-il réel ? Peut-on penser au cas de la tenniswomen Peng Shuai, dont on reste sans nouvelles depuis le début du mois de novembre ?

Cyrille Bret : en Chine, la liberté d’opinion, d’expression et de manifestation est loin d’être le principe suprême. D’autres principes lui sont considérés comme supérieurs comme la grandeur nationale, la cohésion du pays et le primat politique du Parti Communiste Chinois (PCC). Comme les Jeux olympiques ont une visibilité mondiale immédiate, tout ce qui s’y déroule sera contrôlé par le PCC. Il en va de l’honneur national. Les athlètes occidentaux qui s’exprimeraient de façon ouvertement critique sur les « tabous » politiques nationaux s’exposeraient assurément à des sanctions sportives ou même à des expulsions. La trêve olympique n’a pas de portée en l’espèce pour le PCC : critiquer la répression au Xingjiang (considée comme de nature génocidaire par les Parlementaires français récemment), vanter la démocratie à Taïwan ou encore remettre en cause le monopole politique du PCC serait considéré comme une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures. Pis, cela serait traité comme un défi à la Chine elle-même. La mise en garde de l’ONG HRW n’est pas vaine. Elle reflète la façon dont sont conçus ces Jeux Olympiques : ils doivent réaffirmer la grandeur chinoise, comme l’avaient fait les JO d’été 2008 à Pékin.

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L'administration Biden vient en effet de décider le boycott diplomatique des 24e Jeux Olympiques (JO) d'hiver qui s'ouvriront le 4 février prochain à Pékin, en Chine. Peut-on parler de simple décision sans effets ou de réel boycott ?Les européens devraient-ils imiter les États-Unis ?

Cyrille Bret : le boycott américain s’inscrit dans la rivalité qui s’instaure sur tous les plans entre les deux grandes puissance, les Etats-Unis et la République Populaire de Chine (RPC). La décision américaine a une portée limitée : les athlètes américains seront bien envoyés à Pékin par le Comité olympique américain. Seules les délégations officielles, de parlementaires, de membres de l’éxecutif, etc. ne seront pas présentes à haut niveau. En 1980, en pleine Guerre Froide, les Etats-Unis avaient opté pour le boycott total des JO de Moscou. En somme, les Etats-Unis ont choisi une approche mesurée pour ne pas priver le sport américain de la scène mondiale des JO.

Quant aux Européens, les voilà pris dans un dilemme fréquent : ils sont placés devant le fait accompli. Soit ils imitent les Etats-Unis et dans ce cas encourent la même colère de Pékin sans avoir la même ligne que Washington sur la Chine. Soit ils ne les imitent pas et passent pour complaisants envers un régime autoritaire.

Comment expliquer le silence des pays européens dans cette affaire ? 

Cyrille Bret : le silence est relatif car il y a d’autres façons de protester contre la situation des droits de l’homme en RPC que d’annoncer urbi et orbi ce boycott – encore une fois limité. L’approche des Etats membres de l’Union européenne est différente : terre de naissance de l’olympisme, l’Europe nourrit encore quelques espoirs dans les JO. Notamment, l’idée de neutralité politique du sport. On le voit bien : ni la RPC ni les Etats-Unis ne pratagent cette conviction. Pour eux, le sport de haut niveau est un champ d’affrontement comme un autre. Une autre raison est évidemment le caractère national des Comités olympiques et des politiques publiques du sport. Les Etats européens ont des conceptions différentes du sport de haut niveau, surtout quand il s’agit de sports d’hiver. Enfin et surtout, les Européens refusent de s’aligner purement et simplement sur la rivalité mondiale sportive entre Etats-Unis et Russie. Il y a une voie européenne distincte pour traiter la question des droits de l’homme en Chine. Elle n’est pas la même que celle des Etats-Unis. Le silence européen n’est pas un mutisme embarassé. C’est aussi une posture de neutralité sportive.

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Alors que les Jeux Olympiques ne sont pas qu’un simple évènement sportif, le but du boycott américain est aussi d’envoyer un message fort à la Chine au moment où celle-ci se renforce sur tous les plans : sanitaires, militaires, médiatiques, économiques, politiques et idéologiques … Quelle image renvoie un tel silence de l’Europe ? Les pays européens ont-ils intérêt à hausser le ton ?

Cyrille Bret : Ce n’est pas aux JO que se règleront les problèmes politiques, économiques et sanitaires avec la RPC. Les Européens s’investissent dans tous les forums compétents (ONU, OMS, OMC) et sur la scène internationale pour défendre leurs intérêts propre au sein de la gigantomachie qui s’organise autour de ces deux pôles, américain et chinois. Les Européens ont le droit avoir leur propre vision des choses. Y compris des compétitions de sport de haut niveau.

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