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(L’odeur de) la mort est leur métier : et vous vous imaginiez que le travail de la police scientifique était le plus difficile sur une scène de crime...
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Les Experts d'après

(L’odeur de) la mort est leur métier : et vous vous imaginiez que le travail de la police scientifique était le plus difficile sur une scène de crime...

Ils sont vêtus de gants, d'une combinaison et d'un masque à gaz. Ils ne laissent rien derrière eux. Leur travail ? Tout nettoyer après une scène de crime.

Patrick Celli

Patrick Celli

Patrick Celli est le fondateur de Clean Crime, specialisé depuis 2011 dans le nettoyage après décès, de mort naturelle ou par homicide.  

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Atlantico : Vous dirigez une des rares sociétés françaises spécialisées dans le nettoyage de scènes de crimes. Quelles sont les étapes spécifiques à ce type de nettoyage ? 

Patrick Celli : Nous nous occupons des scènes tragiques, qu'il s'agisse de morts naturelles ou d'homicides parfois violents. On peut intervenir dans des logements mais également dans d'autres types de lieux comme des bateaux ou des trains.  

Dans un premier temps, on prend des photos pour identifier l'état des dégradations et le contenu du logement. On récupère d'abord les déchets infectieux, comme le sang et les fluides, que l'on place dans des sacs spécifiques. On désinfecte ensuite la pièce et une fois qu'elle est propre, nous la traitons à l'aide d'une machine spéciale. Elle propage un produit qui se transforme en fumée. On rend donc la pièce hermétique pour que le produit ne se propage pas. Les produits sont similaires à ceux utilisés par les milieux hospitaliers et la machine est elle aussi la même que dans les hôpitaux. En fonction du volume à traiter et des dégradations, on détermine le temps et la quantité de produit à propulser. Et cela peut durer de deux heures à six heures. Par exemple, si le corps a été découvert seulement deux heures après la mort, le temps de traitement sera d'environ deux heures. Si le corps est resté en décomposition pendant plusieurs mois on va traiter au maximum, à savoir 6 heures. Nous possédons nous-même un équipement anti-éclaboussures pour éviter le contact avec les produits que nous utilisons et les fluides corporels. En termes d'odeurs, on ne sent rien car nous portons des masques à gaz. 

Pourquoi faut-il redoubler de vigilance au moment de nettoyer une maison dans laquelle une personne serait morte ? Existe-t-il des risques bactériologiques particuliers ? 

Il y a un risque de contamination en raison du sang (hépatites, VIH, etc.). Suite à un homicide, il y a souvent des scellés et la police possède des informations, mais après un suicide, les familles ont réintégré les lieux et nous n'avons aucune information. 

Il faut être particulièrement vigilant car dans le cas de crimes commis avec une arme, il peut y avoir des projections sur les murs, il faut veiller à ne rien oublier. Par ailleurs, certains supports sont plus fragiles que d'autres. Par exemple, le parquet peut moisir, ou pire, les fluides peuvent s'infiltrer sous les parquets, ce qui favorisera la prolifération d'insectes. 

Je me souviens d'un cas de suicide au premier étage d'un immeuble vétuste, des fluides s'étaient infiltrés chez le voisin qui avait vu les mouches proliférer. Il faut s'assurer que les surfaces soient étanches. Pour ce faire, nous sondons le sol grâce à une mini caméra que nous insérons dans un trou de perceuse. Entre les dalles de lino, il peut y avoir des vers qui prolifèrent. On peut croire que la pièce est propre, mais non, il faut vraiment tout contrôler. Ce n'est pas juste un coup de nettoyage comme ça.

Il y a toujours un risque d'odeurs, même quand on nettoie de fond en comble. Le but est surtout de nettoyer les fluides corporels. 

A combien s'élève le coût de ce genre de prestation ?  

Cela varie de 1 000 à 15 000 euros. Cela dépend du nombre de mètres cubes qu'il faut traiter. Pour un décès "simple", on traite généralement 3 m3. En revanche, si une personne a par exemple essayé de s'ouvrir les veines dans une pièce, puis s'est déplacée en s'appuyant sur les portes et tous les autres supports, alors il faudra traiter tout le logement, ce qui coûtera plus cher. 

Mais nous sommes beaucoup confrontés à des cas de diogénise. Il s'agit d'une pathologie qui consiste à accumuler des déchets. Il s'agit de 50% des cas que nous traitons.

Dans le cas d'homicides, certaines enquêtes peuvent être particulièrement longues et donc nécessiter que lieu du crime reste en l'état. Au bout de combien de temps intervenez-vous ?

On peut intervenir au bout d'une semaine, mais nous avons eu un cas où nous sommes intervenus deux ans plus tard. Dans ce cas, les supports sont très dégradés. La maison peut rester sous scellés pendant deux ans. 

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