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L’Occident est en état de mort cérébrale, pouvons-nous survivre sans le ressusciter ?
©CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

Avenir compromis

L’Occident est en état de mort cérébrale, pouvons-nous survivre sans le ressusciter ?

Trump a mis en évidence la fracture entre les États-Unis et l'Union-Européenne. L'Occident comme un tout n'existe plus mais est-il possible de le ranimer ?

Michael Lambert

Michael Lambert

Michael E. Lambert est titulaire d'un doctorat obtenu à Sorbonne Université en collaboration avec l’INSEAD - Campus de Fontainebleau (décembre 2016). Son analyse au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) porte sur la psychologie politique et les acteurs de la politique étrangère de la Chine et des États-Unis en Eurasie. (Twitter : @Mischa_Lambert)

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Atlantico.fr : M. Trump a-t-il prononcé le divorce entre les États-Unis et l'Europe ou a-t-il seulement mis en lumière des dissensions préexistantes ? L'élection américaine changera-t-elle quelque chose ?

Michael Lambert : L'élection de Donald Trump aura eu pour effet d'approfondir les divisions entre les États-Unis et l'Europe (UE et Royaume-Uni), mais aussi entre européens. Ainsi, les divergences d'opinion entre les citoyens s'accentuent avec des pays qui soutiennent la politique du président américain, comme la Pologne, tandis que d'autres s'y opposent farouchement, comme l'Allemagne. 
Le divorce entre les États-Unis et l'Europe avait déjà commencé plusieurs années avant l'élection de Donald Trump, notamment en raison de la montée eb puissance de la Chine, qui incite certains pays à orienter leur économie de l'Atlantique vers l'Asie. Les États-Unis restent un pays essentiel en Europe, tant pour le commerce que pour les accords de sécurité avec l'OTAN, mais ils ont perdu leur "soft power", c'est-à-dire leur capacité à attirer les européens qui commencent à percevoir les premiers effets d'un monde multipolaire. 

L'élection américaine ne devrait pas modifier les relations entre les États-Unis et l'Europe dans la mesure où les dynamiques sont divergentes. Pour les États-Unis, le glissement politique, militaire et économique vers le Pacifique est une réalité sous Trump et le restera après les élections américaines. Pour l'Europe, la phase de fragmentation commencée avec BREXIT devrait se poursuivre et il est plus réaliste de penser qu'il y aura des Europes, dont certaines resteront proches de Washington, tandis que d'autres se tourneront vers Beijing.
Atlantico.fr : La polémique mondiale autour des caricatures de Mahomet a montré que l'Occident n'était pas aussi uni idéologiquement, car les Anglo-Saxons, comme Justin Trudeau, ne comprennent pas la laïcité à la française. S'agit-il d'un nouveau clivage ?
Michael Lambert : Le clivage religieux entre les européens est une réalité tangible et souvent négligée lors des débat au sein des institutions européennes, mais il éclaire sur les futures alliances entre les Etats qui partagent la même culture religieuse. Pour la France, la laïcité est un élément fondamental, alors que pour d'autres pays, l'identité chrétienne est valorisée et soutenue par des structures gouvernementales, comme en Allemagne.
Avec le retour du nationalisme, la question de l'identité et du rôle de la religion dans une société se posera parce qu'elle est un facteur culturel qui rapproche les citoyens. A ce titre, il est probable que l'on assiste à une réaffirmation de la laïcité, voire de l'athéisme pour certains pays européens comme la France, et à un renforcement des pratiques religieuses pour d'autres. La question essentielle est de savoir comment la laïcité et le christianisme parviendront à coexister avec l'islam et les autres minorité religieuses au sein d'un même pays.
Atlantico.fr : Est-il encore judicieux (si jamais c'était le cas) de parler de l'"Occident" comme d'un tout uniforme ?
Michael Lambert : Cela n'a plus de sens depuis la fin de la guerre froide. Cette approche était une tentative de simplification de l'opposition idéologique et militaire entre l'Occident (OTAN) et l'Est (bloc de l'Est), qui n'a plus de sens aujourd'hui car chaque pays dispose de ses propres intérêts et construit des alliances à la carte, comme le montrent les récents accords entre le Royaume-Uni et le Japon, ou le rapprochement entre l'Italie et la Russie lors de la crise sanitaire de Covid-19. 
Atlantico.fr : Le nouvel horizon européen est-il ailleurs qu'en Amérique du Nord ?

Michael Lambert : Sur le plan économique, la Chine semble être la seule alternative viable pour l'Europe, et la différence continuera à se creuser entre les pays qui comprendront l'urgence d'enseigner le chinois dès le plus jeune âge, d'établir des relations commerciales et des partenariats universitaires et économiques avec Beijing, et ceux qui attendront un retour des États-Unis. 
La Chine a beaucoup à offrir à l'Europe en termes de technologie et d'économie, mais aussi en matière de culture. La principale appréhension des européens est fondée sur une méconnaissance de la culture et de la philosophie chinoises qui pourrait être bénéfique aux sociétés occidentales. Les européens entendent parler de la Chine, mais peu savent ce qu'elle est réellement. 
Atlantico.fr : Est-il possible de réparer certaines fractures occidentales ? Sans un Occident uni, pouvons-nous encore faire face aux défis mondiaux (concurrence économique asiatique, climat, terrorisme, pandémies...) et comment ?

Michael Lambert : Le système international fondé par les puissances occidentales après la Seconde Guerre mondiale a apporté beaucoup au monde contemporain, notamment la démocratie et le libre-échange. Cependant, ce modèle a ses limites - particulièrement en matière d'environnement - et il est temps d'accepter l'émergence d'un monde multipolaire où l'Occident ne sera plus l'épicentre de l'innovation et de l'attention. Pour lutter efficacement contre le terrorisme et le réchauffement climatique, il faudra coopérer avec des partenaires qui ont été nos ennemis et compartimenter nos relations avec eux sur les plans économique, militaire, environnemental et culturel.

Le plus grand défi n'est pas la montée en puissance de la Chine ou des pays émergents, mais de faire comprendre aux européens que le modèle occidental n'est pas un aboutissement, c'est un choix dans un monde multipolaire et multiculturel en devenir. 

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