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L’erreur majeure qui fonde le PLF 2020
©ERIC PIERMONT / AFP

Budget sans ambition

L’erreur majeure qui fonde le PLF 2020

Le gouvernement a présenté la semaine dernière son projet de budget pour 2020. Comme toujours, il y aura des ministères gagnants et d’autres perdants.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Ce budget est teinté de jaune et de vert. Il vise à ne pas ranimer le feu social tout en répondant, dans la mesure des moyens disponibles, à l’urgence climatique. C’est donc un budget politique, un budget de paix sociale, un budget d’apaisement. En fait, pour tout dire, un budget d’équilibriste, pas un budget d’équilibre. Il distribueplus qu’il ne réforme ou simplifie (Etat). Car, malheureusement, l’élaboration du budget de l’Etat est, en France, toujours une équation compliquée que le gouvernement finit inlassablement par résoudre… par un déficit. 

Ce comportement n’a pas encore changé. Si le projet de loi de finances 2020 fait la part belle au porte-monnaie des Français (9 milliards de baisses d’impôt sur le revenu), les entreprises, elles, devront patienter pour voir s’accélérer la baisse de l’impôt sur les sociétés. Ce coup de pouce au pouvoir d’achat et à la consommation est toutefois sous la menace de tensions internationales mais aussi du comportement des ménages. 

Car le casse-tête du gouvernement est le ralentissement de la croissance. Celle-ci devrait atteindre 1,3 % l’an prochain contre 1,4 % cette année (hors conséquences du Brexit sur l’économie française), loin des 2,3 % de 2017 ! Dans ce contexte, on comprend bien qu’il tient à soutenir l’activité économique en diminuant plus rapidement les impôts que le déficit. Quel revirement ! En trois budgets, le gouvernement est passé d’une politique de l’offre clairement assumée à une politique de la demande qui l’est moins…

Or, la consommation des ménages est restée poussive depuis le début de l’année (+0,3% au premier trimestre, +0,2% au deuxième), les Français faisant preuve d’un certain attentisme et privilégiant l’épargne sur la période malgré la progression de leur pouvoir d’achat liée aux mesures prises par le gouvernement. Cette attitude peut se comprendre. Les ménages ont été traumatisés par la crise financière et pensent qu’une situation similaire va se reproduire.Depuis 2008, selon une étude de la Banque centrale européenne,le volume de liquide thésaurisé n’a fait qu’augmenter : 24%, en moyenne, en Europe. La France fait plutôt figure d’exception : seuls 15% des Français détiennent, chez eux, des liquidités comme réserve de précaution ou comme moyen d’épargne. Ainsi, pour de nombreux Français, compte-tenu de la faiblesse des rendements de l’épargne sans risque, laisser son argent dormir sur son compte à vue, n’est pas un crime de lèse-majesté. Augmenter son épargne de précaution en plaçant sans risque est un réflexe naturel en cas de périodes incertaines.

Au final, ces mesures sociales et l’abandon de la « taxe carbone » conduisent à un dérapage budgétaire. Qu’il semble loin le temps où Emmanuel Macron clamait qu’il était capital pour la France de réduire son déficit… Notre président avait promis d’en finir avec cette mauvaise habitude. Cet exercice budgétaire aurait dû être celui de la rodomontade. N’oublions pas que la France était censée commencer à se rapprocher sensiblement de l’équilibre budgétaire. En effet, selon les prévisions budgétaires envoyés à la Commission européenne, la France tablait sur un déficit de 0,9% du Produit intérieur brut (PIB). Finalement, ce déficit stagnera et avoisinera 2,1% du PIB. Ceci signifie que pour boucler le budget 2020, L’Etat devra recourir à l’emprunt alors que notre endettement public frôle les 100% du PIB. Ce stock de dettes sera, demain, une nouvelle urgence qui s’ajoutera à d’autres.

Le plus grave est que les capitaux empruntés ne servent même pas à financer des investissements ! Grosso modo, seul 1/3 de notre déficit servira à faire de l’investissement, les 2/3 restants permettront de payer le traitement des fonctionnaires, des prestations sociales ou les baisses d’impôts.Autrement dit, la France dépense plus qu’elle ne gagne et investit peupour le long terme. A titre d’exemple, en 2019, l’investissement représente 19 milliards dans les compte publics français sur les 370 milliards de dépenses de l’Etat… c’est-à-dire pas grand-chose. 

Ainsi, ce budget se caractérise par l’absence d’économies. C’est inquiétant car la crise sociale n’explique pas tout. Ce budget de l’acte II du quinquennat signe l’acte de décès de la priorité donnée aux finances publiques. Or, la Francene traverse pas une crise comme ont dû le faire Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Il faudrait alors utiliser le temps d’aujourd’hui pour préparer notre pays à affronter des lendemains qui peuvent déchanter. 

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