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Un électeur vérifie son nom avant son vote lors de l'élection présidentielle de l'Egypte en 2012.
Un électeur vérifie son nom avant son vote lors de l'élection présidentielle de l'Egypte en 2012.
©Reuters

Répression judiciaire

L'Égypte se débarrasse des Frères musulmans : pour les remplacer par qui ?

Suite à la confiscation des avoirs de la confrérie la semaine dernière, ce sont désormais les activités des Frères musulmans qui ont été interdites lundi 23 septembre par la justice égyptienne. Reste à savoir qui les remplacera et pour quel futur.

Tewfik Aclimandos

Tewfik Aclimandos

Tewfik Aclimandos est chercheur associé à la chaire d'histoire contemporaine au Collège de France. Politologue égyptien, il  est spécialiste de la politique égyptienne et a publié de nombreux articles à propos de l'Armée, les Frères Musulmans et la politique étrangère d'Hosni Moubarak.

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Atlantico : Après que de nombreux membres des Frères musulmans ont été incarcérés, que des chaînes islamiques soient fermées, la récente décision de la justice égyptienne vient renforcer l’idée que l’on assiste à une purge des Frères musulmans en Égypte. Qu’en est-il vraiment et quel est l’objectif d’une telle action ?

Tewfik Aclimandos : D'importants secteurs de l'opinion et de l'appareil d’État sont effectivement en mode "éradicateur" face à la Confrérie. Cela peut se comprendre, vu le comportement criminel de la direction de cette dernière lors de son passage au pouvoir. Mais il ne faut pas se leurrer : la confrérie est très implantée dans le pays et on ne peut l'éradiquer. Nombreux sont ses cadres dirigeants qui ont à répondre de crimes, et aucun État ne peut accepter des formations politiques ayant une branche et des milices armées. Si les Frères veulent participer au jeu politique, ils doivent se restructurer, ou éventuellement obtenir une victoire, mais elle ne se profile pas à l'horizon. Pour le moment, la confrérie ne veut ni se réformer, ni négocier (sa position consiste à affirmer: « soit vous vous couchez, soit vous nous tuez jusqu'au dernier ») et elle use consciemment de la violence. L'autre camp a donc logiquement durci ses positions. Nous sommes aujourd’hui dans une sorte de guerre psychologique où chacun se dit prêt à aller jusqu'au bout et tente d’imposer ses convictions.

Cette décision peut-elle engendrer une nouvelle vague d’insécurité en Égypte ? N’est-elle pas contreproductive dans le processus de démocratisation voulue par le gouvernement transitoire ?

Non, elle n'est pas contreproductive, puisque les Frères se refusaient absolument à négocier. En soi, la décision n'améliore pas la situation, c'est certain, mais de là à dire qu'elle l'aggrave qualitativement, il y a un fossé. Le principal problème reste que la confrérie est pratiquement décapitée, tous ses chefs et cadres intermédiaires, les présidents de bureaux régionaux également, sont emprisonnés. Cette situation affaiblit la confrérie et sans leaders, et bien que de nombreux militants soient modérés, beaucoup d'autres se radicalisent dangereusement... Un éclatement de la confrérie risque de déboucher sur une multiplication de petits groupes violents. Le pouvoir en est conscient. Mais être conscient est une chose, réussir à éviter le péril en est une autre.

La répression de la confrérie délégitime-t-elle les nouveaux dirigeants égyptiens ? Doit-on craindre une radicalisation anti-islamique de la politique égyptienne alors que la constitution est en cours de révision ?

Pour le moment, non. Au moins deux Égyptiens sur trois sont partisans du nouveau gouvernement. La majorité semble visiblement anti-Frères et beaucoup parmi eux sont en mode « éradicateur », mais l'opinion reste très volatile et tout peut changer.

L’affaiblissement des Frères en Égypte, financé par l’émirat qatari depuis la révolution de 2011, serait-il l’illustration du recul de l’influence de celui-ci au Moyen-Orient ? A qui profite cette situation ?

L'influence qatarie a toujours été très surestimée et équivoque. Si les mots ont un sens, il faudrait réellement prouver que les Qataris avaient des capacités de peser sur les décisions des Frères. C’était très certainement le cas, ils possédaient cette influence, mais pas dans tous les domaines. Si le nouveau pouvoir égyptien se stabilise, les perdants seront évidemment la Turquie et le Qatar, peut-être aussi le Soudan, proche des Frères. A contrario, l'Arabie Saoudite, les Émirats, le Koweït et la Jordanie gagneront à entretenir leurs liens avec l’Égypte. Les monarchies du Golfe ont en effet perçu dans un pouvoir Frère, une menace directe contre leur intérêt national et contre leur stabilité interne.Aujourd'hui, ils sont prêts à financer un pouvoir éloigné de la politique des Frères. Quand Morsi a été renversé, ces pays ont d'ailleurs de suite transféré douze milliards de USD à l’Égypte... et ils vont certainement continuer si nécessaire.

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