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L’Église face à la « demande démocratique de notre temps »
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L’Église face à la « demande démocratique de notre temps »

La sociologue des religions Danièle Hervieu-Léger et l’ex directeur de revue « Esprit » Jean-Louis Schlegel publient « Vers l’implosion ? » (Seuil). Un dialogue articulé sur 400 pages interrogeant la crise gravissime qu’affronte l’Église de France. Un texte important qui passionnera croyants, agnostiques et non-croyants

Annick  Geille

Annick Geille

Annick Geille est écrivain, critique littéraire et journaliste. 

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Délétères, le scandale de la pédocriminalité dans l’Église, les conséquences du rapport Sauvé, les suites de la pandémie et des confinements, la révolution intrafamiliale, les  guerres de tranchées concernant la liturgie -entre autres sujets inflammables -provoquent  une crise majeure  dans l’Église de France. La sociologue des religions Danièle Hervieu- Léger et l’ex patron de la revue « Esprit », l’écrivain- journaliste Jean-Louis Schlegel  confrontent leurs opinions dans : « Vers l’implosion ? » (Seuil) Cet essai puissant suggère, propose, recommande d’autres chemins, dans le respect de l’institution.(«Que celui qui a des oreilles entende»/Matthieu :Apocalypse 3.6 ) « Faute de réformes conséquentes, l’Église apparaît, de plus en plus expulsée de la culture commune, et délégitimée » , affirme  Jean-Louis Schlegel.  « L’Église fait face au sens propre du terme au risque de sa propre implosion. Il se pourrait même, en réalité, que ce processus soit déjà enclenché », s’interroge  de son côté Danièle Hervieu-Léger .Victime d’un déclin  chaque année plus flagrant, l’Église voit les fidèles se détourner de la pratique dominicale. De la même façon que les Français ne se déplacent plus  guère pour aller voter, faute d’un discours et d’une incarnation politiques sachant les galvaniser, les Français boudent prières, célébrations et communion . La fille aînée de l’Église se languit parmi les ruines de son passé éparses sur tout le territoire, témoignant  du règne d’antan et d’une pratique envolée…  (cf. « La Conférence des Évêques de France  recensait au 12 septembre 2016 40 307 églises et chapelles de propriété communale et 1 951 églises de propriété diocésaine. Cela représente un total de 42 258 églises et chapelles paroissiales en France ; selon la base de données de l’Observatoire du patrimoine religieux , on relève au 4 janvier 2019 50 999 édifices dédiés au culte catholique ou d’origine catholique »). L’Église ne parle plus à ses enfants qui s’en éloignent comme s’ils avaient tous  en même temps intégré le fait qu’il était désormais inutile  d’attendre d’elle un soutien, un conseil pertinent,  une vision ; victime d’une myopie ontologique, l’Église soliloque, ressassant les  principes d’une époque révolue, comme si l’empire romain se trompait de siècle, très loin du réel qu’affronte en 2022 ce peuple qui, remisant ses souvenirs pieux, entre à contrecœur dans un monde sans Dieu. Partout, règnent sécheresse de cœur, inculture, indifférence (cf. « M. Klein »), voire barbarie ( cf. « Orange mécanique »). Cependant tout le monde peut changer, dit Maître Eckhart : « Dieu est le Dieu du présent. Tel il te trouve, tel il te reçoit, tel il te prend ; non pas tel que tu fus, mais tel que tu es en ce moment »,  (Maître Eckhart /Entretiens spirituels, XII) (Eckhart Von Hochheim, dit Maître Eckhart, (1260-1328) théologien et philosophe dominicain.) Subsisterait-il un peu d’espoir, et si oui, que devrait faire l’Église  pour vaincre  ce processus d’autodestruction ?

Penseurs du religieux dans la société française, Danièle Hervieu-Léger et Jean-Louis Schlegel, parfaitement documentés, braquent le projecteur sur cet édifice  menacé d’effondrement qu’est devenue l’Église  de France. (« Il existe une trame commune entre le christianisme et la fondation de la France. Il est impossible de séparer les fils de la tapisserie sans tout couper » (cf. François Huguenin - « Les Grandes figures catholiques de la France », Perrin). Aujourd’hui vieille gardienne d’un théâtre en ruines, l’Église ressasse son échec. Comment éviter la fin, s’interrogent les co-auteurs de cet essai à la fois terrible ET revigorant.  Les faits sont têtus : chaque fois que le doute s’installe, qu’une question se pose, l’Église est  à  côté de la plaque. Beaucoup d’attentes et  peu de réponses, alors qu’il suffirait de penser le présent selon Maître Eckhart pour changer et revivre, en somme. Danièle Hervieu-Léger précise  d’ailleurs :  « Dans l’émotion créée par les chiffres effrayants révélés par le Rapport (Sauvé NDLR), il y a la réalité d’un catholicisme en pièces et morceaux, traversé par des tensions qui concernent la hiérarchie et le clergé autant que les fidèles. Toute la question est de savoir si cette situation d’éclatement peut accoucher d’une réforme digne de ce nom. (…) C’est là l’objet même de notre dialogue : cette situation, absolument inédite pour l’Église catholique depuis la Réforme au XVIe siècle, d’un ébranlement venu de l’intérieur d’elle-même, et non d’un dehors hostile. » Contrairement à ce que prétendent ceux qui pointent la responsabilité des fidèles au lieu de faire leur autocritique–, les Français ne se satisfont pas du règne de la marchandise et du « Moi d’abord !» ; au contraire ils  ont soif de repères et  surtout, de sens. 

Sartre rappelait que tout écrivain digne de ce nom se doit d’ écrire pour son époque. L’Église a quant à elle le devoir de la penser, afin d’articuler  la pensée du catholicisme  -fondateur de la nation  française - dans le temps  où s’inscrit  cette pensée, donc  sa culture. L’Église fait partie de cette culture. « Quant à l’interdit de la contraception ou des relations sexuelles hors mariage : l’Église parle et le monde, catholiques compris, passe son chemin... »,constate Jean-Louis Schlegel. C’est en effet une Église toujours un peu médiévale qui continue de jauger les objets  du monde. En particulier les femmes, qu’elle refuse en son sein. Toute femme est impure : c’est  d’abord un corps, la tentatrice par définition, ce pourquoi seules les pratiquantes sont  bienvenues durant les célébrations ; les bénévoles aussi - je fus l’une d’entre elles jadis, pour les besoins d’un roman que j’écrivais alors. Les « petites mains » peuvent -et doivent- décorer l’autel, organiser la quête, transmettre aux prêtres  leurs messages téléphoniques . Rien de plus. Elles ne seront jamais prêtres et -a fortiori- évêques. Jamais ! L’Église est devenue le seul lieu de la terre où la moitié de l ‘humanité n’est pas la bienvenue. Pas d’avenir pour les porteuses de Tampax ! Dans le secret  un peu rance des sacristies,  prêtres et diacres  sont dans un entre-soi  qui n’est plus supportable  aujourd’hui : le peuple de France proteste,  faisant la grève de la messe et des sacrements. Non qu’il soit cynique, mais l’aveuglement  d’un certain épiscopat le décourage. Le curé de paroisse à Landivisiau ou ailleurs ( sans le connaître, je l’admire) se tord les mains de rage impuissante ; il sait que même les servantes d’autel sont interdites !  Ève a mauvais genre. Le prêtre étant  sacré, à l’image du Christ, pas question de tolérer dans l’Église la mixité pourtant à l’œuvre à tous les niveaux de la société en  France, en Europe et dans tous les pays démocratiques du monde.« La conquête des droits contraceptifs a fait bien plus que de donner aux femmes la possibilité de choisir d’être mères ou pas, elle a produit une véritable mutation anthropologique : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les femmes peuvent se projeter dans une existence débarrassée de la conjugalité et de la maternité obligatoires. Elles peuvent, en d’autres termes, devenir des hommes comme les autres(…)À l’ancienne division sphère domestique, féminine et inférieure/sphère sociale, masculine et supérieure, se substituent trois ordres entremêlés, le public-politique, le privé-social et l’intime-familial, au sein desquels les femmes et les hommes possèdent la même légitimité. » précise la philosophe  (française) Camille Froidevaux-Metterie dans son essai « La révolution féministe » (Gallimard/Sciences) .Il faut relire ces phrases pour percevoir le fossé, que dis-je, l’abime qui, sournoisement mais sûrement, se  creuse entre les Français et leur Église. L’islam, lui, prospère. Le burkini est à juste titre - sauf à Grenoble- interdit partout, mais un voile mental obscurcit la vision  des dirigeants de l’Église. D’après un sondage Odoxa pour « Témoignage Chrétien » 78% des catholiques souhaitent que l’Église change. 78 % ! En attendant,  les catholiques s’abstiennent, à Paris comme en régions, tant pour ce qui est de la pratique des dimanche et  jours  fériés que pour les  moments importants de leurs vies ( mariage, baptêmes, funérailles, etc.)Les Français boudent  l’Église comme ils ont  de plus en plus tendance à   « sècher »  les consultations électorales. « La  « question des femmes » est devenue l'un des principaux mouvements tectoniques qui travaillent les sociétés contemporaines.  (…) Car c’est un séisme majeur qui se produit, une révolution sans précédent au terme de laquelle l’ancien agencement de nos sociétés s’est trouvé délégitimé pour laisser place à une structuration foncièrement inédite »,  dit encore Camille Froidevaux-Metterie. L’ ancien agencement de nos sociétés - le patriarcat-s’est trouvé délégitimé, ajoute-t-elle. Or, l’Église incarne si bien  le patriarcat qu’elle fait  pitié aux femmes qui la fuient. « « Il n’y a pas eu « trop de concile », mais trop peu, (…) Il a produit des textes magnifiques, dynamisants, libérateurs, mais après, il fallait passer à des réformes concrètes, par exemple quant à la place des femmes, à l’ordination d’hommes mariés, au mode de nomination des évêques, etc. Non pas pour « sauver l’Église », mais parce que ces réformes correspondent à une vérité et une demande « démocratique » de notre temps. Mais il n’y a pas eu ces suites pratiques. Au contraire, tout a été freiné. Sans compter l’encyclique Humanae vitae , en 1968 : en condamnant la contraception (contre la majorité de la commission théologique qu’il avait créée), Paul VI a créé un porte-à-faux terrible car les catholiques se sont mis à vivre dans le mensonge », déclarait récemment Jean-Louis Schlegel à « Ouest -France ». 

J’y pensais lorsque relisant d’anciens articles concernant « l’affaire » de l’archevêque de Paris, Mgr Aupetit,  j’appris dans le détail comment ce Prince de l’Église avait été pris « la main dans le sac » ( celui  de « sa complice ») : car Mgr Aupetit avait (peut-être ?) entretenu « UNE RELATION INTIME AVEC…UNE FEMME !!!!!» Bigre,  c’était grave .Une relation de Mgr Aupetit en personne avec une porteuse de jupe ou de robe, une personne « genrée » comme il est interdit de l’être au sein de l’Église. Une FEMME en chair et en os , marchant  et devisant gaiement, comme si de rien n’était, avec  le patron du diocèse de Paris ? Avait -on jamais vu  pareil scandale et faute plus grave ? Je prends cet exemple de « débauche » au plus haut niveau de l’empire romain, car je ne connais pas Mgr Aupetit et il m’importe peu que ses affirmations « désespérées » soient vraies ou pas. Ce qui me désespère,  moi, romancière et critique travaillant pour cet excellent quotidien qu’est Atlantico, c’est qu’un homme d’Église puisse  devoir -encore et toujours- se défendre de « fréquenter » une femme, au XXI siècle, en France, pays de Jeanne dArc, des Salons Littéraires,  de la Révolution, des Lumières, des Droits de L’Homme. La  patrie  de Madame de la Fayette, Montaigne, Voltaire,  Baudelaire, Colette, Sagan, Duras, et tant d’autres beaux esprits. Ce qui m’afflige au plus haut point c’est  qu’un homme d’Église  puisse se voir limogé, effacé, rayé des listes pour avoir été « soupçonné «  (sic) d’entretenir une relation avec… « UNE FEMME  ». Crime odieux : le poisson en effet,  pourrit par la tête ; faute impardonnable, abominable manquement aux lois  divines…« "Je reconnais que mon comportement vis-à-vis d'elle a pu être ambigu, laissant ainsi sous-entendre l'existence entre nous d'une relation intime et de rapports sexuels, ce que je réfute avec force", déclara Mgr Aupetit au Point). Une femme marchant dans les rues de Paris au bras- ou presque- de Monseigneur Aupetit !  Le poil se dresse sur nos têtes,  tant nous avons du mal à imaginer ce scandale : une femme cheminant gaiement près de l’archevêque de Paris ! Pardonne-leur, Seigneur ils ne savent pas ce qu’ils font.  

Un soir,  à Rome, lors d’un dîner en l’honneur de la littérature française, j’avais posé à mon voisin de table, le cardinal X, ces éternelles questions du célibat des prêtres et de l’ordination des femmes. Alors que Philippe Sollers (« Il est certain que j’ai  un rapport personnel à la transcendance ») nous gratifiait d’un discours bref, très applaudi, rendant hommage à nos hôtes, le prélat me chuchota sa réponse : « Dans l’Église, Madame - gardez-le pour vous, mais j’en suis de plus en plus sûr - rien ne se fera sans les femmes. »

                                                                                                                                                         Annick GEILLE

Extraits :

DHL (propos de Danièle Hervieu-Léger) : 

« Parce que, du point de vue sociologique, la pandémie et toutes ses conséquences ont placé le catholicisme français dans une sorte de situation de laboratoire ! Elles ont mis en suspens toutes les routines religieuses ordinaires (discours et pratiques) qui dissimulent la réalité de l’« éclatement » que nous essayons de cerner. De cette situation « expérimentale », je retiens pour ma part trois leçons.  La première est l’évidence que le schisme entre des courants irréconciliables au sein du catholicisme n’est pas une menace plus ou moins lointaine que la vigilance de la hiérarchie et le désir d’unité des fidèles peuvent permettre de tenir à distance encore longtemps. Le schisme est déjà là, et la violence des débats le prouve assez. Il ne s’agit plus de divergences ou de conflits idéologiques secondaires au regard de la foi partagée. Il s’agit de l’affrontement irrémédiable entre deux visions théologiques, ecclésiologiques et politiques, qui engagent non seulement le mode de présence du christianisme au monde, mais le contenu même de la foi chrétienne : pas seulement la « compréhension » du message évangélique en termes de « valeurs », mais le sens même de la geste christique, la signification des sacrements et la définition de l’Église. » 

JLS (propos de Jean-Louis Schlegel) :

Néanmoins, les « pénitentiels », listes de péchés et de pénitences où les péchés de chair tiennent une grande place, existaient depuis le Moyen Âge. Je me souviens d’un bel article de Jacques Le Goff là-dessus, où il estimait que ces pratiques témoignaient de l’influence de saint Augustin et du monachisme. Sauf que ces listes n’avaient pas pour but l’intrusion des confesseurs dans l’intimité des couples, mais l’objectivation des plaisirs défendus, qui s’opposent au mépris du monde et à l’humiliation de la chair que doit pratiquer le vrai disciple du Christ. Elles attestent néanmoins de l’ancienneté du problème du corps dans le christianisme... 

DHL :

La question du contrôle du corps, et plus spécifiquement du corps des femmes, est présente dès l’origine du christianisme, en lien notamment avec l’hellénisation qui y a réintroduit des préoccupations touchant au pur et à l’impur, que le message évangélique mettait pourtant explicitement de côté. L’association de la sexualité au péché traverse les siècles chrétiens, avec des codifications minutieuses des interdits. Le régime normatif élaboré et transmis par l’Église en matière de sexualité porte par ailleurs de part en part la marque de la société patriarcale dans laquelle le christianisme s’est inscrit et développé à travers les siècles, cela bien en amont du XIXe siècle. Mais alors que l’affirmation politique de l’autonomie du sujet s’impose dans la société et que l’Église magnifie la famille en référence à la Sainte Famille, il est frappant d’observer à quel point le contrôle page87image3781296page87image3782128de la sexualité des fidèles, et spécifiquement de la sexualité des femmes, se fait plus tatillon et plus intrusif. 

JLS  (Propos de Jean-Louis Schlegel) :

« À propos du père et de sa centralité dans cette construction familiale, votre propos me rappelle que les curés aussi sont appelés « père », voire « padre » dans la génération la plus récente. À la tête de l’Église, il y a le « Saint-Père », et après le concile, le nom de « père » s’est aussi substitué aux trop solennels « Monseigneur » et « Éminence » pour s’adresser aux évêques et aux cardinaux. Est-ce par hasard ? On pourrait être tenté par quelque interprétation peu charitable de cette « patriarcalisation » des titres – qui ne s’est pas operée sans irritation de la part de catholiques rappelant le mot de l’Évangile : « N’appelez personne père, car vous n’avez qu’un seul Père, qui est aux cieux » (Matthieu 23,9). « 

« Aujourd’hui encore, la nature biologique reste présentée par l’Église comme le tabernacle de la volonté divine, et la centralité actuelle des questionnements écologiques donne même à cette perspective de nouvelles couleurs ! Malgré les multiples échecs qu’elle connaît partout dans ses efforts pour empêcher des « lois qui permettent », l’Église prolonge une tentative aussi vaine que désespérée pour normer, via la biologie, la sphère de l’intime, donnant l’impression (ou se donnant l’illusion) que c’est le dernier levier qui lui permet de conserver une emprise sur le monde social. Tentative désespérée, parce que la société contemporaine dénie à l’Église tout titre à régir les comportements humains, non seulement dans la sphère publique, mais aussi dans l’ordre de la vie privée et de l’intime : précisément les terrains où elle avait opéré son repli et déployé des stratégies d’emprise compensatoires »

DHL :

À l’heure où les exigences de parité et d’égalité sont devenues incontournables dans tous les domaines de la vie sociale – dans la vie politique, dans l’entreprise, dans la famille, etc. –, ce discours n’est tout simplement plus audible et la posture de déni tenue par l’institution devient de plus en plus insupportable pour un grand nombre de femmes catholiques qui s’éloignent de l’Église justement pour cette raison. 

JLS :

Vous avez parlé de l’« obsession ancestrale et patriarcale de la pureté des femmes ». Mais la pureté en un autre sens a aussi beaucoup préoccupé l’Église. Beaucoup de ceux qui y ont été socialisés ont gardé de mauvais souvenirs du catéchisme de la « pureté ». Dans les années 1950 encore, quand on apprenait ou se préparait à se confesser, il y avait un seul péché vrai- ment important : l’impureté, pour laquelle s’effaçait la distinction entre péchés véniels et péchés mortels. Tout était grave, et le coupable « en pensées, en paroles et en actes » devait vivre sous la menace de finir dans l’enfer éternel. Bien entendu, tout cela était plus d’une fois aggravé dans le cadre familial, où ce catholicisme puritain était intériorisé. 

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DHL :

Ce dont vous témoignez permet toutefois de comprendre la cohérence de cette fixation sur la « pureté » : elle établit le lien entre, d’un côté, la mise au pinacle du clerc, que son célibat autant que son ordination installent dans un état « sacré », supérieur et séparé, et, de l’autre côté, l’obsession catholique du contrôle des corps, que la sexualité – en dehors du seul cadre conjugal ordonné à la procréation – menace en permanence d’enfoncer dans la déchéance. Les femmes, dans cette logique, sont doublement en ligne de mire, à la fois comme créatures « faibles », car plus proches de la « nature », et comme tentatrices et fauteuses de chute. Quoi qu’il en soit des aménage- ments apportés, avec le temps et l’évolution du monde, dans la manière d’aborder ce thème de la « pureté » (et cette vision de la féminité !), cette cohérence reste parfaitement visible dans le blocage de l’Église sur l’ordination des hommes mariés et des femmes. Et l’on voit bien pourquoi les deux questions sont, quoi qu’on en dise, inséparables : elles engagent l’une et l’autre la définition de la « sacralité » de l’état clérical 

Copyright Danièle Hervieu-Léger et Jean-Louis Schlegel « Vers l’implosion » Entretiens sur le présent et l’avenir du catholicisme ( éditions du Seuil), 400 pages/33,50 euros.

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