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L’arbre Gallet qui cachait la forêt de la gabegie de l’audiovisuel public
©Reuters

S’il n’y avait que ça

L’arbre Gallet qui cachait la forêt de la gabegie de l’audiovisuel public

Baisse du financement public, effondrement du marché publicitaire, concurrence du numérique, l'audiovisuel public français apparaît en difficulté. Si l'affaire des dépenses de Mathieu Gallet, PDG de Radio France, a mis un coup de projecteur sur la Maison ronde, le fonctionnement de France Télévisions et le rôle de l'Etat pourraient aussi être pointés du doigt.

Francis Guthleben

Francis Guthleben

Francis Guthleben est un journaliste d'investigation. Il est auteur, écrivain, réalisateur. Il a publié Scandales à France Télévisions aux éditions JC Gausewitch. Il vient également de publier Enceint ! Journal d'un futur père

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Atlantico : La grève qui s'éternise à Radio France n'a pas été décidée en réaction aux révélations du "Canard enchaîné" sur le montant des travaux de rénovation du bureau de Mathieu Gallet. Le préavis avait été déposé avant cet épisode. L'affaire Gallet pourrait-elle finir par éclipser les origines bien plus lointaines des difficultés financières de Radio France ?

Francis Guthleben : Le point de départ de la crise est l’annonce par Mathieu Gallet du trou budgétaire de plus de 50 millions d’euros à l’horizon 2017. Il a proposé la fin de la diffusion en longues et moyennes ondes, la fusion ou le départ d'un des deux orchestres de Radio France, la location d'espaces de la Maison de la radio pour de l'événementiel. Il a aussi évoqué un plan de départs de 200 à 300 salariés. Ce dernier point a mis le feu aux poudres. A la mobilisation syndicale s’est ajoutée une lettre ouverte des producteurs de France Inter, France Culture et France Musique. C’est à qui aura la peau de Mathieu Gallet.

Fleur Pellerin s'est montrée très ferme à l'égard de Matthieu Gallet. Comment expliquer que la situation économique de Radio France n'ait pas entraîné en amont davantage de réactions de la part du ministère ?

Nous sommes dans la caricature du fonctionnement de l’audiovisuel public. L’État n’est pas intervenu plus tôt par crainte de remous sociaux et pour ne pas froisser le lobby culturel. Mathieu Gallet, qui avait réussi à réformer l’inamovible INA, a osé aborder le dossier. Cela ne lui a pas été pardonné. La ministre de la Culture semble avoir choisi le camp des syndicats et l'Inspection générale des finances (IGF) a ouvert une enquête sur les dépenses de la présidence de Radio France. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel, qui a nommé Mathieu Gallet l’année passée, met aussi la pression sur lui.

Tout cela est aussi scandaleux qu’indécent, alors que Mathieu Gallet tentait précisément de mettre de l’ordre dans la grande maison ronde avec malheureusement le faux pas relatif à la réfection de son bureau.

Dans quelle situation financière se trouve l’autre branche de l'audiovisuel public, France Télévisions ?

Les ressources publiques de France Télévisions ont augmenté de 23% entre 2005 et 2014. Les dépenses de personnel ont progressé de 23 % en valeur entre 2010 et 2014. Le coût de la grille des programmes a lui augmenté de 16 % en dix ans.

Le coût du point d’audience de France Télévisions a augmenté de 38 % entre 2007 et 2013. Celui de France 3 seul a augmenté de 63 %. Dans le même temps, le coût du point d'audience de M6 a baissé de 6 %, et celui de TF1 a baissé de 2 %.

Tous ces éléments figurent dans un rapport interministériel remis début mars. 

Mais comment les budgets sont-ils encadrés ? Qu'en est-il du suivi des objectifs fixés aux présidents de ces entités ? Qu'en dit la Cour des comptes ?

Radio France comme France Télévisions sont soumis à des "Contrats d’objectifs et de moyens". Chaque année un rapport d’information est présenté à l’Assemblée nationale. En septembre 2013, il pointait pour la télévision publique : "Des efforts insuffisants sur les coûts de structures, des lacunes importantes dans la gestion des effectifs".

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel est lui aussi censé surveiller l’audiovisuel public. Mais, par exemple, il a fallu attendre l’imminence de la fin du mandat de Rémy Pflimlin pour qu’il présente un "Bilan quadriennal des résultats de France Télévisions". Ce rapport est très sévère.

Aucune sanction n’a jamais été prise et le président de France Télévisions, avec son bilan catastrophique, est candidat à sa propre succession. Nommé par Nicolas Sarkozy, Rémy Pflimlin a réussi à se maintenir sous François Hollande et a retourné sa veste au point de ne pas être mis en cause par le gouvernement. Mathieu Gallet n’a pas droit à cette clémence.

On se souvient de la crise ouverte à la tête de l'audiovisuel extérieur sous l'ère Ockrent. Pourquoi la gouvernance de l'audiovisuel public est-elle si problématique ?

La réponse est somme toute assez simple : "L’audiovisuel public, tout le monde en a besoin, tout le monde s’en sert et personne ne veut prendre le risque de se fâcher avec lui".

Je m’explique… Quel que soit le mode de désignation des présidents de France Télévisions et de Radio France l’ombre du pouvoir en place n’est jamais bien loin. Dès l’origine, les liens sont donc incestueux.

Ensuite, le président de France Télévisions est sous la pression constante des sociétés de production privées. À défaut d’être des champions de l’entrepreneuriat, elles ont un fort pouvoir de nuisance.

Enfin, les dirigeants successifs de l’audiovisuel public ont lâché du lest aux syndicats au point que la moindre action passe par des accords des organisations professionnelles.

Un exemple : depuis 2008, les rédactions de France 2 et de France 3 doivent fusionner pour gagner en efficacité, en cohérence et réaliser des économies. Cette fusion n’est toujours pas en place. Les salariés ont bloqué le processus, les dirigeants de France Télévisions  sont allés de reculades en reculades.

Tout cela conduit lentement l’audiovisuel public à sa perte, à moins de designer enfin un président de France Télévisions non pas réputé pour sa docilité, mais pour son courage, son volontarisme et son désintéressement pour conduire la télévision publique vers de nouveaux horizons. Mais je crains que mon vœu soit utopique.

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