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Annalena Baerbock, Robert Habeck, Olaf Scholz et Christian Lindner après une dernière session de pourparlers pour le gouvernement de coalition.
Annalena Baerbock, Robert Habeck, Olaf Scholz et Christian Lindner après une dernière session de pourparlers pour le gouvernement de coalition.
©ODD ANDERSEN / AFP

Fin de l'ère Merkel

L’Allemagne a un nouveau chancelier social-démocrate et un parti libéral qui tire son épingle du jeu

L’Allemagne va connaître une nouvelle ère politique sous la chancellerie d’Olaf Scholz. Un accord a été trouvé en Allemagne entre les Verts, le parti libéral et le SPD en vue de la formation d'un gouvernement de coalition. Quels sont les principaux enseignements de ce nouveau gouvernement et de cet accord ?

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico : Après seize années de gouvernement d’Angela Merkel, l’Allemagne connait une nouvelle ère politique sous la chancellerie d’Olaf Scholz. Ce mercredi 24 novembre, un accord gouvernemental a été formé distribuant les ministères entre les Verts, le parti libéral et le SPD. Que retenir de ce nouveau gouvernement ? Y a-t-il des éléments étonnants ?

Edouard Husson : Les sociaux-démocrates auraient eu bien des raisons de prendre plus de six postes-clé. Ils ont fait 25% des voix ! Pourtant, ils laissent cinq postes au Verts (15%) et 4 postes aux Libéraux (11%). Olaf Scholz veut montrer la rupture avec l'ère Merkel, au moins sur le style: il sera un vrai chancelier de coalition. Alors qu'Angela Merkel avait tendance à prendre les bonnes idées de ses partenaires et se les attribuer. Pour le reste, les priorités données sont intéressantes: mettre la très gaffeuse Annalena Baerbock, malheureuse tête de liste des Verts, aux Affaires étrangères, donne à penser deux choses: soit on la met à un poste très exposé pour pourvoir la sortir quand elle ne sera pas au niveau; soit la diplomatie ne fait pas partie des priorités allemandes. De fait, l'Allemagne est une grande puissance économique mais refuse d'exercer un leadership diplomatique en Europe ou dans le monde. Il y a ensuite des éléments d'équlibre intéressant. Olaf Scholz va se servir des Libéraux pour contrebalancer les Verts. Un libéral aux transports permettra de ramener les Verts dans le réel quand ils deviendront très idéologues. Au total, on ajoutera cependant que les grandes options de la coalition (regroupement familial, légalisation du cannabis, renforcement du fédéralisme européen, réaffirmation de la primauté de l'OTAN, sortie du charbon en 2030), c'est du "merkelisme sans Angela Merkel". 

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Arrivé avec 11,45% des voix, le parti libéral-démocrate a-t-il réussi un tour de force en se plaçant dans le gouvernement ? Réussira-t-il à faire entendre sa voix entre les Vert et le SPD ? 

Le FDP souhaitait se trouver dans une coalition avec la CDU et les Verts. Mais le Ministre-président bavarois a rendu impossible cette coalition, préférant priver son pays de gouvernement que de laisser Armin Laschet devenir Chancelier. Du coup les Libéraux ont dû accepter d'entrer dans une négociation où ils sont les plus "à droite". Ils s'en tirent plutôt bien. Ils ont réussi à bloquer la réduction de la vitesse sur les autoroutes. Ils ont obtenu le Ministère des Finances, que convoitait Christian Lindner, leur Président. Ils vont être très utiles à Olaf Scholz pour contenir les Verts qui, évidemment, feront pression et chercheront l'appui du Parlement et de la Commission Européenne pour emmener le gouvernement allemand plus loin qu'il ne voudra aller en matière de politique écologiste. 

Dans quelle mesure la répartition des ministères est-elle en adéquation ou non avec l'accord de gouvernement ? Risque-t-il d'y avoir des conflits internes à terme ?

Comme je le disais en commençant les socialistes ont laissé plus de place que ce qu'on pouvait attendre à leurs deux alliés. Mais c'est très intelligent de la part de Scholz, qui mouille ses deux Alliés. Il faut se souvenir que le régime allemand est fondamentalement parlementaire. Il est donc essentiel de souder d'emblée les partis de la majorité. On peut imaginer en effet que, clairement rejetée à droite, la CDU va se refaire une santé après seize ans de vampirisation merkelienne du parti. La CDU a vocation à redevenir un grand parti de droite après quatre mandats d'ordo-progressisme merkelien. Il faut souhaiter que l'on revienne à un débat droite/gauche, pour le bien de la démocratie allemande. La principale différence va venir du style de gouvernement. Scholz dispose d'une indéniable autorité personnelle et il se comportera en chef d'équipe.  

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