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La délégation norvégienne prend part au défilé des athlètes, sous les anneaux olympiques, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de Pékin 2022. 4 février 2022.
La délégation norvégienne prend part au défilé des athlètes, sous les anneaux olympiques, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de Pékin 2022. 4 février 2022.
©Ben STANSALL / AFP

La reine des neiges

JO de Pékin : mais quel est le secret de la Norvège pour rafler autant de médailles d’or ?

La Norvège ne compte que 5,3 millions d'habitants mais se hisse régulièrement au sommet du classement des médailles lors des Jeux Olympiques d'hiver. À Pékin, le pays a déjà remporté 28 médailles dont 13 en or. Comment expliquer un tel succès ?

Franck Lacroix

Franck Lacroix

Franck Lacroix est journaliste, éditeur et chef d'entreprise. Il est directeur de la rédaction de Nordic Magazine, premier média national dédié au nordique (print, web, webTV, application…).

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Atlantico : Lors de ces Jeux Olympiques d’hiver, la Norvège, petit pays d’à peine plus de 5 millions d’habitants, se hisse au sommet du podium et domine tous ses concurrents, avec un total de 28 médailles dont 13 en or. Comment expliquer cette suprématie qui dure depuis plusieurs olympiades ? Peut-on y voir un phénomène culturel ? 

Franck Lacroix : On note cette montée en puissance sur la scène internationale de la Norvège depuis les JO d’Albertville en 1992. Dans le passé, d’autres pays scandinaves raflaient un grand nombre de médailles. Mais, en 1994, les Jeux ont été organisés à Lillehammer. Sous le nom de code « Projet 88 », tout le pays s'est mobilisé pour ne pas renouveler le fiasco de Calgary. La Norvège était rentrée bredouille. Depuis, dans le royaume, les stars se succèdent. Dans ces Jeux Olympiques d’hiver de Pékin, les Norvégiens ont décroché des médailles d’or dans toutes les disciplines nordiques. Johannes Hoesflot Klaebo a raflé l’or sur le sprint et le team sprint, Therese Johaug sur le 10km classique et le skiathlon, Johannes Thingnes Boe est champion olympique sur les deux relais et le sprint, Marte Olsbu Roeiseland en sprint poursuite… Joergen Graabak est, lui, sacré en combiné nordique alors que tous les observateurs s’attendaient à ce qu’un autre Norvégien remporte l’épreuve. 

La Norvège possède donc un vivier très important de grands champions. Cela s’explique d’abord par les conditions météorologiques. Il est bien sûr plus facile de faire du ski en Norvège qu’en France. Une structure permanente, Olympiatoppen, est dédiée en outre à la performance des athlètes, été comme hiver. De quoi gérer au mieux l'argent investi dans le haut niveau. De plus, les jeunes voient les stars norvégiennes comme des idoles et veulent leur ressembler. Le ski de fond et le biathlon se retrouvent dans des médias généralistes comme le football l’est chez nous. On peut aisément parler de phénomène culturel. En conclusion, il y a la neige qui permet de skier assez longtemps, de nombreux événements y compris en été, des clubs, une exposition médiatique très importante, des stars … toutes les planètes sont alignées !

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Jusqu’à quel point la culture des sports d’hiver s’est imprégnée au sein de la société norvégienne ? 

La culture des sports d’hiver est présente dans toutes les strates de la société norvégienne. Par exemple, il y a une forte rivalité entre la Norvège et la Suède et celle-ci est souvent exacerbée dans les programmes télévisés. Il existe en Norvège une sorte de Koh Lanta où une équipe suédoise composée de biathlètes et de skieurs de fond affronte l’équipe norvégienne. Le programme est présenté par des athlètes et diffusé sur une chaîne nationale. Le constat est identique pour les grosses épreuves de ski nordique qui, jusqu'à l'hiver dernier, étaient diffusées par la télévision publique tous les week-ends. Les audiences sont très fortes, l'équivalant de 4-5 millions de téléspectateurs si nous étions en France. Les sports d’hiver se placent donc dans un environnement global favorable. La compétition a lieu dès le plus jeune âge et les fédérations nationales arrivent à détecter sans trop de difficulté les meilleurs éléments du pays. De plus, en Norvège, on compte deux fédérations, l’une pour les sports nordiques, l’autre pour le biathlon, quand nous n’en avons qu’une en France. D’ailleurs, le biathlon s’est développé en France à partir du moment où il y a eu un champion, Martin Fourcade, visible sur une chaîne de télévision gratuite.

Vous parliez des autres pays nordiques. Lorsqu'on regarde le tableau des médailles à Pékin, on remarque que la Suède est 4ème du classement et la Finlande 17ème. Comment expliquer un tel écart ? 

Pour ce qui est de la Finlande, toutes les médailles proviennent du ski de fond. Le pays n’est pas en retrait, mais ne parvient pas actuellement à se diversifier pour autant. Comme dans tous les sports, il faut également voir des effets de génération. En Suède, il y a des stars en fin de carrière qui ont porté certaines disciplines et une nouvelle génération est en train d’arriver. De nombreux experts estiment d’ailleurs que cette jeune génération suédoise sera dans un avenir proche très dangereuse pour les Norvégiens. C’est le cas pour des athlètes comme Frida Karlsson ou encore William Poromaa. De plus, la Norvège comme la Suède sont très bien équipées. Ils possèdent de nombreuses infrastructures comme des tremplins, des stades qui font rêver et proposent de nombreux événements toute l’année. Il n’y a pas un hiver sans Coupe du monde dans les pays scandinaves et particulièrement en Norvège. Pour le biathlon, le feu d’artifice a lieu à Oslo.

Néanmoins, il ne faut pas idéaliser la situation. On entend beaucoup que derrière les stars, c'est plutôt compliqué, notamment pour le ski de fond. Ils sont aussi confrontés à des débats internes et des polémiques. Dans le même temps, le nombre de licenciés en ski de fond chute. Il y avait 56 995 licenciés lors des Mondiaux d'Oslo en 2011, il n'en restait plus que 39 678 en 2020. Quant aux compétitions, elles sont désormais diffusées par le groupe Nent, une télévision payante. Conséquence, il y a moins de monde devant le petit écran.

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