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Jean-Luc Mélenchon a déclaré que le projet de François Hollande correspondait au « tarif superminimum de la gauche ».
Jean-Luc Mélenchon a déclaré que le projet de François Hollande correspondait au « tarif superminimum de la gauche ».
©Reuters

Tarif minimum de gauche

Gauche Mélenchon : "Les vrais réalistes c'est nous, pas la gauche Hollande"

Jean-Luc Mélenchon a affirmé cette semaine que le projet de François Hollande correspondait au "tarif superminimum de la gauche". Porte parole du Parti communiste et soutien du leader du Front de Gauche, Patrice Bessac explique en quoi la gauche de la gauche tranche avec François Hollande.

Patrice  Bessac

Patrice Bessac

Patrice Bessac, né en 1978, est porte-parole du PCF et membre du conseil régional d’Ile-de-France.

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Atlantico : Jean-Luc Mélenchon a déclaré que le projet de François Hollande correspondait au « tarif superminimum de la gauche ». Comment interpréter précisément cette formule ?

Patrice Bessac : Cela veut dire une chose simple : la crise n’est pas finie, en 2012 nous allons avoir une pression ultra forte des marchés et des banques pour que la France réduise encore un peu plus son niveau de dépenses publiques ainsi que le niveau des droits des salariés. Dans ce cadre, si on s’en tient à une politique a minima, si on ne met pas en place un gouvernement de combat contre les marchés financiers et les banques, alors la gauche ne servira qu’à faire le sale boulot.

Or, nous, nous voulons desserrer l’étau des marchés qui pèse sur les démocraties. Par conséquent, dire aux Français  qu’il suffit de mieux que gérer la France que Nicolas Sarkozy, est un mensonge. Il faut se dégager de la simple « gestionnite » en remettant l’économie à l’endroit – c’est-à-dire en la faisant partir par le travail – sinon on se fera « bouffer » par la situation internationale. Au fond, ce que nous demandons à toute la Gauche pour tout le pays, c’est de changer les conditions financières de gestion de l’argent. Le défi principal consiste à ce que le suffrage universel tienne en laisse les marchés financiers.

 

Dans ce contexte, François Hollande est-il suffisamment « de gauche », selon vous ?

Il a une trouille monstre de ne pas apparaître comme raisonnable. Mais ce qui aujourd’hui est déraisonnable c’est le laisser-faire, c’est laisser notre pays continuer à se désindustrialiser, à laisser les banques ne pas faire leur travail dans le financement des PME… Les petits patrons nous le disent : ils sont pris à la gorge par ces banques devenues de véritables rapaces.

François Hollande appartient à la gauche. Mais il y a tellement longtemps que la gauche n’a pas incarné un projet nouveau, que le Parti socialiste et son candidat à la présidentielle sont sans doute trop rouillés pour imaginer autre chose que le train-train gestionnaire ! C’est notre rôle de dérouiller la gauche toute entière pour qu’elle soit dans une logique de changement. Il faut réincarner l’espoir. Nous sommes d’incurables optimistes.

Au final, face à Nicolas Sarkozy, il y aura une gauche rassemblée dont François Hollande est bien évidemment l’un des partenaires essentiels. Mais vouloir une politique de gauche ne se décrète pas. Ce n’est pas parce qu’on se dit de gauche que l’on change les choses.

 

La gauche n'en reste-t-elle pas trop dans la seule incantation ?

Non. Prenons un exemple : nous payons des intérêts à des banques auxquelles la puissance publique a déjà beaucoup versé via la Banque centrale européenne. Le cas de la Grèce est en ce sens révélateur. Il y a une mesure très simple à prendre qui consiste à ce que la Banque centrale européenne achète directement la dette des Etats afin que nous puissions diviser le coût de la dette. C’est ce que font les Etats-Unis, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas le faire nous. La solution de sortie de crise passe par prendre l’argent là où il est inutile socialement pour le rendre utile.

 

Encore faut-il pouvoir se mettre d’accord avec nos partenaires européens pour mener cette politique…

La France est un grand pays. De toute façon, si nous poursuivons cette politique, nous allons dans le mur. Il n’y a donc aucun risque à changer de politique et à remettre l’économie sur les bons rails de la valorisation du travail. Certes, il faudra convaincre nos partenaires européens, engager un bras de fer, mais nous l’avons fait dans le passé avec des gens courageux, sur la question de l’OTAN ou de la PAC : désormais il faut s’occuper de la question financière.

Les vrais réalistes aujourd’hui, c’est nous ! Tout le monde sait que sans volontarisme, sans esprit de rupture, nous ne sortirons pas de la crise actuelle et que nous accepterons de baisser encore un peu plus le coût du travail, de laisser exploser le marché immobilier, etc.

Or certaines mesures peuvent être prises tout de suite. Nos banques ont besoin d’être recapitalisées ? Que la puissance publique entre donc dans leur capitalisation afin d’orienter leurs investissements davantage vers les PME que dans les marchés. On peut le faire sans demander la permission de personne.

 

Dans une interview à Médiapart, Jean-Luc Mélenchon déclarait cette semaine : « le problème de la gauche est de savoir comment parler aux millions de gens qui pensent que tous les politiques sont pareils ». N’est-ce pas là le problème principal de la gauche : séduire les classes populaires qui se sont tournées vers le FN ? Comment faire ?

C’est faux d’affirmer qu’une grande partie de la classe populaire vote FN. Malheureusement, leur électorat est beaucoup plus large. Surtout, le plus grand parti de France aujourd’hui c’est l’abstention. C’est cet électorat qui faut remobiliser. Pour cela, que nous cherchons à les convaincre que la gauche est décidée à ne faire aucun cadeau à ceux qui, sans travailler, gagnent de l’argent sur ceux qui travaillent. Il faut donc une gauche ferme sur la question des salaires, ferme sur le coût du logement, et qui ne se contente pas de jolis mots mais montre qu’elle a les moyens d’imposer une politique nouvelle.

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