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Investissements : un échec total de François Hollande qui en avait pourtant fait sa priorité
©Reuters

Accident industriel

Investissements : un échec total de François Hollande qui en avait pourtant fait sa priorité

Dans une interview publiée le 29 juin chez Les Echos, François Hollande est notamment revenu sur l'investissement, tant privé que public, qu'il juge être sa priorité et dont il faudrait renforcer le soutien.

Sarah Guillou

Sarah Guillou

Sarah Guillou est économiste à l’OFCE dans le domaine de l’économie internationale et des politiques publiques affectant la compétitivité des entreprises. Son travail mobilise l’exploitation statistique de bases de données d’entreprises et de salariés ainsi que les données de commerce international par pays. Une partie de ses recherches porte sur les politiques industrielles et les politiques commerciales.

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Atlantico : Peut-on réellement considérer que l'investissement, en France a pu bénéficier d'un soutien de la part du gouvernement ? Comment analyser le fait que l'investissement public, en % de PIB, est aujourd’hui au plus bas depuis les années 50 ?

Sarah Guillou : Le soutien de l’investissement est politiquement correct à gauche. Il n’a constitué une priorité que tardivement. Il y a eu en effet dans la deuxième partie du mandat de F. Hollande une volonté de soutenir l’investissement des entreprises notamment dans les machines et les équipements à travers le dispositif du sur-amortissement. Ce dispositif mis en place pour les investissements du 15 avril 2015  au 15 avril 2016 instaure un sur-amortissement de 40% permettant aux entreprises d’amortir les investissements à hauteur de 140% de leur valeur. Il a été récemment prolongé. On sait que ce type de dispositif a surtout pour effet d’anticiper des investissements, ou de créer des effets d’aubaine. C’est pourquoi, en général l’échéance du dispositif est proche, puis on la prolonge. Il est en général peu efficace pour créer seul une dynamique générale et nette d’augmentation des investissements productifs, mais constituent un encouragement pour les plus téméraires des entreprises.

Quand aux investissements publics, ils ont été très limités par les contraintes budgétaires au niveau de l’Etat et reportées sur les collectivités locales dont les capacités d’investissement ont été fortement réduites. Certes il y a bien eu le programme des "investissements d’avenir" et le fort engagement à s’inscrire en très bonne position dans l’accès au financement du plan Juncker, mais la Présidence de François Hollande ne sera pas marquée par des investissements publics remarquables. Reconnaissons que le contraire lui aurait été reproché.

Sur le long terme, l’évolution du taux d’investissement (et non du niveau) reflète les changements de spécialisation et de la nature des investissements. Notamment, des investissements incorporels comme la R&D ont pu se substituer aux investissements corporels sur longue période et ces derniers ne sont pas comptabilisés dans le capital fixe. La désindustrialisation est aussi une autre source de ce changement. Il est certain que le système productif a des besoins en capital qui évoluent fortement en un demi-siècle.

En quoi la faiblesse de l'investissement, en France, peut elle nuire à la croissance future du pays ? L'investissement public peut il jouer un rôle de courroie de transmission pour l'investissement privé ? 

L’investissement est un indicateur très puissant de la conjoncture économique. Il révèle les projections des entreprises et ainsi il annonce la croissance future. Par ailleurs, il est la matière première du capital productif qui déterminera les gains de productivité. Sans investissement, on ne peut guère améliorer la productivité des heures travaillées. C’est pourquoi le niveau de l’investissement est scruté avec beaucoup d’attention.

Ceci étant on manque de précisions sur la nature de l’investissement. En dehors de l’enquête sur les investissements de l’INSEE qui interroge les entreprises de l’industrie sur les raisons de l’investissement, il n’est pas facile de discriminer entre les investissements de remplacement, les investissements de capacité ou encore les investissements pour améliorer la productivité. Une même augmentation de l’investissement peut avoir des incidences différentes selon sa nature.

En ce qui concerne l’investissement public, il se réalise le plus souvent dans les infrastructures. Il a un impact à moyen-long terme sur la compétitivité des entreprises (par exemple infrastructure aéroportuaire), à court terme il peut permettre de relancer le secteur de la construction dont la croissance irrigue de nombreux autres secteurs. Si ces investissements ont un effet positif sur l’activité alors ils peuvent en conséquence stimuler l’investissement privé.

Comment pourrait-on inverser la situation aujourd'hui ; et dans quelle échelle de temps ? Quelles sont les méthodes les plus efficaces pour relancer l'investissement dans le pays, aussi bien en termes macroéconomiques que microéconomiques ?

Etant donnée la valeur critique de cet indicateur et à défaut de pouvoir relancer l’investissement public, une politique qui serait efficace pour impulser un changement d’échelle de l’investissement privé sera très précieuse et mériterait d’être partagée par tous les gouvernements. Malheureusement, une telle politique n’existe pas car l’investissement est proprement une variable endogène, c’est-à-dire une variable qui résulte du système économique et principalement de la croissance. Le processus d’investissement est un cercle vertueux mais la porte d’entrée d’un cercle en mouvement n’est pas toujours là où on l’attend.

Les déterminants exogènes de l’investissement que sont les taux d’intérêt, l’accès au crédit et au financement et la fiscalité ont des rôles secondaires par rapport à la croissance et à l’anticipation d’une augmentation des carnets de commande. Les taux d’intérêt sont au plus bas, les contraintes d’accès au crédit ne sont pas du côté de l’offre, et on voit bien que cela ne suffit pas. 

Toutefois les entreprises ne sont pas toutes dans le "Désert des tartares" en attente d’une croissance qui ne vient pas. Leur investissement résulte pour un grand nombre d’une stratégie de croissance et de conquête des marchés. C’est la projection des entreprises non seulement dans leurs propres marchés mais aussi dans de nouveaux marchés qui entraîne les investissements. Dans ce cas, un environnement fiscal stable et favorable à l’investissement ne peut être que positif. Le CICE a participé à la restauration des marges, sa pérennité est un signal positif pour l’investissement futur.

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