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Tabou

Infertilité masculine : pourquoi il est urgent de prendre en compte la souffrance des hommes concernés

L'institut britannique, Fertility Network UK a interrogé les hommes sur la prise en charge de leurs problèmes d'infertilité. Les soins sont encore très majoritairement destinés aux femmes. Le sujet est tabou dans la société.

Atlantico : Le réseau de charité Charity Network UK a sondé des hommes concernant les soins qu'ils recevaient pour traiter leurs problèmes d'infertilité. Les résultats montrent que les hommes se sentent exclus des soins qui, ces derniers sont principalement orientés pour les femmes. Comment expliquer que les hommes ne ressentent pas cette écoute dont ils ont besoin de la part des services de santé ? Ce manque d'écoute est-il répandu en France notamment ?

Michelle Boiron : On revient de très loin concernant les problèmes d’infertilité du couple. Il n’est pas éloigné le temps où c’était forcément un problème venant de la femme. Aujourd’hui la stérilité n’est plus la maladie de la femme ou de l’homme mais celle du couple. Les examens de contrôle sont quasiment systématiquement fait des deux côtés ce qui permet d’éviter de stigmatiser l’un ou l’autre avant de connaître les résultats et aussi de gagner un temps précieux eu égard aux traitements qui seront longs et difficiles. Quand le couple s’inscrit dans cette démarche d’aide médicale à la procréation il s’engage dans un parcours du combattant auquel ils ne sont pas préparés. On parle “d’aide” alors que parfois cela va jusqu’à la substitution du spermatozoïde ou de l’ovocyte. Le bilan médicale pour l’homme se résume le plus souvent par un recueil de spermatozoïdes. Deux épreuves : la première, les conditions de recueil du sperme dans une petite pièce aidé par des images qui sont censées accélérer l’émission du sperme. La deuxième le résultat. S’il montre une défaillance de la qualité du sperme sur le nombre, la mobilité ou la vivacité, dès lors l’homme éprouve un sentiment qui affecte sa virilité. Il se sent souvent honteux, coupable et la confiance en eux est atteinte. Le tabou de l’infertilité masculine reste hélas souvent connectée à l’impuissance masculine. C’est pourquoi le couple garde souvent ce secret pour lui après avoir longuement réfléchi aux conséquences sur le regard de leur entourage. Nombre de familles et d’amis ne sont pas au courant. Dans le cas de don de spermes les conséquences sur l’enfant à venir en terme de génétique est à questionner. On voit dans nos cabinets de thérapie de couples un petit nombre d’hommes qui viennent seuls pour être aidé dans cette épreuve. La plupart du temps il faut reconnaître que ce sont plutôt les femmes qui nous sont adressées par les gynécologues. C’est le travail du thérapeute de convoquer le couple et aussi l’homme seul selon le cas.

Les hommes étant les premiers concernés par ce problème, comment peuvent-ils être améliorés. Que peuvent faire les médecins et les personnels hospitalier pour progresser sur cette prise en charge des hommes ?

Le traitement de l’infertilité des hommes reste encore un sujet moins médiatisé que l’infertilité des femmes. Le sujet reste tabou. Pour les hommes on évoque plutôt une responsabilité extérieure notamment de l’environnement autour des perturbateurs endocriniens. Néanmoins eux le vivent dans leurs corps. Le spermogramme est déterminant pour la suite des protocoles et le sujet reste volontairement flou dans le monde médical pour l’homme. Il sera ensuite dans une position plutôt passive pendant la suite des traitements pour la PMA. Il serait donc vraiment très important de leur expliquer ce qui se passe réellement pour leur laisser prendre une part active dans ce projet de grossesse qui semble leur échapper. On peut noter un surinvestissement des femmes qui se mobilisent pour accélérer et réussir le projet d’enfant alors que l’homme reste un peu à l’écart. La sexualité du couple est souvent mise à mal ou bien considérée comme stérile... une fois le diagnostic prononcé si c’est l’homme qui s’avère porter le symptôme. Lorsque la femme est fertile c’est elle qui va subir toutes les interventions et les traitements qui vont être très lourds. Se rajoute une prise de poids qui va à ses yeux la rendre moins désirable. On voit que le couple est dans une grande souffrance. Il est impératif que l’homme soit aussi aidé psychologiquement pour ne pas perdre ce qui le constitue comme être virile dans les croyances depuis la nuit des temps. Le projet d’enfant ne doit pas anéantir la sexualité du couple pendant cette longue période. On a vu des miracles se produire et une femme tomber enceinte alors que le diagnostic d’infertilité était avéré. La thérapie peut aider le couple à ne pas renoncer à faire l’amour pour se laisser une chance. Les hommes viennent beaucoup consulter seul pour des problèmes liés à la sexualité en revanche beaucoup moins pour l’infertilité. Précisément parce que le sujet reste tabou. Il faut lever le voile sur l’infertilité masculine et leur proposer une aide. Pour certains d’entre eux ce n’est pas un luxe! 

Quelle est l'importance de l'écoute et de l'attention portée aux patients souffrant de problèmes d’infertilité ? 

Il est très important d’adapter le discours que l’on doit tenir aux patients hommes en corrélation avec les nouvelles données sur l’infertilité masculine qui tend à augmenter depuis les 40 dernières années dans notre pays. Le nombre moyen de spermatozoïdes a diminué de moitié. Sans être alarmiste les scientifiques s’interrogent sur ce déclin. Le tabou de l’infertilité semble atteindre aussi les hommes. Les pays industrialisés sont plus touchés. Les hommes qui sont instruits et qui se tiennent informés seront moins impactés dans leur virilité par cette infertilité qui serait le résultat de notre mode de vie avec en tête les perturbateurs endocriniens. Notre discours face à la procréation doit évoluer précisément parce qu’il semble moins évident en 2017 de procréer naturellement . C’est aussi lié en partie à l’âge auquel on décide aujourd’hui de faire un enfant qui est en net recul. L’information doit circuler et le voile doit être levé sur la difficulté de procréer aujourd’hui. Il apparaîtrait d’après Robert Frydman que « Pour un homme et une femme en bonne santé, ils n’ont que 25% de chances d’avoir 9 mois après, un enfant ». Si l’on ajoute à ce phénomène la séparation entre la relation sexuelle et la reproduction on peut mesurer à quel point il va falloir adapter nos comportements, nos discours et nos modes de vie si l’on veut maintenir coûte que coûte une sexualité reproductive naturelle. Alors que l’information circule pour l’homme comme pour la femme sur leurs chances de procréer avec un discours sans tabou pour le couple. Ne pas être alarmiste. Il faut peut être un supplément d’âme et d’amour pour que la magie de la reproduction se produise. Naturellement ou avec l’aide médicale. Peut être une certaine humilité pour l’humain et le monde médicale qui ne peut pas palier à toutes les déficiences humaines. Consulter un spécialiste pour se faire aider si le chemin est trop difficile pour le couple.

 

 

 

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