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L'accroissement des inégalités continue, au profit des populations les plus âgées.
L'accroissement des inégalités continue, au profit des populations les plus âgées.
©JOEL SAGET / AFP

Atlantico Business

Il existe une génération dorée de la richesse en France : il faut avoir entre 70 et 74 ans, ce qui n’est guère profitable à l’activité économique

L’Insee vient de publier son rapport sur les Revenus et Patrimoines des ménages, et l’accroissement des inégalités continue, au profit des populations les plus âgées. Des populations trop prudentes pour soutenir l’activité.

Aude Kersulec

Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L’Insee mesure, dans son rapport sur les Revenus et Patrimoines, aussi bien les tendances longues d’évolution de richesses des ménages que les effets conjoncturels de la crise du Covid. Alors que le redémarrage de l’économie est toujours en cours, l’Insee fait au moins quatre constats assez spectaculaires sur la répartition de la richesse en France.

1er point : La richesse augmente, mais pas là où on l’attendrait. Les riches ont vieilli.

En France, la richesse vient à ceux qui peuvent attendre. En moyenne, le pic de richesse d’un individu, le moment où son patrimoine est à son plus haut, survient après ses 70-74 ans, contre 50-54 ans auparavant.

C’est aujourd’hui la génération des 70-74 ans qui est considérée comme la plus riche, mais si l’on considère les données anciennes de l’Insee qui, il y a une dizaine d’années après la crise financière de 2008, nous disait que c’était celle qui avait entre 60 et 64 ans, et il y a plus de 20 ans, les individus ayant entre 50 et 54 ans, on s’aperçoit que c’est finalement une même tranche d’âge qui ne cesse de s’enrichir de décennie en décennie, surclassant toutes les autres classes d’âge. Une catégorie qui profite aussi de l’allongement de la durée de vie. Il existe donc une génération dorée de la richesse en France qui n’est pas prête d’être détrônée.

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2ème constat : l’épargne et le patrimoine ne sont pas utilisées de manière dynamique

La richesse intervient de plus en plus tardivement, mais cela signifie surtout que les individus les plus riches et donc les plus capables d’investir sont les retraités et non les actifs.

Or, les retraités n’ont pas le même horizon, ni la même envie de prise de risque que les actifs, et donc l’épargne n’est pas investie de manière aussi dynamique. Beaucoup de livrets bancaires et peu d’investissement dans les entreprises.

On pourrait pourtant s’attendre à un comportement inverse. Plus on vieillit et plus on s’enrichit et moins on a de besoins, mais on a aussi moins d’engagements et moins de responsabilités, ce qui serait plutôt profitable à la prise de risque.

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Au contraire, on retrouve aujourd’hui une génération de seniors confortablement installés, ultra prudents et conservateurs.

3ème constat : le Covid a accéléré les inégalités de patrimoine.

La crise sanitaire et les restrictions d’ouverture des activités économiques ont engendré un pic d’épargne sans précédent. Contre généralement 14% de leur patrimoine qui sont épargnés, les Français ont, pendant le Covid, mis plus de 21% de leur revenu. L’épargne financière a, elle aussi, été à son plus haut niveau, à plus de 11%.

Le patrimoine des Français a globalement augmenté de 8% en 2020, contre 5% l’année précédente.

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L’effet Covid a donc augmenté l’épargne des Français, mais dans les faits, il y a beaucoup d’inégalités dans les populations les plus aptes à mettre de l’argent de côté. La moitié des ménages a réussi à économiser environ 800 euros, quand le pactole Covid des 5% les plus riches se monte à 21 000 euros. Pour autant, en termes de proportions, ce sont les ménages au patrimoine initial le plus faible qui ont vu leur patrimoine le plus augmenté.

4ème constat : l’évolution dépend aussi du profil des ménages.

Ce sont les indépendants et les salariés du privé en dessous de 40 ans, qui ont pu être le plus affectés par des baisses de revenus. Près d’un ménage sur deux réussissait, en juin 2020, à mettre de l’argent de côté, quand 25% des ménages déclaraient puiser sur leurs réserves ou s’endetter. Cette proportion est plus forte quand il y a au moins un indépendant dans le ménage.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cet accroissement des inégalités.

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D’abord, la forte valorisation des actifs immobiliers, depuis 20 ans, qui fait grossir le patrimoine des propriétaires, en moyenne de 150%. Sachant que les biens immobiliers représentent plus de 70 % du patrimoine des ménages les 50% les plus riches, et que les ménages les moins dotés sont très peu détenteurs d’immobilier.

Ensuite, les cours boursiers, même s’ils sont plus volatiles, sont capables de faire gonfler les patrimoines des plus riches. Les 5% des patrimoines les mieux dotés détiennent davantage de patrimoine professionnel, parts de capital d’entreprise, et ce sont des actifs qui ont suivi la flambée des bourses mondiales.

Enfin, il y a la chute de la consommation. Plus on vieillit, moins on consomme, sauf des produits et services de santé, lesquels sont financés par les assurances et les mutuelles.

Cette mainmise de la richesse par une population qui vieillit n’est pas nécessairement bon signe pour l’économie et les investissements de demain. Une économie qui vieillit est une économie moins innovante, qui prend moins de risque, et qui peut très vite se faire déclasser au niveau mondial.

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La France est déjà entrée dans cette spirale depuis une vingtaine d’années et aucune mesure « spéciale Covid », qui consisterait en une nouvelle exonération de donation jusqu’à un certain montant, ne sera finalement prise par le gouvernement pour faciliter les transferts entre générations, idée qui avait largement été critiquée par la gauche.

Les riches seniors peuvent donc continuer de consommer pour leur bien-être personnel, sans transmettre à leur entourage, et sans investir sur l’avenir. Un peu comme dans le film de René Allio dans les années 60, La Vieille dame indigne, où le personnage principal du film qui a atteint l'âge vénérable de 70 ans et qui plus est, vient de devenir veuve, retrouve ses envies de libertés et dilapide tout son argent, au grand désarroi de ses enfants…

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