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Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen lors d'une réunion à Bruxelles. Le chef de l'Etat va s'exprimer ce lundi au théâtre de l’Odéon à l’occasion des 25 ans de l’Institut Jacques Delors.
Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen lors d'une réunion à Bruxelles. Le chef de l'Etat va s'exprimer ce lundi au théâtre de l’Odéon à l’occasion des 25 ans de l’Institut Jacques Delors.
©OLIVIER HOSLET / POOL / AFP

Impulsion citoyenne

Guillaume Klossa : « Les sociétés européennes convergent beaucoup plus rapidement que leurs élites politiques »

Tour d’horizon de l’état de l’Union alors qu’Emmanuel Macron devrait prononcer ce lundi un discours à l’Institut Jacques Delors pour évoquer la présidence française à venir de l’UE.

Guillaume Klossa

Guillaume Klossa

Penseur et acteur du projet européen, dirigeant et essayiste, Guillaume Klossa a fondé le think tank européen EuropaNova, le programme des « European Young Leaders » et dirigé l’Union européenne de Radiotélévision / eurovision. Proche du président Juncker, il a été conseiller spécial chargé de l’intelligence artificielle du vice-président Commission européenne Andrus Ansip après avoir été conseiller de Jean-Pierre Jouyet durant la dernière présidence française de l’Union européenne et sherpa du groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe (Conseil européen) pendant la dernière grande crise économique et financière. Il est coprésident du mouvement civique transnational Civico Europa à l’origine de l’appel du 9 mai 2016 pour une Renaissance européenne et de la consultation WeEuropeans (38 millions de citoyens touchés dans 27 pays et en 25 langues). Il enseigne ou a enseigné à Sciences-Po Paris, au Collège d’Europe, à HEC et à l’ENA.

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Un des meilleurs praticiens politiques de l’Union et de ses Etats-membres, Guillaume Klossa a été au cœur des grands dossiers politiques européens depuis près de deux décennies. Conseiller de Jean-Pierre Jouyet lors de la présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE) de 2008, il a accompagné ensuite le groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe au Conseil européen présidé par l’ancien premier ministre espagnol Felipe Gonzalez en pleine crise économique et financière. A la demande du président Jean-Claude Juncker, il a été nommé conseiller spécial de la Commission européenne sur la régulation des GAFA, la souveraineté technologique et l’utilisation des technologies numériques clés comme l’intelligence artificielle et la blockchain. Il a ainsi préparé le terrain politique pour le DMA et le DSA. Ces deux projets de régulation des GAFA doivent aboutir pendant la PFUE. Dirigeant d’entreprise, essayiste, président émérite d’EuropaNova, il préside le mouvement démocratique Civico Europa.

Atlantico : Emmanuel Macron intervient ce lundi au théâtre de l’Odéon à l’occasion des 25 ans de l’Institut Jacques Delors. Il devrait évoquer les grandes lignes de la présidence française de l’UE au premier semestre 2022. La dernière présidence de la France était en 2008 mais l’impact institutionnel et politique de ce rôle est moindre aujourd’hui qu’à l’époque, pourquoi ? Et cela signifie-t-il qu’Emmanuel Macron en se positionnant comme président de l’Europe est en train de faire de la com’ franco-francaise beaucoup plus que de la politique européenne ?

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Guillaume Klossa : Jusqu’en 2008, le pays qui présidait l’Union européenne exerçait de fait deux présidences, celle du Conseil européen, qui rassemble les chefs d’Etat et de gouvernement et qui est l’instance d’orientation politique de l’Union et celle du Conseil de l’Union européenne qui est une instance législative qui codécide aujourd’hui les lois européennes avec le Parlement européen. Nicolas Sarkozy était ainsi devenu au deuxième semestre 2008 président en exercice du Conseil européen et disposait d’un vrai pouvoir d’impulsion politique et d’une capacité de négociation en matière de politique étrangère européenne. Les crises économiques et géopolitiques qui sont survenues durant sa présidence lui ont permis de démultiplier avec un succès certain l’influence de la France en Europe. Il a également mené à bien la première négociation climatique européenne, le Paquet Energie Climat, qui a permis la réussite de la COP de Paris et a contribué à imposer le leadership européen en matière climatique. L’exercice de présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE) était, quant à lui, piloté avec empathie par son ministre des Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, ancien directeur de cabinet de Jacques Delors à la présidence de la Commission européenne, peu porté sur les discours mais plus sur l’engagement de nos partenaires européens et de la société civile pour créer les conditions de réussite de la PFUE de 2008.

Depuis la mise en œuvre du traité de Lisbonne en 2009, il n’y a plus de présidence tournante du Conseil européen mais un président permanent. C’est depuis 2019 l’ancien premier ministre belge Charles Michel qui est le président en titre du Conseil européen. Par ailleurs en matière de politique étrangère, les pouvoirs qu’exerçait le président du Conseil européen « tournant » ont été partagés entre le président du Conseil européen et le haut représentant, qui fait office de ministre des Affaires étrangères de l’Union, en l’occurrence l’espagnol Josep Borrell. Quant au Conseil de l’Union européenne, ce sont les ministres du pays qui exerce la présidence semestrielle qui président les conseils des ministres européens spécialisés. Leur mission est de faire avancer les négociations sur des sujets qui sont à l’agenda politique européen. Cet agenda ne dépend pas de la France seule mais a été fixé de longue date dans le cadre d’un accord entre les Etats membres, la Commission et le Parlement européen.

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Aussi, contrairement à ce que l’on entend dans certains médias, Emmanuel Macron ne sera donc pas président de l’Europe et n’aura qu’une marge de manœuvre limitée. Il a en revanche la capacité de mettre un coup de projecteur, de communiquer plus particulièrement sur certains dossiers qui sont à l’agenda européen. A priori, il devrait mettre en lumière des sujets comme la régulation des GAFA, la mise en œuvre concrète du Green deal européen qui conditionne la capacité de l’Union à respecter ses engagements climatiques et préserver le leadership mondial de l’Union en matière climatique ou encore la dimension sociale avec le projet d’un salaire minimum européen que porte le commissaire européen aux affaires sociales et à l’emploi Nicolas Schmit…    

A titre personnel, j’aimerais qu’il mette également un focus sur la création d’un droit européen des affaires pour simplifier la vie des entreprises en Europe et qu’il ne néglige pas des enjeux majeurs que sont la culture et la santé qui ont également besoin d’un coup de projecteur particulièrement dans le contexte de la COVID.

Il me semble aussi important que la conférence sur l’avenir de l’Europe voulue par Emmanuel Macron et qui devait donner lieu à des conclusions sous présidence française soit prolongée d’un an et soit repensée de manière à inclure beaucoup plus de citoyens européens mais aussi à porter sur les enjeux du futur et pas seulement sur ceux du moment. Le monde vit une transformation radicale sans précédent historique dans son ampleur, son intensité et sa rapidité. Pour ne pas être subie par les Européens, cette transformation doit être mieux anticipée, c’est le rôle du politique en partenariat avec les sociétés civiles que de conduire cet exercice d’anticipation.

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Un président de l’Union en même temps candidat à sa réélection, ça ne semble passe pas bien dans les autres capitales européennes d’autant que les Etats membres avaient proposé à Emmanuel Macron de reporter la PFUE après les élections présidentielles françaises ?

En fait, la PFUE de 2022 devait commencer le 1er juillet 2022 et non le 1er janvier. La sortie du Royaume-Uni de l’Union a avancé de six mois le calendrier. Dès 2016, Donald Tusk alors président du Conseil européen avait proposé à François Hollande et au premier ministre tchèque d’inverser les dates de leurs présidences du Conseil de l’UE pour éviter le conflit de calendrier entre PFUE et élection présidentielle française. L’argument de Tusk était que pour réussir une présidence du Conseil de l’UE, il faut un climat politique national serein qui n’est pas forcément celui d’une élection présidentielle française, caractérisée par une très forte polarisation et le risque que certains dossiers deviennent otages des débats de la présidentielle. A contrario, un président nouvellement élu dispose d’un contexte beaucoup plus consensuel et d’une capacité d’entrainement bien plus grande, ce qui avait d’ailleurs été le cas avec la PFUE de 2008.

François Hollande a renvoyé la décision après l’élection présidentielle de 2017. Emmanuel Macron, élu, a décliné la proposition de Donald Tusk. C’est un choix politique que l’on comprend quand on sait combien la stratégie électorale d’Emmanuel Macron gagnante jusqu’à présent repose sur sa capacité à fédérer les pro-européens de droite, du centre comme de gauche, au risque de créer une opposition assumée entre les pro et les anti-européens. Cette opposition qui n’existe pas dans les autres pays contribue sans doute à l’euro-méfiance des Français alors que l’attachement à l’Union européenne a rarement été aussi élevé dans tous les autres pays européens. Cette stratégie ne peut marcher d’ailleurs qui si les autres partis lui laissent le monopole de l’Europe positive, ce qu’ils ont fait jusqu’à présent.

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Emmanuel Macron s’inscrit-il toujours dans le fil de son discours de La Sorbonne, prononcé en 2017 et dans lequel il avait dressé une vision de l’Europe qui avait provoqué un certain nombre de crispations chez nos partenaires européens ?

D’abord, rappelons que l’élection d’Emmanuel Macron avait été très bien accueillie partout en Europe jusqu’au premier ministre hongrois Viktor Orban à l’exception peut-être d’une Angela Merkel inquiète que cette élection, contre toute attente, n’accélère la polarisation de la société française en affaiblissant les partis de gouvernement et en ouvrant grand la voie à une radicalisation de la société française. Le choix d’Emmanuel Macron de faire jouer l’ode à la joie le soir de son élection au Louvre avait favorablement frappé les esprits partout dans le monde.  

Emmanuel Macron avait suscité en amont de son élection à la présidence de la République l’espoir d’une transformation de la société française et d’une évolution vers une gouvernance moins centralisée et plus horizontale, plus adaptée à une époque de transformation radicale qui requiert de mobiliser la société dans sa diversité pour accélérer le changement plutôt que de la brusquer. Une méthode plus en phase également avec les autres démocraties européennes qui aurait permis de mettre fin au malaise français et à l’exception française à l’égard de l’Union européenne. Or, très vite, on a vu apparaître une pratique jupitérienne du pouvoir qui a étonné en Europe et contribué à crisper certains de nos partenaires.

Quant au discours de la Sorbonne, c’est moins le fond du discours que la forme ou le timing qui ont pu irriter en Europe. Sur le fond, à l’exception des propositions sur l’Eurozone, qui reflètent la position traditionnelle de la direction du Trésor française, les propositions reflètent les positions les plus avancées des quatre grands partis européens, le PPE, les sociaux-démocrates, les libéraux et les verts européens ainsi que les priorités post-Brexit de la Commission Juncker mais aussi de plusieurs rapports de la société civile européenne comme « la voie européenne pour un futur meilleur » réalisé par Civico Europa à la demande de Jean-Claude Juncker et Donald Tusk. La forme a en revanche pu irriter et braquer. Plutôt que d’expliquer qu’il portait des propositions portées par de nombreux européens, le président français a donné le sentiment qu’il se réappropriait des idées sans en créditer les partis, les personnalités et les mouvements qui en étaient à l’initiative. Il s’est ainsi privé d’un effet d’entrainement et d’accélération qui aurait pu changer la donne en Europe. Je regrette qu’il ait insuffisamment associé la société civile et les leaders d’opinion des nouvelles générations qui avaient une forte attente d’écoute et d’association, la PFUE de 2022 peut peut-être lui donner une opportunité de faire évoluer sa méthode.

Le timing quant à lui a irrité l’Allemagne. La chancelière Merket avait fait part de sa préférence pour que ce discours ait lieu après la mise en place d’une nouvelle coalition en Allemagne. Cela a contribué à tendre pendant quelques mois les relations entre Paris et Merkel mais les relations se sont normalisées par la suite.

Ces derniers mois ont été marqués par des fractures entre l’Europe de Bruxelles, celle des États de l’ouest et celle de l’Est. 30 ans après la chute de l’URSS, l’intégration de l’ex Europe soviétique n’est-elle qu’un demi-succès ?

Que serait-il arrivé si les pays de l’Est n’avaient pas adhéré à l’Union européenne ? Ces pays seraient aujourd’hui au cœur d’une zone de tensions entre Européens, Russes, Américains et Chinois avec des tensions à nos frontières bien plus extrêmes que celles que nous connaissons aujourd’hui et un coût en matière de sécurité, de défense et de migration exorbitant. L’intégration européenne a permis d’unifier le continent et a garanti une Pax Europaea, une paix intérieure que nous n’avions pas connue depuis l’empire romain. Les citoyens des anciens pays de l’Est, plus encore que de profiter des bénéfices économiques de l’Union, voulaient être des citoyens européens comme les autres, ils le sont désormais. A l’opposé de nos idées reçues, l’on voit d’ailleurs dans les eurobaromètres que leur attachement à l’Union européenne est très élevée et parfois même plus élevée que leur attachement à leurs institutions nationales. A cet égard, on peut parler de réussite. En revanche, il est vrai qu’il y a un écart à la fois en matière de maturité démocratique et de système de valeurs, mais on ne rattrape pas en quinze ans cinq décennies de soviétisme. A mon sens, l’écart est en train de se résoudre rapidement. Les sociétés européennes sont en train de converger rapidement et cette convergence rapide crée des réactions fortes dans les milieux les plus conservateurs des pays d’Europe centrale et de l’Est, comme cela a également été le cas avant dans des pays d’Europe de l’Ouest comme Irlande dans les années 2000. L’Irlande qui a voté en 2008 non au traité de Lisbonne de peur qu’un vote positif ouvre la légalisation de l’avortement et du mariage pour tous est devenu en moins d’une décennie un des pays les plus libéraux en matière de mœurs. Les pays baltes sont en train de s’aligner sur les pays nordiques. La même dynamique est en marche en Pologne mais cela prend du temps et c’est normal. On est en fait en train d’assister à l’émergence d’une véritable société européenne.

Par ailleurs, le plan de relance européen qui concerne tous les Etats membres peut être, s’il est bien utilisé, un puissant levier de réduction de la fragmentation européenne, une réduction qui est souhaitée par les peuples au demeurant.

Les conflits France des métropoles contre France périphérique existent-ils aussi au niveau européen ?

Bien sûr, les sociologues constatent partout dans l’Union cette tension entre les métropoles et les périphéries, et c’est particulièrement vrai en Hongrie et en Pologne. Il y a plus de points communs, de préoccupations, d’aspirations et de valeurs communes entre les Français, les Polonais et les Hongrois des métropoles qu’avec leurs concitoyens des périphéries. Les périphéries ont été trop longtemps les grandes oubliées de la pensée politique, paradoxalement pas des programmes de soutien européens qui ont contribué à limiter les écarts de développement économique. Ces programmes sont en revanche moins préoccupés de la présence des services publics d’éducation, de santé, de formation continue, de réseaux numériques de qualité et ont complètement négligé le développement d’activités économiques de proximité dans ces territoires. Avec le développement du télétravail qui doit se penser en lien avec le Green Deal, le moment est venu de réparer et de repenser en profondeur le rapport entre métropole et périphérie en Europe.

L’Union a lancé une Conférence sur l’avenir de l’Europe en réunissant régulièrement des panels de citoyens afin qu’ils travaillent à leurs propositions. L’Europe a longtemps été une construction faite « par le haut » en devançant le sentiment des peuples. Sommes-nous entrés dans une phase où l’intégration pourrait venir des citoyens eux-mêmes ?

Il me semble que les dernières grandes avancées comme le plan de relance européen, le Green Deal et même l’idée de conférence sur l’avenir de l’Europe n’ont été possibles que parce que les citoyens européens le voulaient. Au début de la crise du Covid en 2020, les sondages montraient que les citoyens allemands mais aussi ceux des pays nordiques étaient très favorables à une solidarité européenne alors que leurs dirigeants trainaient des pieds. Il y a à mon sens aujourd’hui un véritable leadership citoyen qui pousse les gouvernants à proposer des solutions européennes aux grands défis de l’époque et non le contraire.

A titre d’exemple, la consultation WeEuropeans réalisée avant les élections européennes de juin 2019 et organisée par Civico Europa avec de nombreuses organisations de la société civile européenne et le soutien des quatre grands partis politiques européens, a touché près de 38 millions de citoyens dans 27 pays et en 24 langues. Le taux d’engagement était deux fois supérieur à celui d’une consultation similaire au niveau national. Il y a clairement une appétence des citoyens pour participer à définir l’avenir de l’Europe mais la difficulté, c’est qu’ils ne souhaitent pas le faire à l’échelon national mais directement à l’échelon européen. Or l’espace public européen reste fragmenté en vingt-sept silos nationaux. Les derniers développements numériques et les progrès rapides de la traduction automatique ouvrent la perspective rapide d’un espace public transnational et multilingue. Cette perspective est d’ailleurs ébauchée dans l’accord de gouvernement entre les sociaux-démocrates, les verts et les libéraux allemands. A mon sens, il faudrait que la conférence sur l’avenir de l’Europe que la France voulait initialement clore pendant la PFUE soit prolongée d’au moins un an, voire jusqu’à la veille des élections européennes de 2024. Elle doit aussi être repensée de manière plus inclusive et massive en tirant les enseignements d’un an de participation citoyenne. Il y a trop peu de citoyens qui sont associés à ce nouvel exercice démocratique. En outre, la poursuite de la crise de la Covid rend très difficile l’engagement des citoyens. Enfin, les moyens financiers sont très limités. La consultation WeEuropeans avait coûté près de 3,5 millions d’euros. En l’espèce il semble que le budget soit bien inférieur. On ne peut pas mégoter sur le coût de la démocratie.  

Les LR vient de se doter d’une candidate. Le parti a été très critiqué en externe comme en interne pour son manque de cohésion idéologique sur l’Europe. Est-il désormais en ordre de marche sur une posture non pas euro-sceptique mais de reconquête de l’influence française perdue en Europe ? Et le macronisme bénéficie-t-il d’une plus grande cohésion de ce point de vue ?

Les LR comme l’UMP avant eux comme la CDU en Allemagne ou le PPE en Espagne sont des syndicats d’élus et de militants qui partagent un fond commun mais aussi des divergences. La question est savoir si ce qui les unit est plus fort que ce qui les divise. Ensuite, c’est au leadership du parti d’imposer une ligne que les autres suivront ou non. En l’occurrence sur l’Europe, il y a toujours des divisions fortes, mais ce qui est certain, c’est que seuls des candidats qui ont une ligne pro-européenne forte ont été en mesure de remporter l’élection présidentielle, c’est ce que Jacques Chirac a très bien compris et c’est ce qui lui a permis d’être élu en 1995. C’était aussi le choix de Nicolas Sarkozy, qui a, on l’a oublié, fait une campagne présidentielle très courageuse en plaçant la relance de l’Europe et un nouveau traité après le non français de 2005 au cœur de sa campagne.

Il ne faut pas prendre pour argent comptant l’euro-criticisme des Français : Les Français sont par nature critiques à l’égard d’une construction européenne qui est fondée sur un modèle de démocratie parlementaire qui ne correspond pas à leur culture politique, c’est l’exceptionnalisme français en Europe. En même temps, les sondages le montrent de manière récurrente, ils ont été toujours pour que l’Union européenne exerce plus de responsabilités régaliennes en matière de défense, de sécurité, de politique étrangère, voire de migrations et aussi pour avoir leur mot à dire directement en matière de démocratie européenne. C’est cette contradiction culturelle que tout dirigeant politique de droite doit résoudre s’il veut avoir une chance d’être élu.

Je suis par ailleurs convaincu que, si la France peut gagner des marges d’influence à l’occasion de la PFUE, l’augmentation de notre potentiel d’influence passe d’abord par la solidité de notre économie, notre capacité à nous projeter dans l’avenir et l’exemplarité, la modernité et l’humilité de nos dirigeants. Notre posture politique est également clé, la France n’est jamais aussi influente que quand elle invente l’avenir, rarement quand elle passe son temps à glorifier son passé.

Concernant la nouvelle alliance présidentielle « Ensemble Citoyens ! », elle est très hétérogène, il suffit de voir comment les parlementaires de la REM n’ont cessé de se diviser depuis 5 ans. II y a un grand écart entre un Edouard Philippe, proche d’un Eric Ciotti quand il dénonce la supériorité du droit européen sur le droit national, et un Clément Beaune qui rappelle que cette suprématie est la condition même d’existence de l’Union européenne. Entre eux deux, existent toutes les nuances de gris, mais la force de la majorité présidentielle, c’est qu’à la fin, ses composantes se rangent toutes derrière la position du président de la République car elles savent que c’est la meilleure garantie de réélection.  

Le couple franco-allemand est-il toujours le moteur qu’il a longtemps été au sein de l’UE ? Et Paris et Berlin ont-ils encore la même vision de l’avenir ?

Le sujet n’a jamais été de savoir si Paris et Berlin avaient la même vision de l’avenir, mais de savoir s’ils avaient la volonté de trouver une voie intermédiaire pour faire avancer l’Europe ensemble. Depuis le couple De Gaulle-Adenauer, cette règle d’airain n’a jamais été remise en question. Quand cette volonté manque, l’Europe est en panne. Mais soyons humbles, la dynamique franco-allemande est nécessaire, elle n’est pas suffisante. Il y a également des leaders de grande qualité dans de nombreux pays européens à commencer par Draghi en Italie et Mitsotakis en Grèce qui souhaitent contribuer à une dynamique collective ne se résumant pas au moteur franco-allemand. Il y a surtout des aspirations citoyennes partout dans l’Union qu’il faut arriver à mieux prendre en compte.

Pensez-vous qu’au binôme Merkel Macron pourrait succéder un binôme Pécresse Scholz alors que leurs positions sur l’Europe paraissent très éloignés et que le premier discours de Valérie Pécresse après son élection samedi comme candidate des Républicains à la présidence de la République a porté sur le retour de la fierté nationale ?

La dynamique politique en Europe est favorable aux femmes comme l’a justement souligné Valérie Pécresse. Le nouveau chancelier Olaf Scholz s’est d’ailleurs très habilement présenté dans sa campagne comme la « future chancelière d’Allemagne », capitalisant ainsi sur l’affection que les Allemands éprouvent pour Angela Merkel. Rien ne s’oppose à ce qu’au binôme Macron-Merkel succède le binôme Pécresse-Scholz. Ce sera le choix des électeurs français.

Quant au fait que Valérie Pécresse a insisté sur la nécessité d’une fierté nationale, je ne peux être que d’accord avec elle. Loin de s’opposer, fierté nationale et fierté européenne vont de pair et se renforcent mutuellement comme l’a montré une étude que j’avais commandée deux ans après le référendum de 2005 et qui avait alors fait la une du Figaro. Je suis d’ailleurs convaincu que le futur/ la futur(e) président(e) de la République sera celui/celle qui saura le mieux concilier fiertés nationale et européenne.

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