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François Hollande propose une Europe qui existe déjà et qu'il n’a jamais voulu faire marcher
©Reuters

L'Edito de Jean-Marc Sylvestre

François Hollande propose une Europe qui existe déjà et qu'il n’a jamais voulu faire marcher

En reprenant le projet de construire une Union européenne plus politique, François Hollande aurait pu laisser une trace dans l’histoire. Le problème, c’est que c’est un peu tard et surtout, il n’est plus crédible. Les institutions qu’il propose existent déjà au sein de la zone euro.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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S’il y a un domaine que François Hollande a laissé en jachère pendant les trois premières années de son mandat, c’est bien celui de la  construction européenne. Beaucoup, en France et notamment les milieux d’affaires, le pensait capable de relancer le projet qu’avait dessiné celui qu'il disait être son mentor -Jacques Delors- et qui devait compléter la mise en place de l’euro.

Le voilà, qu’à l’issue de la crise grecque, François Hollande se souvient que Jacques Delors existe encore. Il reprend ce dossier comme pour faire croire qu’il a tiré les leçons de ce désastre, comme s’il voulait déjà prévenir que le plus dure reste à venir.

François Hollande fait, une fois de plus, un bel exercice de politique virtuelle qu'il affectionne. D’abord, parce que c’est trop tard. Il ne peut pas lui et maintenant être l’homme qui relancerait la politique européenne. Il a perdu trop de temps. Il n’a jamais osé. Surtout, il n’est absolument pas crédible. Valery Giscard d’Estaing et Jacques Delors l’étaient. Nicolas Sarkozy aurait pu, au lendemain du règlement, de la crise financière prendre ce dossier et le traiter conjointement avec Angela Merkel, dès 2009/2010, mais sa majorité et beaucoup de ses amis l’en  auraient dissuadé.

C’est la raison pour laquelle François Hollande aurait être pu être l’homme de la situation. Et s’il l’Europe avait écouté son audace, l'Europe dont il parle aujourd'hui aurait pu éviter le psychodrame de la Grèce, mais surtout cette Europe aurait offert des outils pour nous sortir de la crise économique et ramener la croissance beaucoup plus vite. Il aurait pu être ce Président magique, très social-européen, s’il n’avait pas gaspillé ses cartouches dans la démagogie et l’idéologie gauchiste.

Dans la lettre à Jacques Delors publiée par le JDD, le Président de la république dresse un diagnostic juste. La crise grecque a révélé dit-il, non pas un excès d’Europe, mais une insuffisance d’Europe. D’où la nécessite, explique-t-il, de renforcer les institutions qui régissent la monnaie unique avec un gouvernement commun, un budget commun et un Parlement spécifique à la zone euro pour assurer le contrôle démocratique du gouvernement de l’Europe. François Hollande va même jusqu’à admettre que tous les pays européens ne pourraient pas, d’emblée, faire partir de cette espace fédérale. Ce qui veut dire qu’il songe à une Europe à deux ou trois vitesses. Une Europe de l’euro qui serait pilotée par deux ou trois pays importants et il songe à une sorte de triumvirat ou on trouverait l’Italie, l’Allemagne et bien-sûr la France.

Le problème, c’est que cette architecture issue du crayon de François Hollande ne tient pas debout. Elle correspond à la réalité qu'il faudrait mettre en place mais la France est le dernier pays en Europe avec la Grèce pour être assez crédible et projeter de telles institutions.

Ce qui est hallucinant dans la proposition de François Hollande, c’est qu'il se trompe à deux niveaux ou alors qu'il nous trompe en nous racontant une belle histoire au lendemain du drame grec où il s’est fait piégé.

1e niveau d’erreurs : les institutions qu’il propose, existent déjà. Il existe une forme de gouvernement de l’euro, qui est représentatif des peuples partenaires. Ce gouvernement se réunit presque une fois par semaine. Il se compose des ministres de l’Economie ou des Affaires Européennes. Il a tous les pouvoirs pour agir mais il ne les utilise pas. On n’a pas souvenir d’un ministre français membre de ce directoire qui se serait fâché contre ses collègues et qui leur aurait reproché de ne pas travailler. Pierre Moscovici, Michel Sapin, Emmanuel Macron n’ont jamais été surpris, en sortant du conseil, à vitupérer contre la paralysie de l’institution. Ils n’ont jamais quitté cette instance pour protester de son inutilité. Et pour cause ce sont eux les ministres qui dirigent ce gouvernement.

Il pourrait y avoir une incarnation plus forte, avec un "super-ministre", un président de l’économie européenne. Oui mais les ministres de l’Economie qui composent ce conseil d’administration sont tout à fait libres de nommer un président. Il suffirait de les activer dans ce sens.

François Hollande parle aussi d’un Parlement. Une bonne idée ça, mais le Parlement européen existe et à l’intérieur de ce Parlement, il existe un groupe de députés représentant les pays membres de l’euro qui se réunissent pour traiter des problèmes propres à la monnaie. Il suffirait d’activer le Parlement.

Enfin, François Hollande voudrait un budget. Mais de qui se moque-t-il ? Ce budget existe, et "lui Président" a toujours trouvé que ce budget était trop lourd.  Il représente 180 milliards d’euros. Il finance une administration et des plans d’intervention. Le plan Juncker de relance des investissements de 300 milliards est une création budgétaire de l’Europe. Là où le Président ne manque pas d’air, c’est qu'il est le seul membre de l'euro à avoir refusé l’augmentation du budget qui est donc figé pour 7 ans.

Ce qui est vrai, et François Hollande n’en dit pas un mot, c'est que ce budget européen devrait statuer sur les politiques fiscales et les politiques de redistribution. Bref, un vrai budget devrait à la limite s'occuper du montant des impôts à payer et par quels contribuables. Jamais un dirigeant français n’acceptera un tel abandon de souveraineté. Les socialistes et François Hollande le premier n’ont jamais voulu de la règle d’or qui interdirait à un Etat membre de dépasser un certain montant de déficit public.

Cette règle d’or est gravée dans la constitution américaine, elle peut bloquer le fonctionnement de l’Etat si le budget fédéral dépasse la norme. Nicolas Sarkozy avait tout preparé. On a tué le projet. Trop "bling-bling" sans doute.  

On touche là, à la seconde série d'erreurs faites par le Président. Pour être viable, cohérente, efficace et solidaire, cette zone euro doit être composée de partenaires qui respectent les règles du jeu, c’est-à-dire qui participent à la confiance qui doit régner entre les membres de la communauté.

La crise grecque a éclaté parce qu'à plusieurs reprise de son histoire récente, la Grèce a menti honteusement sur ses résultats. L’argent a été gaspillé et n’a pas servi à définir un modèle économique de croissance. Le comble, dans la proposition Hollande, c’est que la France est très mal placée pour demander un tel protocole. Il faudrait être sans défauts par rapport à l’endettement, sans faute aucune par rapport aux prévisions. Mais la France, comme la Grèce, est surendettée, elle ment sur ses chiffres, elle se raconte des histoires. Syriza, le parti au pouvoir à Athènes a dépassé les bornes. Pris au piège de la réalité, le gouvernement grec se déchire.

François Hollande est, comme Alexis Tsipras. Il a raconté des histoires pour accéder au pouvoir et ne parvient pas à revenir sur le chemin de la réalité. Donc, il cherche des boucs-émissaires. Madame Merkel est merveilleuse dans ce rôle. François Hollande dit que la France et l’Allemagne peuvent forme le couple qui dirigera l’Europe de la zone euro. Mais qui peut le croire, lui qui a soutenu Alexis Tsipras et qui n’a pas élevé la moindre protestation quand la presse politique grecque a caricaturé Angela Merkel avec une petite moustache noire, une mèche de cheveux à gauche et un air mauvais. Qui, dans la gouvernance française, a émis la moindre remarque à propos de cette image odieuse.

François Hollande a préféré saluer la grandeur de la Grèce, pays où est né la démocratie. Dans ces moment-là, on oublie que la Grèce a inventé la démocratie censitaire et qu'à l’époque il y a avait les citoyens grecs et les esclaves. Ces derniers ne votaient pas, qui l’a dit au moment du référendum ?

Les mauvaise performance de la France en Europe, sa dette, son chômage, sa fiscalité, décrédibilisent complètement les dirigeants pour réclamer une réforme de l’euro. Il faudrait, au moins, faire une reconnaissance de dettes et un état des lieux et des responsabilités. Il faudrait y croire vraiment. Le Cynisme français et l'incapacité, comme en Grèce, de se réformer privent François Hollande de toute autorité pour appeler de ses vœux un renforcement des tendances fédéralistes dans une Europe minée par le populisme et le protectionnisme.

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