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Fin des inscriptions sur Parcoursup, un mot d’ordre : peut mieux faire.
©LIONEL BONAVENTURE / AFP

Derniers voeux

Fin des inscriptions sur Parcoursup, un mot d’ordre : peut mieux faire.

Si le bilan de la plateforme est plutôt raisonnable, elle ne remplace pas un système d'orientation tout au long du parcours scolaire.

Pierre Duriot

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles. Pierre Duriot est Porte parole national du parti gaulliste : Rassemblement du Peuple Français.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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Atlantico : Le 3 avril prochain, les étudiants devront confirmer définitivement leurs vœux Parcoursup, la plateforme d'admission de l'enseignement supérieur. Sans remettre en question la nécessité d'une sélection, quel est le bilan de la plateforme après un an de lancement ? Quelles sont les principaux problèmes qui avaient été soulevés lors de l'an I ?

Pierre Duriot : Il y a un mot qui fâche dans cette question, le mot « sélection », dont ne veulent pas entendre parler les syndicats d'étudiants. Ces derniers acceptent la sélection quand ils sont sportifs, par exemple et se plient au règles des sélections par championnats, ou aux éliminations dans les jeux en ligne, mais prennent toute forme de sélection sur la base de leur niveau scolaire comme une discrimination insupportable, allez comprendre. Alors oui, de toute façon, sélection il y a en bout de course et ce sont les employeurs qui s'en chargent, sans qu'ils soit possible pour ces mêmes étudiants, chatouilleux sur leurs orientations, de manifester la moindre réprobation. Tout cela fait de l'affaire, un sujet inflammable et le gouvernement, pas seulement celui-là, tente de sélectionner tout en n'en ayant pas trop l'air, sachant que de toute façon, personne n'est dupe d'une nécessité de la sélection si on ne veut pas dévaloriser les diplômes... même s'il ne faut pas que ça se voie trop.

Au bilan, selon le ministère de l'enseignement supérieur, c'est positif, bien sûr, même si de fortes inégalités entre les lycéens perdurent. Et de mettre en avant un plus grand nombre de bacheliers professionnels admis en Section de Technicien Supérieur par rapport à l’année dernière (+ 28%) et les bacheliers technologiques sont plus nombreux à avoir reçu une proposition d’admission en IUT, 16 821 contre 14 163 en 2017. Ces deux filières sont très demandées. En réalité, le premier bilan de Parcoursup est honorable, avec moins de rigidités, en particulier dans le système antérieur d’attribution automatique des places dans le supérieur. L'absurde tirage au sort dans des filières surchargées a été supprimé. Mais pour un logiciel qui devait combattre la sélection par l’échec qui reste la marque de fabrique du premier cycle universitaire, on est encore loin du compte. Les bacheliers, leurs familles, les établissements d’enseignement supérieur, ontpesté contre la lenteur de la machine et du calendrier. Cela a occasionné du stress pour les candidats et au sein des filières censées préparer les rentrées.

Du côté des étudiants, on argue qu’un quart des candidats ont dû faire un choix par dépit et ils sont 14% à ne pas être satisfaits du voeu obtenu. Si le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation répertoriait 127 000 places disponibles à travers la France et Outre-mer et si tous les étudiants souhaitant faire une 1re année d’enseignement supérieur post-Bac avaient largement leur place, la réalité est tout autre. Il y a assez de places pour tout le monde, mais certaines formations sont plus choisies que d’autres, et certaines spécialités restent désertées, d'où un encombrement jugé inacceptable dans certaines filières. On déplore aussi l'ancienne hiérarchisation des vœux qui a disparu et qui aurait généré des longueurs dans le processus des attributions. Des étudiants ont dit un « oui » momentané à des propositions en attendant mieux, avant de se rétracter en cas de meilleure proposition, le tout avec un délai de réflexion, de sept jours, jugé un peu long.

Au gouvernement et chez les étudiants, on se rejoint donc sur un genre de « peut mieux faire », très classique des appréciations mi-chèvre, mi-choux.

On se souvient de la lenteur du système révélée à l'été 2018. Est-ce que des mesures ont été prises pour remédier à ce souci ?

La ministre prévoit, à l’avenir, de clore la première phase de la procédure à la fin de juillet et non plus au début de septembre. Les étudiants évoquent le retour à une hiérarchisation des vœux, laquelle permettrait plus de fluidité et aiderait les établissements dans l’attribution des places et les préparations de formations. La Ministre ne semble, cependant, pour le moment, pas prête à revenir à ceprincipe. Il n'y a rien, par contre, à propos des 20 % de candidats, voire davantage, qui sont sortis du système Parcoursup sans autre forme de procès. Ceci dit, cette proportion n'est ni pire ni meilleure qu'avec l'ancien système. Rien non plus sur la nature et l’efficacité des dispositifs de remise à niveau pour les bacheliers que les universités n’ont pas jugés suffisamment solides pour aborder des études supérieures. Rien encore sur les moyens alloués aux lycées pour renforcer le travail d’information et d’orientation des futurs bacheliers.Tout cela amène à penser que l'outil informatique n'est pas la clé du système, quelle que soit sa qualité.

Comment améliorer, selon vous, la plateforme ?

En réalité, je ne suis pas sûr que la plateforme et son amélioration soient la clé du système. Il faut revenir, à mon sens, à une sélection tout au long du parcours scolaire secondaire, assortie d'un système d'orientation efficace et sortir de l'illusion créée par l'obtention d'un bac largement dévalorisé. En réalité, en voulant créer de l'égalité, on a renforcé les inégalités. Parce que les très bons élèves arrivent toujours à leurs fins, notamment ceux qui ont des parents susceptibles de payer de grandes écoles, voire des écoles à l'étranger. On aboutit au fait que la première année du supérieur est un gâchis car nombre d'élèves n'ont rien à y faire et auraient dû être orientés précédemment, plutôt que d'arriver dans des filières pour lesquelles ils n'ont pas le niveau, au mieux et qu'ils perturbent, au pire. Cela passe par un renforcement des apprentissages dans les petites classes, afin d'acquérir au moment où elles s'acquièrent, dès le début de la scolarité, les qualités du futur étudiant. Avec, à chaque étage, des filières attrayantes, vers les apprentissages, dans un tissu économique et industriel rénové, relancé, modernisé. Les inégalités et la sélection sont parties intégrantes de la société et la lutte contre les inégalités physiques, intellectuelles, ou les déterminismes sociaux, ne passe pas par le dogme de l'égalitarisme, mais par la possibilité de faire une place à chacun dans le paysage socio-économique. Combien de ces recalés en première année de faculté auraient fait un charpentier ou un soudeur ? Mais une fois l'illusion perdue, il est bien tard. Le fait qu'il doive exister une plateforme est en soi un constat d'échec de l'ensemble de la filière éducative qui n'arrive pas à faire une place à chacun dans le système et qui n'arrive pas non plus à pousser chacun au maximum de ses possibilités, pour au final sélectionner par l'échec plutôt que promotionner une réussite, à la mesure du candidat. Avec 80 % d'une génération portée, en partie, artificiellement au bac, il faut bien un alambic informatique pour espérer gérer l'afflux de candidats. Au final, les entreprises et les administrations choisiront leurs salariés sur entretien ou sur concours, avec cette sélection honnie pendant les études et pour les autres, ce sera un job par défaut ou le bataillon des près d'un quart des 15-24 ans au chômage en France, voire un sur deux dans certaines zones. Un chiffre très supérieur à celui de nos voisins européens comme l'Allemagne, le Royaume-Uni ou le Pays-Bas. Il serait temps que l'idéologie égalitaire se mêle un peu moins des études, le niveau scolaire ne se décrète pas, il se travaille...

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