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Trente mille policiers sont mobilisés pour l'opération de contrôle aux frontières.
Trente mille policiers sont mobilisés pour l'opération de contrôle aux frontières.
©Reuters

On lâche rien

Fermeture des frontières pour la COP21 : petit guide des groupes extrémistes et anti-mondialistes que le ministère de l’intérieur redoute de voir débarquer

Trente mille policiers sont mobilisés pour l'opération de contrôle aux frontières mise en place pour un mois dans le cadre de la conférence de Paris sur le climat (COP21). Mais, les Zadistes et les Black Blocs devraient passer entre les mailles des filets.

Philippe Lavenu

Philippe Lavenu

Philippe Lavenu est secrétaire national Île-de-France Alliance police nationale.

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Alain Bauer

Alain Bauer

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai. Dernier livre paru : Vivre au temps du coronavirus (Cerf)

Il est également l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du crime (Cnrs, 2013) et Le terrorisme pour les Nuls" coécrit avec Christophe Soullez (First, 2014).

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Atlantico : Quels sont les groupes extrémistes et anti mondialistes qui pourraient arriver pendant la COP21 et perturber cet événement ?

Alain Bauer : A priori il ne devrait pas y en avoir ! La plupart des groupes de types Black Blocs sont dans une logique où toutes réunions internationales quelles qu’elles soient sont un motif de contestation de l’ordre du monde, des gouvernements en place. On a une grande diversité de groupes. D’ailleurs une partie des groupes n’ont pas d’idéologie propre. Il n’existe ainsi pas de manifeste des Blacks Blocs ! L’idéologie est naturellement radicale, c’est-à-dire qu’ils pensent que le gouvernement est illégitime par nature, et qu’une réunion de plusieurs gouvernements l’est encore plus.

Et c’est là le premier problème : la revendication n’est pas liée à un motif spécifiquement identifié et clairement déterminé mais à un processus de fonctionnement du monde. Cela ouvre de l’espace à la fois à des gens qui ont un objectif très général et à des opérateurs qui ont des objectifs très particuliers et qui se fondent dans le motif général. Cela rend l’indentification par anticipation des groupes très difficiles. Pour les Black Blocks il est très difficile de trouver une légitimation théorique précise autre que la simple remise en cause du système.

Les Zadistes, eux, en revanche, défendent la protection de terres, d’espaces, d’agriculture…Ils le font avec détermination et parfois violence. Ils peuvent parfaitement profiter de l’occasion pour considérer qu’il y a un double langage gouvernemental et se manifester.

Après, tout ceux qui ont une aigreur par rapport à l’action du gouvernement ou de représentants d’autres gouvernements peuvent se joindre à des actions. On peut cumuler beaucoup de revendications diversifiées pour faire une espèce de point particulièrement synthétique.

Cette menace a déjà eu lieu, il n’y a donc rien d’hypothétique. Depuis les événements de Seattle et de Gênes il assez rare d’avoir une manifestation de ce type qui ne dégénère pas. En général elle dégénère par le fait d’opérateurs qui sont identifiés ou en tout cas qui revendiquent leur mode d’action.

Philippe Lavenu : Tous les groupes altermondialistes, les associations écologistes et tous les groupes d'extrême gauche pour des raisons diverses et de manières différentes. Ils peuvent très bien organiser des manifestations pacifistes, pas seulement des actions violentes. Un sit-in sur l'autoroute entre Roissy et Le Bourget le jour du cortège des personnalités, ça peut entraîner une sacrée perturbation. Cela peut donc être aussi un moyen de perturber les opérations. 

Les Zadistes sont concernés par des sujets particuliers comme l'aéroport de Notre Dame des Landes, des projets qui pourraient perturber la faune et la flore. Les Black Blocs, eux forment un groupe qui n'est pas structuré. Ce sont des mouvements spontanés, des groupuscules qui sont activistes dans divers domaines anarchistes et anti-capitalistes, qui, via les réseaux sociaux, les SMS, se donnent rendez-vous pour des actions ponctuelles et bien souvent violentes. Nous ne sommes plus dans le même cadre de contestation. Leurs cibles privilégiées qui, pour eux, sont les symboles du capitalisme : des grands groupes industriels, bancaires, de la restauration rapide, des bâtiments officiels. Mais aussi tout ce qui représente le pouvoir comme les forces de l'ordre.

A partir de ce vendredi, 30.000 policiers mobilisés pour le contrôle aux frontières en vue de la COP21. Est-ce que cette mesure suffira à les empêcher d'agir ?

Philippe Lavenu :  La mise en place de la mesure est tardive. Nous sommes déjà à une date très proche de l'ouverture de la COP21. Il aurait peut-être fallu la mettre en place auparavant. Mais, c'est une mesure qui peut permettre de filtrer dans un un premier temps, c'est-à-dire l'interdiction d'entrée sur le territoire pour certains déjà connus pour avoir commis des exactions ou ont été condamnés. Cela pourrait même permettre d'en arrêter certains qui font l'objet de recherches. Ce contrôle pourra aussi identifier les gens déjà connus. On peut alors les suivre, les pister jusqu'à savoir où ils se rassemblent, ce qu'ils prévoient, les dénombrer, etc.

Les Black Blocs c'est totalement différent. C'est en effet compliqué de les identifier puisqu'ils agissent de manière anonyme, capuchonnés avec des cagoules, c'est leur mode opératoire, ils sont mobiles. Donc on n'a pas trop d'individus identifiés. Ils vont pouvoir passer la frontière aussi facilement que n'importe quel autre citoyen en présentant ses papiers d'identité. 

La mesure peut aider les services de police, mais ne sera pas efficace à 100 %. Ce sera plus un moyen de contrôler que de dissuader. A travers les services de renseignement il sera aussi sûrement possible de connaître leurs projets.

Quelle peut être leur force de frappe ?

Alain Bauer : Leur mobilité, leur détermination, l’usage des réseaux sociaux comme mode de communication. Des forces de sécurité qui sont beaucoup plus contrôlées que ne le sont les opérateurs opposés. Ils ont des arguments à faire valoir notamment après le drame de Sivens, ils ont un compte à régler avec les gendarmes. En faisant l’addition de tout cela, on peut avoir une idée qu'il est plus probable que cela se passe mal, plutôt que cela se passe bien. 

Ils peuvent manifester, saboter, bloquer…ils ne manquent pas de capacité là dessus. Il faut espérer qu’ils aient calibré leur niveau de volonté et de détermination.

Philippe Lavenu : Les Black Blocs peuvent être nombreux, mais les chiffres peuvent varier de quelques centaines à quelques milliers. C'est un regroupement international qui réunit de tout ce que l'Europe voire le monde peut compter d'alter-mondialistes. Ils proviennent en majorité d'Allemagne et nombreux de Belgique, d'après les renseignements belges. Ils viennent aussi d'Espagne et d'Italie. Ils sont donc difficilement quantifiables. On table donc sur les données que nos voisins veulent bien nous livrer. 

Peut-on comparer leur action à celle de Gênes, Seattle ou des autres sommets ?

Alain Bauer : On apprend de ce qui c’est passé précédemment, en matière de maintient de l’ordre et matière de création du débat. On a des gens qui ont une culture de l’agitation et de la manifestation ; d’autres qui sont plus violents qu’autre chose. C’est la très grande diversité de ceux qui sont présents sur le terrain le problème essentiel.

Il ne sont pas plus nombreux qu’avant, mais la configuration internationale de l’événement amènera d’autres groupes que ceux qui sont déjà présents sur le territoire national. Ce qui explique la fermeture des frontières de manière provisoire par l’Etat. Mais leur nombre global n’a pas évolué, par contre leur concentration sur un endroit particulier à un moment particulier est aujourd’hui possible à cause de l’événement.

Si c’était ceux déjà connus, on serait dans une configuration autre, où l’on connaît et on comprend les opérateurs d’en face, c’est ce qui se passe dans les manifestations "habituelles". Or ici on est dans une manifestation inhabituelle justement.

Philippe Lavenu : C'est ce qu'on craint, notamment les opérations commando en marge de l'événement. Ils pourraient profiter de la COP21 et de la concentration des effectifs au Bourget pour commettre des actes sur des sites à Paris. Leur mode opératoire est connu : mettre des centaines de personnes face aux forces de l'ordre ou par petits groupes de 50 ou 100 individus s'attaquer à une chaîne de restauration rapide qui ne sera pas gardée par la police. Ils s'attaquent à tous les symboles du capitalisme et tout ce qui pourrait se référer aux Etats-Unis.

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