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Une récente étude australienne montre que Facebook tend à normaliser la consommation excessive d'alcool.
Une récente étude australienne montre que Facebook tend à normaliser la consommation excessive d'alcool.
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Binge drinking

Facebook : une incitation à boire pour les jeunes

Une récente étude australienne montre que sur les réseaux sociaux, la publication et le partage de photos mettant en scène des personnes ivres a un effet très néfaste et incitatif chez les jeunes, tendant à normaliser la consommation excessive d'alcool.

Marie Choquet

Marie Choquet

Marie Choquet est épidémiologiste et directeur de recherche honoraire à l'Inserm.

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Atlantico : Une récente étude australienne montre que Facebook tend à normaliser la consommation excessive d'alcool. Cela passe par la publication de photos où des personnes boivent à outrance, donnant aux autres l'impression qu'il faut boire autant afin d'être dans la norme. Ce cercle vicieux créant un mimétisme existe-t-il en France également ?

Marie Choquet : Oui, on a quand même constaté une augmentation de la recherche d’ivresse en France qui tend à se banaliser. C’est très étonnant, dès que l’on montre des images où l’on n’est pas bien, où l’on vomit, contrairement à ce que l’on croit, c’est une image qui favorise le comportement. On pensait que montrer des images particulièrement négatives allait réduire la consommation, c’est l’inverse qui se produit parce que ça devient un comportement extraordinaire, aujourd’hui relativement banal qui du coup devient attirant. Le problème c’est que ce n’est pas uniquement Facebook, c’est simplement un moyen des jeunes actuels. Tout passe par l’image, plus elle est catastrophique, plus elle devient attirante. Cela pose la question des initiatives prises par la presse, et toutes les actions de prévention qui montrent aussi des excès, mais qui ne sont que peu performantes

Plus l’image est excessive, plus cela devient attrayant. Là c’est le cas de Facebook, mais Facebook n’est qu’un moyen de communication très favorisé chez les jeunes. On ne peut pas mettre en cause uniquement Facebook, avait c’était lors des soirées : si les autres buvaient beaucoup, les jeunes présents étaient incités à boire autant. Avant tout se passait en direct, aujourd’hui c’est indirect parce que l’on en a les moyens. Mais je dirai volontiers que ce n’est pas Facebook en tant que tel qui est en cause. L’image, la vue, banalisent le comportement.

Les jeunes auraient donc une vision déformée de la réalité qui les pousse à consommer d'avantage d'alcool. Facebook porte-t-il une responsabilité ? Ces phénomènes de consommation excessive ont-ils été amplifiés par les réseaux sociaux ? 

Personne n’a une image juste de la réalité. Nous avons tous une image déformée par le milieu dans lequel on vit, à cause des gens que l’on côtoie, les soirées auxquelles on assiste. La réalité est une chose très compliquée, nous avons tous une image déformée de cette dernière. Plus on parle d’une chose comme étant normale, plus on va croire qu’en effet, il faut adopter ce comportement pour être dans la norme. La norme est un moyen très fort pour motiver une personne. Vous avez envie d’être dans la norme, si vous êtes jeunes et que l’on vous dit que la norme c’est de porter tel ou tel vêtement, vous avez plutôt tendance à le faire pour être comme les autres.

En matière d’alcool, c’est le même phénomène qui s’opère. Facebook en tant que tel ne porte pas la responsabilité, c’est plutôt le moyen de communication qui est en cause. Il accélère la communication, avant il fallait aller à des soirées, il fallait en parler. Maintenant tout se fait par image directe, cela simplifie beaucoup les choses. C’est un phénomène qui marche dans un sens, mais beaucoup moins dans l’autre sens. Si Facebook ne montrait que des gens abstinents qui ne boivent pas, cela devient beaucoup moins rigolo. Adopter des comportements extrêmes fonctionne, mais adopter des comportements moins extrêmes différents ne fonctionne pas. Le problème de l’alcool c’est qu’il crée un état de conscience différent. Dans une vie où tout est normalisé, pouvoir s’échapper grâce à l’alcool est quelque chose d’assez attirant.

Les réseaux sociaux ont facilité et de fait accentué ce phénomène. L’ivresse a toujours existé, maintenant on peut même être poussé de chez soi à aller dans des soirées pour pouvoir consommer, car l’image est à portée de main. Vous savez tous les articles qui ont été publié dans la presse sur la consommation excessive d’alcool ont eu les mêmes effets. Sauf que Facebook est véritablement le mode de communication des jeunes. Le Monde ou Le Figaro beaucoup moins.

De quelle marge de manœuvre dispose Facebook pour influer sur ce phénomène ? 

Je ne sais pas ce que Facebook pourrait faire pour enrayer le phénomène. Je pense que c’est à nous de réfléchir à quel message on veut donner aux jeunes pour qu’ils n’aient plus besoin d’être dans l’excès. Alors bien entendu ils ne sont pas toujours dans l’excès, ils le sont à certains moments de leur vie. Au quotidien, ils sont plutôt dans le moule des études, des responsabilités. Il faut réfléchir à quelles valeurs on propose ? Leur en propose-t-on d’ailleurs ? Je ne pense pas que l’on puisse dire à Facebook, "arrêtez de transmettre des images-là", il y aura d’autres moyens de transmission. La vraie question c’est ce qu’on veut leur donner comme vision de la vie et de la société. Tous les jeunes ne s’enivrent pas à outrance. Plus la sphère familiale est préservée, plus la vie familiale est agréable, plus la proximité avec les parents est forte, moins les jeunes ont besoin d’aller s’enivrer et d’aller faire n’importe quelle bêtise grâce à l’alcool.

Dans quelle mesure les jeunes peuvent-ils être influencés dans leur consommation d'alcool par les réseaux sociaux où voyeurisme et curiosité s’entremêlent ? Facebook n'est-il que le reflet d'un phénomène déjà existant, c'est-à-dire l'omniprésence de l'alcool chez les jeunes, ou aggrave-t-il la situation ?

Ce qui est intéressant au regard des statistiques, c’est qu’on constate une diminution de l’alcool en consommation régulière. Le modèle français de consommation quotidien à faible dose n’est pas ce qui attire les jeunes. Ils ont été influencé par un modèle plutôt psycho maniaque. C’est le mode d’alcoolisation qui a changé. L’alcool est maintenant un moyen pour atteindre un autre état de conscience. L’alcool est devenu pour les jeunes une drogue licite facile d’accès. Ce changement a été initié dans les années 90, il s’est amplifié depuis. Cela a donc commencé bien avant les réseaux sociaux, mais aujourd’hui c’est devenu plus simple, les réseaux sociaux ne sont donc qu’un moyen et pas une cause. La cause, c’est pourquoi les jeunes ont besoin de cet état d’exaltation pour exister. Est-ce que nous en tant qu’adulte, on ne leur a donné que cet unique modèle ? Quelle valeur donne-t-on à la jeunesse ? N’en a-t-on pas fait trop, trop d’interdiction d’un coup qui a comme conséquence qu’il faut parfois que cela éclate ? Est-ce qu’il y a une pression trop  forte dans certains domaines, qui nécessite des moments d’oublis pour supporter les choses ? La vraie question, c’est pourquoi la jeunesse en a tant besoin actuellement ? Certes on s’enivrait avant aussi, mais moins et moins jeunes. On s’enivrait moins à l’âge de 16/17 ans par exemple. C’est la question du mode de vie, de l’exemple que l’on donne en matière de valeurs tout court.

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