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Portrait de Charles Perrault, par Charles Le Brun, qui le montre dans sa bibliothèque environné de symboles des arts et de la musique (domaine public).
Portrait de Charles Perrault, par Charles Le Brun, qui le montre dans sa bibliothèque environné de symboles des arts et de la musique (domaine public).
©DR

Gros pieds, petits souliers

Et si on déboulonnait Perrault ?

Le crime est dans Cendrillon.

Isabelle Larmat

Isabelle Larmat est professeur de lettres modernes. 

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Peter Dinklage, acteur de Game of Thrones et « atteint de nanisme » a poussé un coup de gueule contre le projet de

Disney qui n’avait pas imaginé faire un remake de Blanche-Neige sans nains : « Vous êtes progressistes d’un côté, mais vous continuez de raconter cette putain d’histoire arriérée où sept nains vivent ensemble dans une grotte ». C’est un cri, lancé haut et fort qu’il convient de relayer immédiatement. Woke du monde entier, unissons-nous ! c’est à nous de débarrasser le monde de ses vieilles antiennes qui enracinent et perpétuent le mal, déforment nos chères « têtes blondes » (oups… nos chers enfants, pardon).

Voulant arracher ledit mal à la racine, j’ai pensé qu’aujourd’hui, j’allais régler son « conte » à notre cher Perrault ; un littérateur d’autant plus toxique qu’il se revendiquât en son temps et la main sur le cœur, comme tenant du camp des Modernes, les ancêtres de nos Progressistes. Tout ça pour mieux balancer des horreurs contre les minorités de tout poil sous couvert d’œuvrer à leur émancipation. Mais, quel sale type !

C’est de « Cendrillon » dont je vous parlerai aujourd’hui, après avoir hésité à faire un sort aux « Souhaits ridicules », du même Perrault, qui fustige les ploucs capables de faire des choix de ploucs pour enchanter leurs existences alors que la fortune se montre clémente avec eux. Je voulais les défendre, car se moquer des gens simples, c’est mal. Mais, en y réfléchissant, je n’ai trouvé que des arguments spécieux à faire valoir. En effet, il est difficile, même en cherchant des poux à Perrault, de plaider la cause d’un couple d’abrutis, que d’aucuns (mauvaises langues) se plairaient à voir comme les ancêtres de nos Gilets jaunes. Ces deux - là, et c’est tant pis pour eux, alors que Jupiter, lui-même, daigne leur donner un coup de pouce ne pensent qu’à bâfrer une aune de boudin.

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Alors qu’ils auraient pu bâtir un empire, leurs souhaits misérables, sur lesquels se greffe une querelle de ménage, tournent autour d’un boudin à dépendre du nez de Madame…

Sur ce coup -là, on envoie la moralité et, passez muscade, y’a rien à dire de plus :

Bien est donc vrai qu’aux hommes misérables,

Aveugles, imprudents, inquiets, variables,

Pas n’appartient de faire des souhaits,

Et que peu d’entre - eux sont capables

De bien user des dons que le Ciel leur a faits.

Mais « Cendrillon », on ne peut laisser passer ça. Charles, tu es vraiment un affreux personnage. Sous couvert de servir la cause des minorités en prétendant de surcroit édifier des enfants, tu profites de ce conte pour jeter l’opprobre sur les vilaines à grands pieds. Définitivement, c’est dégueulasse.

Ce conte est d’autant plus dangereux qu’une première lecture naïve laisse plutôt penser que notre conteur se propose de servir la minorité des fétichistes de la chaussure et, ça, c’est très louable. Jugez plutôt : « Quand ses deux sœurs revinrent du Bal, Cendrillon leur demanda si elles s’étaient encore bien diverties, et si la belle Dame y avait été ; elles lui dirent que oui, mais qu’elle s’était enfuie lorsque minuit avait sonné, et si promptement qu’elle avait laissé tombé une de ses petites pantoufles de verre, la plus jolie du monde ; que le fils du roi l’avait ramassée, et qu’il n’avait fait que la regarder pendant le reste du Bal, et qu’assurément il était fort amoureux de la belle personne  à qui appartenait la petite pantoufle. Elles dirent vrai, car peu de jours après, le fils du roi fit publier à son de trompe qu’il épouserait celle dont le pied serait bien juste à la pantoufle. »

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« Cendrillon » serait donc récupérable ?  Un conte susceptible de servir la cause des fétichistes de la chaussure. On hésite à le remiser dans les oubliettes de l’histoire. Las, tout espoir est vite déçu, il suffit de poursuivre sa lecture quelques lignes plus avant. On voit alors triompher le racisme envers le pied fort ! « On commença à l’essayer aux Princesses, ensuite aux Duchesses, et à toute la Cour, mais inutilement. On la porta chez les deux sœurs, qui firent tout leur possible pour faire entrer leur pied dans la pantoufle, mais elles ne purent en venir à bout. »

Et nous, d’imaginer tant de jeunes filles malheureusement bien charpentées, dotées d’attaches épaisses, de mains et de pieds de paysannes qui ressentent à la lecture de ce conte, la blessure amère du rejet dans le pire des cas, dans le meilleur une «  micro-agression » à l’image de celle que subit Rama Yade à chaque fois qu’elle passe devant la statue de Colbert.

Il nous faut d’urgence déboulonner aussi Perrault, c’est dit.

Isabelle Larmat, professeur de Lettres modernes

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