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La BCE a mis en place sa première tranche de soutien à l’économie réelle.
La BCE a mis en place sa première tranche de soutien à l’économie réelle.
©Reuters

Au pied du mur

Et la BCE heurta violemment l’absence de demande de l’économie réelle en Europe

Les entreprises de la zone euro ne sont pas confrontées à un problème d’offre de crédit, elles sont confrontées à un manque d’intérêt évident pour l’investissement, du à la faiblesse des anticipations de croissance et d’inflation qui agit comme un frein à la confiance dans l’avenir.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Ce jeudi 18 septembre, la BCE mettait en place sa première tranche de soutien à l’économie réelle. Un programme nommé TLTRO (Targeted Long Term Refinancing Operations). Ce plan vise à ouvrir aux institutions financières la possibilité d’emprunter un maximum total de 400 milliards d’euros au taux préférentiel de 0.15%, pour une durée de 4 ans.

Forte d’une expérience précédente décevante, face aux critiques de ceux qui pointaient la frilosité des banques à vouloir prêter aux entreprises, face à ceux qui pointaient l’irresponsabilité des banquiers qui "gardaient" l’argent pour spéculer, la BCE avait choisi de réserver les montants alloués aux institutions financières qui prêteront à "l’économie réelle". Ceci tout en excluant les prêts immobiliers ou les prêts à la consommation. Le public visé est donc clair ; les entreprises de la zone euro ayant l’intention d’investir. Ce qui traduisait une erreur d’analyse sur le problème actuel de la zone euro.

En effet, si le marché anticipait une demande comprise entre 100 et 300 milliards d’euros de la part des institutions financières, la réalité a été bien plus mesurée. Car seuls 82.6 milliards ont été demandés. Malgré des conditions très avantageuses (0.15%), la première tranche des LTRO marque ainsi une nouvelle fois l’évidence : les entreprises ne sont pas confrontées à un problème d’offre de crédit, elles sont confrontées à un manque d’intérêt évident pour l’investissement. La faiblesse des anticipations de croissance et d’’inflation agit comme un frein à la confiance dans l’avenir, à la volonté d’investir. La confrontation entre offre et demande ne peut ici faire de doute. 

LTRO 0 - QE 1 : pourquoi c’est d’un quantitative easing de la BCE dont nous avons vraiment besoin

Et c’est bien là le vice inhérent au programme des TLTRO. Par cette méthode, la Banque centrale européenne espérait être confrontée à une demande bien plus importante, ce qui lui aurait permis de gonfler son bilan d’un montant équivalent. Car selon les termes de Mario Draghi, l’objectif avoué est de permettre au bilan de la BCE de revenir à sa taille de "début 2012". Soit une augmentation comprise entre 650 et 1000 milliards d’euros par rapport à son niveau actuel. Et pour le moment, seuls 82.6 milliards ont trouvé preneur.

Le camouflet enregistré par la BCE ce jeudi 18 septembre peut également être vu comme une source d’espoir. Car le faible montant demandé par les entreprises permet à la BCE d’avancer sur son diagnostic économique de la zone euro et l’oblige à envisager une nouvelle approche.

Ce que la BCE vient de vérifier est que les TLTRO ne suffiront pas à remplir l’objectif annoncé. Voilà pourquoi Mario Draghi annonçait la mise en place d’un plan d’assouplissement quantitatif pour le 2 octobre prochain. Un plan qui se trouve légitimé par l’échec enregistré ce 18 septembre.

A l’inverse du TLTRO dont le succès dépend de l’appétit des banques, un plan d’assouplissement quantitatif (QE) est bien plus arbitraire dans sa forme. L’augmentation de la monnaie en circulation ne dépendra plus de la demande des entreprises et des institutions financières, mais du pur arbitraire du conseil des gouverneurs de la BCE. Mario Draghi annoncera un montant et un planning. Puis, au cours des semaines suivantes, la BCE procèdera au rachat des actifs considérés et augmentera son bilan d’autant.

Voilà pourquoi un tel plan offre plus de chance de succès. Car en gonflant son bilan de cette manière, la BCE se mettra dans les pas d’une méthode éprouvée par la Réserve Fédérale américaine ou par la Banque d’Angleterre au cours de ces dernières années. Ce qui représente la forme "moderne" de ce qui est appelé une "dévaluation". Une méthode qui a permis aux Etats-Unis de faire baisser son niveau de chômage à 6.1%, et à afficher une croissance qui atteint 4.2% pour le deuxième trimestre 2014.

A lire également, le livre de Nicolas Goetzmann :Sortir l'Europe de la crise : le modèle japonais, (Atlantico éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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