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L'Espagne vient d'annoncer que son déficit public sera de 5,8% en 2012, alors qu'elle s'était engagée à le réduire à 4,4%.
L'Espagne vient d'annoncer que son déficit public sera de 5,8% en 2012, alors qu'elle s'était engagée à le réduire à 4,4%.
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Euro piquet

Ne dramatisons pas : L’Espagne ne sera pas une nouvelle Grèce pour l’Europe

L’Espagne a annoncé vendredi que son déficit public serait de 5,8% en 2012, loin des 4,4% prévus dans son programme de réduction des dépenses. Un dérapage budgétaire qui pourrait faire craindre le pire... si l'on oubliait certains aspects de l'économie espagnole.

Jésus Castillo

Jésus Castillo

Jésus Castillo est économiste, spécialiste de l'Europe du sud chez Natixis.

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Atlantico : L'Espagne vient d'annoncer que son déficit public sera de 5,8% en 2012, alors qu'elle s'était engagée à le réduire à 4,4%. Une liberté qui a fortement irrité la Commission européenne, qui parle d'un dérapage "grave, sérieux". Cette annonce de Mariano Rajoy était-elle une surprise ?

Jésus Castillo : Depuis son élection, le gouvernement avait commencé à préparer le terrain en disant que le déficit public serait plus mauvais que prévu. Dès son premier conseil des ministres, fin décembre, Mariano Rajoy a annoncé un plan d’austérité de 15 milliards d’euros en prévision de ce dérapage. Le pacte de stabilité et de croissance présenté il y a un an et demi prévoyait de réduire le déficit à 6% en 2011 puis 4,4% en 2012. Finalement, il a été de 8,5% en 2011 : pour le réduire à 4,4% en 2012, l’effort nécessaire aurait donc dû être trois fois plus important que prévu initialement, puisqu’on partait d’un déficit plus élevé.

D’autant qu’au moment où les objectifs ont été pris, la prévision de croissance pour 2012 était de 2,3%. Aujourd’hui, elle est attendue à - 1,7%. Cet écart de croissance de 4 points a rendu la réduction du déficit bien plus difficile. Aujourd’hui, l’objectif du gouvernement est donc de rééchelonner son calendrier de réduction, en gardant l’objectif européen de 3% en 2013, mais en assouplissant ses obligations en 2012. Pour lui, il est irréaliste de dire qu’on pourra être à 4,4% en 2012.

Quelles peuvent être les mesures mises en place pour réduire ce déficit ?

La principale raison du dérapage des déficits publics vient des communautés autonomes, c'est-à-dire des régions espagnoles, qui disposent de bien plus d’autonomie que les régions françaises et financent l’éducation, les transferts sociaux, la santé.... Elles avaient un objectif de déficit à 1,3% en 2011, il s’est finalement établi à 2,94%. Non seulement elles n’ont pas atteint leur objectif, mais en plus le déficit a augmenté par rapport à 2010, où il était de 2,4%. 2011 était une année électorale au plan national et local, ce qui a incité le pouvoir à ne pas mettre en marche des mesures impopulaires.  Depuis, Mariano Rajoy a annoncé que le déficit des communautés autonomes devra être réduit à 1,5% en 2012. Pour se faire, elles devront donc réduire leur budget sur la masse salariale, le social et la santé. La réduction du déficit de l’Espagne passera principalement par là.

Ces mesures impopulaires peuvent-elles mener l’Espagne sur la voie de la Grèce, avec un gouvernement qui peine à réduire les déficits et un peuple qui ne l’accepte pas ?

On est loin d’avoir la pression populaire que connait la Grèce. Contrairement à tous les pays européens, l’Espagne a un pouvoir fort qui détient la majorité absolue au Parlement, la majorité des régions et la moitié des communes. Et les élections sont récentes : le peuple a voté pour un gouvernement libéral  dont on connait les recettes habituelles. Il n’y aura pas de surprises dans l’opinion publique, elle sait pour qui elle a voté, même s’il y avait aussi une volonté d’alternance après huit  ans de socialisme.

Et au niveau économique, la situation est-elle comparable ?

L’Espagne a plusieurs raisons d’espérer. Depuis 3 ans, le déficit public est en train de se réduire, pas à la vitesse souhaitée, mais il se réduit. Le niveau de dette atteint 70%, bien loin des 160% de la Grèce. Par ailleurs, l’économie espagnole est plus grande et diversifiée. C’est un atout : depuis le début de la crise en 2008, l’Espagne n’a quasiment pas perdu de parts de marchés en commerce extérieur. Ce qu’elle ne vend plus sur son marché intérieur, car la consommation des ménages baisse, elle l’exporte.  Ce n’est pas le cas de la Grèce où, au fur et à mesure que la demande s’effondre, les entreprises disparaissent, le chômage augmente et la base imposable se réduit.

La résolution du problème espagnol est plus une question de temps. Son déficit courant se réduit depuis 2008, avec une baisse des besoins en financements extérieurs, contrairement à la Grèce. Aujourd’hui, l’Espagne s’endette à un taux d’intérêt de 5% à 10 ans, c’est plus élevé qu’avant la crise mais ce n’est pas insurmontable pour son économie. A titre de comparaison, la France emprunte aujourd'hui à un taux de 2,79%.

L’Espagne ne peut donc pas devenir un poids pour l’Union européenne ?

Ce n’est pas un poids dans la mesure où elle ne coûte rien à l’Union. Aujourd’hui, l’Espagne est un pays qui présente beaucoup de faiblesses, mais aussi quelques atouts. Elle a su réformer son marché du travail, son système de retraite et réforme actuellement son secteur financier. Je comprends son bras de fer avec la Commission européenne, qui n’accepte pas qu’elle dévie de la ligne fixée et la menace de sanctions : elle préfère perdre un peu de crédibilité aujourd’hui et repartir sur un échéancier réalisable que de revenir dans un an avec un objectif pas réalisé.

Propos recueillis par Morgan Bourven

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