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Les enfants seraient sur-diagnostiqués hyperactifs.
Les enfants seraient sur-diagnostiqués hyperactifs.
©Reuters

Hein, quoi ?

Enfants hyperactifs : le trouble du déficit de l'attention sur-diagnostiqué

En l'espace de 20 ans, le nombre d'enfants américains prenant des médicaments pour traiter l'hyperactivité est passé de 600 000 à 3,5 millions. La vigilance est de mise en France contre de telles dérives chez les spécialistes, aux yeux desquels l'opinion publique confond trop souvent "trouble de l'attention" avec "décharge motrice de l'anxiété". Nuance.

Monique de Kermadec

Monique de Kermadec

Monique de Kermadec

Psychologue clinicienne et psychanaliste, spécialiste de la précocité et la réussite chez l'enfant et l'adulte. Elle est l'auteur de Le petit surdoué de six mois à six ans et de Pour que mon enfant réussisse parus chez Albin Michel.

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Atlantico : Le Dr. Conners, pionnier dans le traitement de l'hyperactivité chez les enfants aux Etats-Unis, s'est récemment inquiété de l'augmentation du nombre d'enfants sous traitement médicamenteux (voir ici). Selon lui, si on est passé de 600 000 enfants en 1990 à 3,5 millions aujourd'hui, ce n'est pas parce que le dépistage s'est amélioré, mais parce que les laboratoires ont mené sur la même période une intense campagne de communication sur le syndrome, et vanté les mérites de leurs produits auprès des médecins, des éducateurs et des parents. Son interprétation est-elle pertinente selon vous? Pourquoi ?

Monique de Kermadec : Le nombre d’enfants traités, recensé aux Etats-Unis a effectivement augmenté d’une manière impressionnante. Cette augmentation est certainement liée à une attention accrue au comportement de l’enfant, qui pousserait à expliquer certains de ces comportements par le diagnostic d’hyperactivité alors qu’il peut s’agir d’autre chose. N’oublions pas qu’aujourd’hui les enfants sont très tôt soumis à des excitations visuelles et auditives. Un enfant qui passe beaucoup de temps devant l’image renvoyée par la télévision, l’ordinateur ou l’iPad (d’ailleurs, un fauteuil pour bébé avec support pour iPad est sorti dans le commerce), encore plus que de recevoir des informations, sera avant tout stimulé par la rapidité avec laquelle l’image défile, les sons, les lumières et la couleur. L’excitation que l’on observe chez eux est de ce fait plus fréquente et intense que chez les précédentes générations.  Résultat, des enfants peuvent avoir de moins bonnes capacités de concentration. Lorsque la stimulation disparaît, ils perdent l’attention aux détails, auditifs comme visuels.

En ce qui concerne le cas américain, la communication réalisée par les laboratoires pharmaceutiques influence le grand public, qui accepte plus facilement le diagnostic d’hyperactivité, alors qu’il ne s’agit pas toujours de cela. Cela ne signifie pas pour autant que les Américains sont irresponsables, mais cela fait partie de leur culture, et il est vrai qu’aujourd’hui, dès qu’un enfant aura des troubles du comportement ses parents iront consulter, et ressortiront avec un traitement et des médicaments, alors qu’en France on recommandera d’autres prises en charge, dans la mesure du possible

Un protocole bien précis permet de faire la part de ce qui relève d’une véritable hyperactivité, c’est-à-dire une surexcitation mentale dont la personne n’est ni consciente, ni responsable, et de ce qui n’est que la manifestation physique d’une anxiété. Beaucoup d’enfants que je vois en consultation, et dont on a tendance à penser qu’ils sont hyperactifs, sont en réalité hyper anxieux, avec une décharge motrice de l’anxiété. Dans ces cas-là le traitement médicamenteux n’aura aucun effet sur l’anxiété. Il est important pour les parents et les éducateurs d’être en mesure d’opérer cette distinction, qui est fondamentale.

Qu'en est-il en France? Les laboratoires pharmaceutiques ont-ils mené une telle campagne d'information, sans qu'existe un réel besoin derrière ?

Je ne pense pas que les laboratoires français aient une approche aussi massive, vulgarisatrice et "dédramatisante" du traitement. Les parents français sont beaucoup plus frileux que les Américains à l’idée de donner un traitement médicamenteux  à leurs enfants. De toute façon les laboratoires ne communiquent pas directement auprès des parents, et les pédiatres sont beaucoup plus classiques et réservés sur la prise en charge par médicaments. Ils cherchent d’abord à comprendre, au moyen de tests psychologies, ce qui se passe chez l’enfant. On peut dire que de ce point de vue-là, nous sommes en France beaucoup plus conservateurs : les familles n’ont qu’un désir, généralement, celui de trouver une solution autre que celle du traitement médicamenteux.

Les déclarations du Dr. Conners amènent à se demander si le trouble du déficit de l'attention doit nécessairement être pris en charge avec des médicaments. Qu'en est-il dans les faits ? Existe-t-il des moyens alternatifs ?

Lorsqu’on procède à un test de QI, certaines épreuves permettent de se rendre compte si l’attention auditive et visuelle est déficiente ou non. A partir de là se pose potentiellement la question de l’hyperactivité. On complète alors le bilan par des tests de personnalité qui permettent d’apprécier l’importance de l’anxiété. Si celle-ci est grande, on proposera plutôt une thérapie, et en aucun cas des médicaments. Si l’hyperactivité est vérifiée, alors l’enfant est envoyé auprès d’un expert, car tout le monde ne peut pas prescrire les médicaments spécifiques. Et on voit que ces médicaments permettent d’obtenir des résultats tout-à-fait remarquables, qui permettent une meilleure concentration. Néanmoins, en France on ne les prescrit pas trop tôt dans la vie de l’enfant, les doses sont restreintes, et ne sont généralement pas du tout prescrites en dehors des périodes scolaires.

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