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Enfance : ces autres besoins nettement plus urgents que d'accompagner les parents pendant les 1000 premiers jours de leurs bébés
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Etat nounou, Papa Macron

Enfance : ces autres besoins nettement plus urgents que d'accompagner les parents pendant les 1000 premiers jours de leurs bébés

Emmanuel Macron a annoncé ce jeudi la création d'une commission dirigée par le pédopsychiatre Boris Cyrulnik et dont le rôle serait d'améliorer l'accompagnement des parents durant les 1 000 premiers jours de leurs enfants.

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

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Atlantico.fr : Selon le président de la République, "il faut répondre à l'appel de parents parfois démunis et terrorisés. Dans cette perspective, ce projet permettra aux parents qui en ont besoin d’avoir accès à un certain nombre de conseils à travers un « parcours parent ». Est-ce à l’État de s’occuper de l’éducation des nouveaux nés et des jeunes enfants en veillant sur l’allaitement, la nutrition, le rapport aux écrans … ? 

Bertrand Vergely : Sur un plan pratique immédiat la décision du président de la République de venir en aide à des parents démunis quand il s’agit d’éduquer leurs enfants est bien évidemment une bonne décision. Comment faire autrement ? Il faut bien faire quelque chose. On ne peut pas laisser cette situation s’envenimer.  Dans ce contexte,  confier la mise en place de ce projet à Boris Cyrulnik qui est compétent, humaniste et passionnant est une décision toute aussi bonne.  Néanmoins, le fait que les politiques se saisissent de l’éducation des parents et non plus simplement des enfants (là résidant le grand changement) n’en est pas moins problématique.  

- L’État, qui est une administration chargée d’organiser la vie collective en mettant en place  un certain nombre de services par le biais de ministères, n’est pas là pour diriger la vie privée des citoyens.   Le rôle d’un agent de police est de régler la circulation, pas de conduire à la place des automobilistes. Vouloir que l’État s’occupe d’apprendre aux parents à éduquer leurs enfants revient à vouloir qu’un agent de police conduise à la place des automobilistes. 

Quantité de ministères s’occupent de la famille et de l’enfant, le ministère de la famille, celui de la santé, celui de l’éducation et celui de la jeunesse et des sports. Aucun d’entre eux ne pensant un seul instant que sa tâche consiste  à expliquer aux parents comment être un père et une mère, aucun d’enter eux ne s’emploie à enseigner comment bercer un bébé, le langer, moucher son nez, lui faire pipi, lui faire dire bonjour, au revoir et merci. Pour bien faire, il faudrait qu’existe un ministère du père et de la mère chargé de l’éducation des parents, de la santé des parents, du sport des parents, de l’hygiène des parents, de la politesse des parents, etc … Souhaitons qu’un tel ministère ne voie jamais le jour !  Les parents sont des parents, pas des enfants. Le rôle de l’État est d’être une administration pas une nounou. S’il devient  un État-nounou il ressemblera à la grand-mère du petit chaperon rouge. Il sera un loup déguisé en nurse dévorant les citoyens comme le fait l’État totalitaire. 

- Les services sociaux le constatent : c’est la population immigrée attirée par la prospérité économique européenne qui est perdue. Entassée à la périphérie des villes et de la société, obsédée par sa survie, pauvre et illettrée,  elle ignore tout de l’éducation. Si l’on voulait vraiment régler la question de l’éducation parentale, c’est un ministère de l’immigration avec une politique à la fois claire,  humaine, juste et ferme accueillant les immigrés et s’occupant d’eux,    qu’il faudrait créer. Pendant longtemps, sous peine de passer pour un raciste faisant le jeu de l’extrême droite, il a été impossible de formuler une telle idée. Quand il a émis ce projet, taxé de pétainisme Nicolas Sarkozy l’a très vite rangé sous la table.    Le 16 Septembre dernier le chef de l’État a désiré que les politiques parlent franchement de l’immigration en organisant une vaste réunion sur ce sujet. On l’a moins  accusé d’être un nostalgique du régime de Vichy, comme si on commençait à se rendre compte que cette idée n’est peut-être pas complètement idiote.  

- Les services sociaux le constatent également, c’est la société et pas simplement l’immigration qui est concernée par la débâcle éducative. En matière de mœurs, nous jouissons d’une grande liberté. Tant mieux ! Mais celle-ci a son revers. Divorce, avortement,  famille monoparentale, la famille est malmenée par la tolérance.  Avec le mariage pour tous, la PMA et bientôt la GPA ainsi que l’enfant à la carte,  elle n’est plus malmenée, elle est bouleversée. Le chef de l’État veut que l’on vienne en aide aux familles qui ne savent plus éduquer. Mais par ailleurs il va faire voter la PMA qui va enterrer la famille traditionnelle et dire adieu au père. Est-ce cohérent ? Marlène Schiappa, secrétaire d’État à la famille, confiait il y a six mois à Valeurs actuelles les difficultés qu’elle avait à organiser une Gay Pride à Ajaccio en Corse. Comment peut-elle à la fois vouloir protéger la famille dite traditionnelle et organiser des Gay Pride dont le projet est d’en finir avec cette même famille ? Là encore, est-ce cohérent ? Manifestement, il n’y a pas que les parents qui sont perdus. Les politiques le sont aussi. Si l’on veut pouvoir aider les parents à éduquer ne va-t-il pas falloir qu’on les éduque également ? 

- Enfin, les services sociaux le constatent là encore : à eux seuls ils ne peuvent pas tout faire. Il existe des moyens pour éduquer les  adultes en général et les parents en particulier. Ces moyens s’appellent la communauté, la tradition, la culture, la morale et la religion. Or, tout a été fait pour les démanteler. Jugés conservateurs, ringards voire réacs,  ces termes ont été remplacés par le bien être, la liberté individuelle, l’argent et l’efficacité. Résultat : quand il faut être parent, la société est démunie. Si les milieux favorisés arrivent à s’en sortir en achetant fort cher l’éducation de leurs enfants dans des institutions privées ou étrangères,  les milieux défavorisés coulent à pic. 

On veut aider les parents à éduquer. Qu’a-t-on prévu en matière de communauté, de  tradition, de morale, de religion ?  Depuis longtemps déjà la morale est confiée à la justice et la famille à la médecine, judiciarisation et médicalisation remplaçant l’éducation du corps social.  Ce n’est pas un hasard. Depuis près de trois siècles, le politique en général et l’État en particulier n’ont eu qu’un seul souci : devenir tout à la place  de la communauté, de la tradition  de la morale et de la religion. Pour remédier à cette situation qui aboutit à la destruction de la famille que propose-t-on ? Une intervention de l’État, autrement dit le poison responsable de nos maux comme remède.  

Dans Ainsi paraît Zaratoustra Nietzsche accuse l’État d’être « le plus froid des monstres froids » en prétendant se substituer à la tradition et au peuple.  Nietzsche a tout compris. Il n’y a pas de famille sans cette famille de la famille qu’est le peuple. Or, le peuple n’existe plus. L’État l’a détruit. Et ce n’est pas un surcroît d’État qui le ressuscitera.

Si d'après le gouvernement "un parent sur deux déclare ne pas s'en sortir pour élever son jeune enfant", cette initiative répond-t-elle à une demande des parents ? Ces derniers attendent-ils   davantage d'implication de la part de l'État ?

Bertrand Vergely : Que veulent les parents ? Sans aucun doute que la souffrance qu’ils ressentent à l’égard de leurs difficultés à éduquer cesse le plus vite possible. D’où un appel à l’aide  de leur part lancé à l’État pour qu’il intervienne, aux médias et aux réseaux sociaux pour qu’ils cessent de surexciter les esprits, enfin au monde pour qu’il change de mentalité. Appel confus  puisque,  comme tous les Français les parents attendent tout de l’État tout en redoutant que celui-ci se mette à vraiment s’occuper de tout  en empiétant sur leurs libertés. Toutefois, plus que les parents, ce sont les politiques qui ont tendanceà demander d’intervention de l’État.

Nous vivons dans un système dans lequel, si l’on veut se faire élire il faut annoncer que l’on va faire des choses et, si l’on veut se faire réélire, que l’on a fait des choses. Résultat, pour se faire élire ainsi que réélire on en fait de plus en plus. Appliquons ce système à la société. On bascule dans un cercle vicieux. Comme on aide les familles, celles-ci se laissent faire et elles s’affaiblissent. Comme elles se laissent faire et elles s’affaiblissent, il faut les aider. On voulait soutenir les familles pour les sortir de la faiblesse. On les plonge dans la faiblesse.  

Tocqueville pensait que l’État démocratique a la tentation d’affaiblir les citoyens afin de leur venir en aide et ainsi de se rendre indispensable. Cette vision est aujourd’hui tristement vraie,  le politique et l’État prenant un malin plaisir à aider sans cesse en devenant ainsi de plus en pus envahissants. 

À travers ce projet  l’État n’est-il pas en train d’envahir de plus en plus la sphère privée ? Les parents ne demandent-ils pas plutôt une aide   spécifique (aides pour les enfants handicapés, cours adaptés pour les enfants dyslexique...) ?

Bertrand Vergely : Ce n’est pas ce projet en lui-même qui signe une invasion de l’État dans la sphère privée, mais tout un ensemble. Récemment le Parlement a voté l’interdiction de la fessée. Aujourd’hui, il décide d’encadrer les familles en matière d’éducation. Demain, il va faire voter la PMA. Il y a peu il s’est prononcé à propos  de la conservation des ovules congelés et il a reconnu la filiation des enfants nés à l’étranger sous GPA. Depuis un certain temps le Parlement s’occupe sans arrêt de la sphère familiale. Il s’en occupe tellement que celle-ci se couvre de lois, d’interdits et de règlements qui se multiplient à propos de tout. L’interdiction de la fessée est à cet égard révélatrice. 

Hier, c’était le père qui incarnait l’autorité sur ses enfants et la fessée en était le symbole. Aujourd’hui, c’est l’État qui incarne l’autorité sur les pères et l’interdiction de la fessée en est le symbole. Aussi ne peut-on pas totalement se réjouir de son interdiction, comme on ne peut pas totalement se réjouir que l’État se mette à éduquer les parents comme hier on éduquait les enfants. 

Afin qu’ils deviennent les parents de leurs enfants, les parents vont devenir les enfants de l’État qui ne va pas manquer de multiplier les lois, les règles et les interdits afin de leur dicter leur conduite.  Bien sûr, on ne pourra pas s’en plaindre puisque les parents étant encadrés les choses iront forcément mieux. En même temps, ce que la famille faisait hier c’est l’État qui va le faire. Subtilement, insidieusement, cela va tout changer. 

Tocqueville pensait que les démocraties sont menacées par la dictature douce. Jour après jour nous sommes en train de nous convertir à celle-ci  avec les meilleures intentions du monde. Tout est déjà sans cesse analysé, traité, calculé, mémorisé, surveillé. Tout va l’être de plus en plus. Cela ne va pas être désagréable puisque l’on vivra en paix. Mais c’est cela qui sera inquiétant. On se croira libre. On ne s’apercevra pas qu’on ne l’est pas. 

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